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NIGERIA : « Bapa go slow » s'offre son premier gouvernement cinq mois après son arrivée au pouvoir

Les milieux d'affaires et politiques poussent un ouf de soulagement. Trente-six ministres et secrétaires d'Etat viennent de prêter serment, dans la résidence du président, Muhammadu Buhari, à Abuja, mettant fin à 166 jours d'exercice du pouvoir, presqu'en solitaire. C'est un record absolu. Du jamais vu dans l'histoire de ce pays de plus de 170 millions d'habitants, première puissance économique du continent, devant l'Afrique du Sud. Il faut dire que Buhari (notre photo le jour de son investiture), surnommé par les Nigérians, « Bapa go slow », pour tout le temps mis à se donner un gouvernement, a ses raisons : l'extrême corruption qui mine tous les secteurs de la vie du pays. Il ne voulait pas recruter un ministre et être obligé de le renvoyer, quelque temps, après, parce que trempé dans une affaire de corruption.

« Bapa go slow » a évoqué un "nouveau départ" et justifié ce retard dans la désignation du gouvernement par la nécessité de "mettre la bonne personne au bon endroit". On lui donne raison.
"J'ai pris bien soin de ne pas répéter les erreurs du passé", a affirmé le président lors de la cérémonie. Il s'est attribué le portefeuille du Pétrole depuis juin.

Le patron de la grande compagnie pétrolière publique, NNPC, Ibe Kachikwu, qu'il avait nommé, en août, sera son adjoint, chargé de la gestion opérationnelle du secteur. Ainsi, il sera en mesure de savoir, exactement, les entrée et les sorties des recettes pétrolières, principale ressource du pays.

Ancienne banquière d'affaires et en charge jusque, récemment, des finances de l'Etat d'Ogun (Sud-Ouest), Kemi Adeosun, devient ministre des Finances. Elle aura pour tâche la remise en route d'une économie minée par sa dépendance du pétrole et la chute des prix du brut.

Autre priorité du président Buhari, la lutte contre Boko Haram, dont l'insurrection a fait plus de 17.000 morts et 2,5 millions de déplacés depuis 2009, sera menée par le général de brigade à la retraite, Muhammad Mansur Dan-Ali, nommé ministre de la Défense.

Le général, Dan-Ali, a été préféré à l'ancien chef d'état-major de l'armée, Abdulrahman Dambazau, qui avait les faveurs des pronostics des observateurs et a, finalement, reçu le ministère de l'Intérieur.

Les deux généraux détiennent des postes stratégiques de défense et de sécurité, dans un contexte où la guerre contre Boko Haram est impitoyablement menée, depuis l'arrivée de Buhari au pouvoir. Il a demandé à ses chefs militaires de conjuguer cette secte islamiste au passé composé, au plus tard, fin décembre 2015. Depuis lors, l'armée nigériane s'est métamorphosée et gagne bataille sur bataille, contraignant Boko Haram à des attentats-suicide qui montrent son (net) affaiblissement.

Le ministère des Affaires étrangères sera dirigé par un avocat d'affaires, spécialiste de la propriété intellectuelle, Geoffrey Onyeama.

L'ancien gouverneur de l'Etat de Lagos, Babatunde Fashola, est nommé ministre de l’Energie, des Travaux publics et du Logement, et l'ancien gouverneur de l'Etat de Rivers, Rotimi Amaechi, sera à la tête des Transports. Pourra-t-il doter le Nigeria d'une compagnie aérienne digne de ce nom ?

Le nouveau cabinet, qui compte sept femmes, est composé de 36 ministres et secrétaires d'Etat issus de chacun des 36 Etats de la fédération nigériane, pour respecter les équilibres géographiques, ethniques et religieux du pays.

L'avocate, Aisha Alhassan, nommée ministre des Femmes, a, par ailleurs, gagné un procès contre sa défaite à l'élection de gouverneur, en avril dernier. Elle va prendre ses fonctions dans l'Etat de Taraba (Est) et devenir, ainsi, la première femme gouverneur depuis l'indépendance du Nigeria il y a 55 ans.

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