OUGANDA : Yoweri Museveni abandonne ses poursuites contre 2 chanteurs qui lui demandent de quitter le pouvoir

L'ex-guérillero tombeur de Milton Oboté est-il devenu tolérant ou a-t-il vu qu'il se rendait ridicule en poursuivant devant une justice aux ordres, deux petits chanteurs ougandais qu'il doit au contraire protéger au lieu de les brimer, juste parce qu'ils ont dit, dans une chanson, ce qu'ils pensaient en leur for intérieur, à savoir, que leur président, trop âgé, devait prendre sa retraite ? Le titre de la chanson, « Mzei Wumula », en langue luganda, signifie, tout simplement, « Prends ta retraite, vieil homme ». L'ex-guérillero s'est mis dans une colère indescriptible qui rappelle celle du président camerounais, Ahmadou Ahidjo, dans les années 70. En effet, le premier président du Cameroun avait, carrément, emprisonné, sans procès, le chanteur populaire de l'assiko, Jean Bikoko dit Aladin, qui avait affirmé dans une chanson que « Yak Baoussa ba gwé ngen » (Même les Haoussa ont leur temps), autrement, dit, ils ne resteront pas, éternellement, au pouvoir. Mais, quelques mois, plus tard, il ordonnait sa libération. L'histoire se répète en Ouganda : l'ex-guérillero a, politiquement, stabilisé son pays, en conservant le pouvoir, mais, il ne doit pas beaucoup aimer l'humour. Surtout quand celui-ci met à mal sa (modeste) personne.

Le ministère public ougandais a abandonné les poursuites contre deux musiciens qui étaient accusés d'avoir "perturbé la paix d'esprit du président, Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, avec une chanson suggérant qu'il devrait passer la main.

Le chanteur, David Mugema, et le producteur, John Muwanguzi, avaient été arrêtés, fin 2017, et étaient poursuivis pour avoir composé et diffusé, sur internet, une chanson intitulée, "Mzei Wumula", qui signifie en luganda "Prends ta retraite, vieil homme".

Le procureur arguait que la chanson "perturbait la paix d'esprit" du président Museveni, 73 ans.

"La direction du ministère public a écrit pour dire au tribunal que l'Etat a retiré les accusations", selon Solomon Muyita, porte-parole de la justice ougandaise, sans expliquer les raisons de ce retrait. "Il n'y a plus de charges retenues contre les deux hommes", qui avaient été libérés sous caution fin 2017.

Ils avaient été arrêtés alors que le parlement débattait d'une réforme constitutionnelle controversée supprimant l'âge limite fixé jusqu'alors à 75 ans pour être élu président. Cette réforme avait, finalement, été approuvée, le 20 décembre, par le parlement, puis, ratifiée par M. Museveni.

Le texte réintroduit une limite au nombre de mandats présidentiels, qui avait été supprimée en 2005. Mais, cette limite, fixée à deux mandats de cinq ans, n'entrera en vigueur qu'après la prochaine élection, ce qui pourrait permettre à l'ex-guérllero de se présenter, à nouveau, à deux reprises.

Bien que la chanson de MM. Mugema et Muwanguzi ne nomme pas M. Museveni, le clip vidéo l'accompagnant mélange des images de lui et d'anciens chefs d'Etat ayant été déposés, comme l'Irakien, Saddam Hussein, ou le Zimbabwéen Robert Mugabe dit Camarade Bob (qui sur notre photo joue avant une cérémonie, en 2014, avec son ami Yoweri Museveni).

"Tu dois prendre ta retraite maintenant", scande la chanson. "Ceux qui refusent de partir pacifiquement, où sont-ils ?". Le clip montre, aussi, des images de la police réprimant des manifestations.
De l'audace qui s'apparente à un crime de lèse-majesté.

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