PRESIDENTIELLE AU KENYA : Deux recours pour faire annuler la victoire de Uhuru Kenyatta

Uhuru Kenyatta n'est pas, encore, au bout de ses peines. Même s'il a obtenu 98,26% des voix lors du scrutin du 26 octobre, l'opposition demande l'annulation pure et simple de cette victoire.
En effet, deux recours ont été déposés, lundi, 6 novembre, devant la Cour suprême kényane par un ancien parlementaire et des activistes, pour contester la réélection avec 98,26% des voix du président sortant, Uhuru Kenyatta, à l'élection du 26 octobre, boycottée par l'opposition.

Le feuilleton politico-judiciaire, qui avait culminé avec l'invalidation le 1er septembre par la Cour suprême pour "irrégularités" du scrutin présidentiel du 8 août - une première en Afrique -, a trouvé un nouveau prolongement, lundi, 6 novembre.

John Harun Mwau, un homme d'affaires et ancien député, a été le premier à déposer son recours devant la plus haute juridiction du pays, avant la date limite fixée à lundi minuit. La Cour suprême dispose, ensuite, de 14 jours pour statuer sur ces différents recours.

M. Mwau considère que la Cour suprême devrait invalider le scrutin du 26 octobre, remporté par M. Kenyatta avec 98,26% des voix, comme elle l'avait fait pour celui du 8 août, à l'issue duquel le président sortant avait, déjà, été déclaré vainqueur.

Il conteste l'inclusion dans la liste des candidats pour le second scrutin d'un individu qui avait été déclaré en faillite. Il estime, aussi, que la Commission électorale (IEBC) aurait dû procéder à une nouvelle sélection de candidats.

M. Mwau avait, déjà, tenté de faire valoir ces arguments devant un tribunal de Nairobi avant l'élection du 26 octobre pour en obtenir le report. Celui-ci avait renoncé à l'examiner, estimant que cela ne relevait pas de sa compétence mais de celle de la Cour suprême.

Deux responsables d'ONG, Njonjo Mue, le président de la section kényane de la Commission internationale des juristes (ICJ), et Khelef Khalifa, le directeur de Muhuri (Muslims for human rights), l'ont, ensuite, imité avec leur propre recours.

Ils estiment qu'en aucun cas, l'élection du 26 octobre, convoquée après l'annulation du premier scrutin, peut être considérée comme ayant été conduite en "stricte conformité avec la Constitution et la loi en vigueur".
Ils reprochent à l'IEBC et à son président, Wafula Chebukati, d'avoir maintenu l'élection en dépit des critiques qui leur étaient adressées par le leader de l'opposition, Raila Odinga, et de n'avoir pas tenu compte de sa décision de se retirer du scrutin.

M. Odinga a boycotté cette élection, en estimant qu'elle ne pouvait être crédible, les réformes qu'il avait réclamées au sein de l'IEBC n'ayant, selon lui, pas été menées à bien.
MM. Mue et Khalifa reviennent, notamment, sur la démission le 18 octobre d'une des membres de la Commission électorale, Roselyn Akombe, qui avait accusé ses collègues de parti pris en faveur du pouvoir.
Le même jour, M. Chebukati en personne avait avoué s'estimer incapable de garantir l'équité de l'élection et dénoncé des "interférences" politiques. Une semaine plus tard, il avait, finalement, jugé que les conditions étaient réunies pour l'organiser.

Les deux activistes dénoncent la "parodie" d'élections du 26 octobre et réclament, donc, la tenue d'un nouveau scrutin "en conformité avec la Constitution", débutant par le processus de sélection de nouveaux candidats.

Dès sa réélection, le président Kenyatta avait dit s'attendre à ce que sa victoire soit "probablement encore une fois soumise au test constitutionnel via (les) tribunaux". Il avait, cependant, affirmé qu'il s'y soumettrait "quels qu'en soient ses résultats".

Son large succès en nombre de voix a été terni par la faible participation (38,8%), en très forte baisse par rapport au scrutin du 8 août (79%), amenant les observateurs locaux à questionner sa légitimité.
La Cour suprême (notre photo) aura, toutefois, un troisième recours à examiner. Mais, déposé lundi par un organisme proche du pouvoir, l'Institute for democratic governance, il cible, cette fois-ci, les leaders de l'opposition.
Ceux-ci sont accusés d'avoir commis des "infractions électorales" en s'efforçant d'empêcher la tenue de l'élection, et d'être responsables des violences commises le jour du scrutin dans les bastions de l'opposition.
Les partisans de M. Odinga avaient empêché la tenue du scrutin dans quatre comtés de l'Ouest (Homa Bay, Kisumu, Migori et Siaya) - sur les 47 que compte le pays -, en bloquant les bureaux de vote.
La coalition d'opposition Nasa n'a pas déposé de recours en son nom, contrairement, à ce qu'elle avait fait en août.

Au lendemain de la réélection de M. Kenyatta, la semaine dernière, M. Odinga avait "promis de ne pas en rester là", en annonçant le lancement d'une "campagne de résistance nationale", faite "de boycottages économiques, de piquets de grève pacifiques et d'autres formes légitimes de protestation".

Avec AFP

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