PRESIDENTIELLE AU KENYA : Le ton monte après les premiers résultats controversés

Au lendemain de l'élection, la police a tiré des grenades lacrymogènes en direction de plusieurs centaines de manifestants dans des fiefs de l'opposition coutumiers de ce genre d'échauffourées en période électorale : un quartier de Kisumu (Ouest) ainsi qu'à Nairobi, dans le bidonville de Mathare et le quartier adjacent Huruma.

La Commission électorale (IEBC) a publié, mercredi, 9 août, à la mi-journée, les résultats transmis, électroniquement, par plus de 95% des bureaux de vote, créditant Uhuru Kenyatta de 54,35% des suffrages, contre 44,78% pour Raila Odinga, sur un total de 14,4 millions de votes comptabilisés (sur notre photo les deux protagonistes). Ces résultats provisoires doivent, encore, être validés sur la foi des procès-verbaux des bureaux de vote.

"Il s'agit d'une fraude d'une gravité monumentale, il n'y a pas eu d'élection", a déclaré, à la presse, Raila Odinga, le candidat de la coalition d'opposition Nasa, des accusations qui, combinées aux manifestations, faisait ressurgir le spectre des violences de la présidentielle de 2007.

Selon le rival de M. Kenyatta, des pirates informatiques ont "manipulé" l'élection à l'avantage du président sortant en prenant le contrôle du système de comptage des voix grâce aux codes d'accès d'un responsable informatique de la Commission électorale assassiné un peu plus d'une semaine auparavant.

"Uhuru doit rentrer chez lui", a lancé celui qui avait, également, contesté ses défaites en 2007 et 2013. M. Odinga a soutenu être en tête de l'élection, et a, également, appelé les Kényans au calme avant, toutefois, d'ajouter : "Je ne contrôle pas le peuple".

M. Kenyatta n'a, lui, pas, encore, réagi aux résultats provisoires publiés par l'IEBC.

Le président de l'IEBC, Wafula Chebukati, a qualifié l'élection de "libre et juste" et souligné que les résultats publiés en ligne, sur la base de transmissions électroniques depuis les bureaux de vote, ne sont pas "définitifs". La collecte des copies originales des procès-verbaux de chacun des bureaux de vote, en vue de la publication des résultats définitifs, pourrait prendre plusieurs jours, a-t-il dit lors d'une conférence de presse.

"Pour l'instant, je ne peux pas dire si ce système a été piraté ou non", a, en outre, déclaré M. Chebukati au sujet du piratage informatique évoqué par l'opposition.

Pendant ce temps, à Kisumu (Ouest), un des bastions de l'opposition, des centaines de partisans de M. Odinga avaient érigé des barricades et mis le feu à des pneus. "Si Raila n'est pas président, nous ne pouvons pas avoir la paix", a vitupéré l'un d'eux avant que les gaz lacrymogènes de la police ne dispersent la foule.

Mercredi matin, les rues de Nairobi étaient, anormalement, calmes. La police anti-émeute a été déployée dans plusieurs bidonvilles de la capitale, est intervenue à Mathare et Huruma, dans le Nord-Est de la ville, notamment, en tirant des coups de semonce vers le ciel.

Candidat pour la quatrième fois à la présidentielle, M. Odinga avait crié à la fraude, en 2007, à l'annonce de la réélection du président, Mwai Kibaki. Le Kenya avait, alors, plongé dans deux mois de violences politico-ethniques et de répression policière ayant fait 1.100 morts et plus de 600.000 déplacés.

En 2013, M. Odinga avait dénoncé des fraudes après la victoire, dès le premier tour, de M. Kenyatta. Il avait saisi la Cour suprême, qui avait tout de même validé les résultats.

En amont du scrutin, qui a donné lieu au déploiement, sans précédent, de plus de 150.000 membres des forces de sécurité, de nombreux observateurs avaient exprimé leur crainte de troubles à l'annonce des résultats. La campagne 2017 a été acrimonieuse, l'opposition accusant le pouvoir de préparer des fraudes.

Les opérations de vote s'étaient, pourtant, déroulées, sans encombre, mardi, dans la plupart des 41.000 bureaux. Surtout, malgré quelques problèmes localisés, le système d'identification biométrique des électeurs a, semble-t-il, fonctionné normalement, contrairement, à quatre ans plus tôt.

Les quelque 19,6 millions d'électeurs Kényans devaient, aussi, élire leurs députés, gouverneurs, sénateurs, élus locaux et représentantes des femmes à l'Assemblée.

Le vote au Kenya se joue plus sur des sentiments d'appartenance ethnique que sur des programmes, et MM. Kenyatta (un Kikuyu) et Odinga (un Luo) avaient mis, sur pied, deux puissantes alliances électorales.

M. Kenyatta, 55 ans, et son vice-président, William Ruto (un Kalenjin), avaient mis, en avant, leur bilan économique, notamment, avec une croissance à plus de 5%, par an, et le développement des infrastructures. Raila Odinga a dénigré ce bilan, critiquant la hausse du prix des denrées alimentaires et se posant en garant d'une croissance économique mieux partagée.

Avec AFP

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