PRESIDENTIELLE FRANCAISE : Les candidats dévoilent leur politique africaine

Front National : Marine Le Pen
(Réponse reçue le 28.02.17)

Question : Vingt-sept ans après la fin de la guerre froide et le début de la fin des partis uniques, quel est, selon vous, l'état d'avancement de la démocratisation de l'Afrique ?

Marine Le Pen : L'état d'avancement de la démocratisation est très différent selon les Etats. Au nord, se situe le glacis maghrébin (Royaume du Maroc, Algérie, Tunisie, Libye et Égypte). L'espace ouest-africain se caractérise par une démocratisation en trompe l'œil sur fond de l'influence des confréries islamiques soufis. Seuls le Sénégal, le Ghana et le Bénin sont en voie de réelle démocratisation. Le Burkina Faso, le Nigeria et la Gambie se sont également invités au club des démocraties. L'Afrique centrale est quant à elle exclusivement composée de dictatures, à l'exception de la RCA et Sao Tomé. La démocratisation de la zone devrait passer par la chute de certains dictateurs. Kinshasa et Brazzaville pourraient alors devenir une base pour la démocratie dans la région. L'Afrique de l'Est : Somalie, Somaliland, Éthiopie, Soudan, Soudan du Sud, Djibouti, Érythrée, Kenya, Tanzanie, Rwanda, Burundi, Ouganda voient se conjuguer autorité politique et capitalisme économique. Il n'y a que la Tanzanie qui joue réellement le jeu de la démocratie. Le Kenya souffre de tensions ethniques qui ne se résolvent pas et d'une menace terroriste forte à sa frontière somalienne. L'Afrique australe (Zambie, Mozambique, Zimbabwe, Malawi, Namibie, Botswana, Lesotho, Swaziland, Afrique du Sud et Angola) est un espace économiquement fort mais qui subit des tensions. Dans cet espace le Botswana, la Namibie et le Malawi sont de véritables démocraties. Le Mozambique est au bord de la guerre civile et le Zimbabwe subit une féroce dictature depuis 1985. L'Afrique du Sud souffre de graves divisions depuis 1994 et d'épisodes de violences électorales répétés. Cependant, la situation semble se rééquilibrer avec la montée en puissance d'une opposition à travers le DNA.

En marche : Emmanuel Macron
(Réponse reçue le 9.3.17)

Emmanuel Macron : En 2016, l'Afrique n'a jamais eu autant de pays pourvus de systèmes politiques issus d'élections multipartites. Néanmoins, malgré plusieurs transitions politiques réussies, elle compte encore des régimes peu démocratiques sans alternance politique.

Parti Socialiste : Benoît Hamon
(Réponse reçue le 06.06.17, avec le slogan : « Faire battre le cœur de la France »)

Benoît Hamon : Les avancées démocratiques sont réelles et ce depuis longtemps. Les peuples n'ont pas attendu que nous appelions à la démocratisation des régimes pour en faire une réalité, que ce soit au Sénégal, au Ghana, en Tanzanie, au Liberia et dans nombre d'autres pays. Pour autant, le continent est aujourd'hui à la croisée des chemins. 2017 et 2018 verront l'organisation de nombreuses élections sur l'ensemble du continent. A un moment où la tentation du maintien au pouvoir de nombreux dirigeants est palpable, je remarque également que l'aspiration démocratique n'a jamais été aussi forte. En témoigne l'émergence de mouvements citoyens forts dans de nombreux pays, que ce soient Filimbi, Y'en a marre, Le Balai citoyen, Tournons la page, etc,.. Nous devons faire des choix. Le mien sera de veiller à ce que cette aspiration, portée par les citoyens, ne soit pas tue, ne soit pas bâillonnée, mais qu'au contraire, elle puisse grandir et se transformer en approfondissement démocratique.

Jean-Luc Mélenchon : La France Insoumise

Jean-Luc Mélenchon : La démocratisation en Afrique est à mi-parcours tant du point de vue du nombre de pays (le nombre de démocraties équivaut au nombre de dictatures avec une tendance favorable) que du point de vue du processus avec une émergence de la société civile et de la jeunesse qui contribuent à rénover le combat démocratique avec l'usage des réseaux sociaux et des moyens modernes de communication. La situation reste toutefois dramatique en Afrique Centrale qui prend un retard considérable dans le processus de démocratisation par rapport à l'Afrique Occidentale. Comme par hasard, ce sont les pays les plus riches potentiellement qui souffrent le plus ; l'Occident et particulièrement la diplomatie française porte une responsabilité lourde dans cette situation en apportant son soutien aux dictateurs Déby, Sassou, Obiang, Kabila, Bongo. Cette tolérance qui aboutit à laisser ces dictateurs tuer l'intelligentsia de leurs pays au profit d'intérêts économiques occidentaux et au profit de l'entourage clanique de ces personnages, est inacceptable et nous mettrons tout en œuvre au niveau diplomatique afin de bouleverser ces situations acquises.
Si le vieux combat de peuples en Afrique contre les présidences à vie semble avoir obtenu le soutien de la France  tel qu'exprimé par Hollande en faveur de l'alternance politique dans le continent et contre les révisions constitutionnelles, nous refusons que cela cache la volonté  de préserver les conditions d'un néo-impérialisme français et de recueillir les votes des pays de l'OIF. Il a été facile pour Hollande de se donner des airs mitterrandiens en prêchant le respect des constitutions aux chefs d'Etat africains après avoir manigancé une sortie digne à Compaoré  en lui promettant le soutien de la France « s'il souhaitait mettre son expérience et ses talents à la disposition de la communauté internationale » !, après avoir soutenu Sassou Nguesso en reconnaissant la légitimité de son référendum, après s'être tu lors de la réélection truquée d'Ali Bongo etc...
La France doit cesser d'apporter son soutien aux dictateurs africains et de cautionner des scrutins frauduleux. Nos efforts porteront sur le soutien aux mouvements démocratiques et populaires. La France soutiendra les hommes et les femmes politiques réfugié(e)s en France à cause des dictatures et  mènera une politique de dénonciation des biens mal acquis par les dictateurs et leurs familles sur le sol français.
Les missions d'observation des scrutins et les projets d'appui aux processus électoraux devront être mis en œuvre à la demande des forces progressistes concernées par des organismes internationaux multilatéraux (ONU, Union Africaine), avec la participation d'organisation de défense des droits démocratiques, à commencer celles qui sont actives en Afrique.
Les pratiques de corruption dans les affaires commerciales et le financement de la vie politique française doivent être bannies. Aucune politique sociale, aucune politique de souveraineté nationale, aucune politique de service public, aucune ré-appropriation des richesses nationales, ne peut se faire sans remise en place d'Etats représentant les aspirations des peuples et d'administrations disposant de moyens pour assurer l'intérêt général, l'égalité des citoyens, la continuité et la neutralité du service public. La France appuiera les initiatives visant à renforcer les Etats, assis sur les structures démocratiques et sociales des pays, et tenant compte de l'organisation sociale et des solidarités existantes. Les femmes africaines jouent d'ores et déjà un rôle essentiel pour faire bouger la société (au niveau économique, social, politique...) et ce rôle se doit d'être reconnu et entendu.
La coopération avec les pays africains sera redéfinie en fonction de la volonté manifestée en commun de sortir du modèle productiviste d'exploitation et du déséquilibre des échanges. Les droits humains et la co-construction des projets de coopération avec les pays concernés seront au cœur de la nouvelle politique de coopération au développement. Une loi de programmation et d'orientation pluriannuelle sera adoptée par le Parlement pour marquer cet engagement. Un équilibre entre coopération centralisée et coopération  décentralisée sera recherché dans un souci d'efficacité et de pérennité des projets tout en respectant les formes d'organisation des pays concernés. Cette coopération sera basée sur un dialogue notamment avec les ONG et  une recherche constante de solutions équilibrées qui s'inscriront dans un cadre global de coordination de la coopération pour un pays donné. Elle sera toujours respectueuse des autorités locales et s'intégrera dans les plans de développement  nationaux.

Marine Le Pen : Front National

Question : A ce stade, comment la diplomatie française doit-elle considérer les pays sans alternances de président et de parlement ?

Marine Le Pen : Le problème n'est pas tant l'alternance. L'alternance ne changera rien si le mode de gestion de l'État demeure le même. De la même manière, une tendance politique peut très bien, pendant un certain temps, donner entière satisfaction au peuple, seul juge. L'action de la France avec ses pays partenaires doit se faire dans le respect des valeurs qu'elle défend. La France devra tenir compte des rapports qui existent entre gouvernants et gouvernés sans soutenir des dirigeants qui, par leurs politiques, maltraitent leurs populations.

Question : Quelle est votre position sur les processus électoraux contestés et les inversions de résultat présumés ?

Marine Le Pen : Dorénavant, nous devons intégrer le fait que l'amitié franco-africaine ne concerne pas les dirigeants politiques, mais les peuples. Les patriotes de tous les pays devraient se rassembler. Par ailleurs, la France ne devrait pas soutenir des pratiques qu'elle n'accepterait pas sur son territoire.  L'État de droit et la démocratie sont des préalables au développement harmonieux d'une société. La France doit inciter les États partenaires à faire preuve de transparence en les accompagnant dans la mise en place de mécanismes de contrôle favorisant des élections libres et transparentes.

Question : Quels moyens proposez-vous pour que s'améliore la qualité technique des processus électoraux en Afrique ?

Marine Le Pen : Les processus électoraux en Afrique sont très diversifiés. Néanmoins, la France peut jouer un rôle important là où le processus électoral est source de tensions, comme récemment au Congo Brazzaville, où sévit une violente crise née des dernières échéances électorales. Il faut imposer la présence d'observateurs indépendants, issus de la société civile, dans tous les bureaux de vote et leur fournir les moyens de sensibiliser les populations et la classe politique. Il convient également de promouvoir des accords de partenariat entre les médias locaux et les grands médias français afin de relayer en temps réel les informations recueillies.

Emmanuel Macron : En Marche

Question : Quelle est votre position sur les processus électoraux contestés et les inversions de résultat présumés ? Quels moyens proposez-vous pour que s'améliore la qualité technique des processus électoraux en Afrique ?

Emmanuel Macron : Nous proposons tout d'abord de contribuer au renforcement des sociétés civiles, afin d'accroître la rédévabilité démocratique. Nous souhaitons par ailleurs renforcer les organisations africaines (régionales et l'Union africaine), pour assurer la bonne préparation et la bonne tenue des scrutins sur le continent, en soutien aux pays concernés.

Benoît Hamon : Parti socialiste

Question : Quelle est votre position sur les processus électoraux contestés et les inversions de résultat présumés ? Quels moyens proposez-vous pour que s'améliore la qualité technique des processus électoraux en Afrique ?

Benoît Hamon : Je ne crois pas que la technicisation d'un processus électoral soit une garantie de démocratie. Elle est un moyen de se prémunir contre un certain nombre de fraudes le jour de l'élection. C'est un élément essentiel, mais réduire la démocratie au jour du scrutin serait une erreur. Les régimes démocratiques peuvent différer, mais ils se retrouvent sur un point : ils doivent permettre au peuple d'exercer pleinement sa souveraineté. C'est un combat de tous les jours, y compris pour nous en France. La question fondamentale n'est pas la qualité technique d'un processus électoral. La question fondamentale est d'assurer à chacun le droit d'exercer, comme il le souhaite, une souveraineté trop souvent confisquée.

Jean-Luc Mélenchon : La France Insoumise 

Question : Quelle est votre position sur les processus électoraux contestés et les inversions de résultat présumés ? Quels moyens proposez-vous pour que s'améliore la qualité technique des processus électoraux en Afrique ?

Jean-Luc Mélenchon : Les pays africains doivent disposer d'institutions fortes de gestion des processus électoraux (CNI, CEI etc...) qui soient indépendants des pouvoirs en place et dont l'indépendance soit garantie par les institutions internationales.
Le gouvernement français soutiendra de façon privilégiée les démocraties africaines et appliquera des mesures restrictives dans les relations avec les dictatures.
Le gouvernement français se prononcera clairement quant aux dysfonctionnements constatés sans toutefois intervenir dans les affaires intérieures des pays concernés.
Le gouvernement français veillera à ce que la société civile et les oppositions soient dotés des moyens techniques suffisants pour permettre des comptages de votes et la transmission de résultats de façon sécurisée.
L'exil des Présidents sortants doit être garanti s'ils le souhaitent de façon à ne pas être un obstacle à la démocratisation des pays.

Marine Le Pen : Front National

Question : Quelles propositions faites-vous pour favoriser la souveraineté monétaire en Afrique ?

Marine Le Pen : Une sortie progressive du F CFA et son remplacement par un système négocié entre les pays africains.

Emmanuel Macron : En marche

Emmanuel Macron : La France doit participer à la réflexion sur l'avenir de la Zone Franc, avec des économistes et experts africains afin de moderniser certains de ses aspects, sans pour autant remettre en cause ses avantages (intégration, convertibilité,  stabilité monétaire).

Benoît Hamon : Parti socialiste

Benoît Hamon : La persistance du F CFA dans une quinzaine de pays d'Afrique, près de vingt après l'usage de l'euro est souvent ressenti par les populations, et à raison, comme un vestige colonial, quelles que soient les évolutions dans le fonctionnement des banques centrales d'Afrique de l'ouest et d'Afrique centrale. L'Union africaine vient de décider d'engager une réflexion sur la libéralisation des échanges au sein du continent. Ce sera l'occasion pour les Africains eux-mêmes de définir comment aller vers l'émergence de monnaies régionales. Il s'agit avant tout d'une question de souveraineté. Je comprends que des questions comme celle du dépôt de garantie auprès du Trésor français puisse alimenter un certain nombre d'incompréhensions et je sais également les débats qui existent quant à l'efficacité de cette zone monétaire pour les économies africaines. Il revient aujourd'hui aux pays de l'UEMOA et de la CEMAC de décider ce qu'ils souhaitent faire. Je ferai pour ma part tout ce qu'il faut pour accompagner au mieux ce choix vers une souveraineté économique et monétaire réelle des africains.

Jean-Luc Mélenchon : La France Insoumise

Jean-Luc Mélenchon : La révolution citoyenne et souveraine présuppose que chaque peuple soit responsable de sa politique monétaire, ce qui n'interdit pas l'idée de monnaie commune mais à la condition que ce ne soient pas des experts auto-désignés qui s'en saisissent pour mettre les peuples au service de l'économie.
La dette qui étrangle beaucoup de pays devra être auditée et réexaminée de façon à isoler ce qui doit effectivement être remboursé de ce qui relève de la notion de dette odieuse. Les cessions d'actifs publics seront systématiquement remis en question afin de vérifier que le prix payé par les acheteurs correspond bien à la valeur de ces actifs, faute de quoi ils seront transférés à des sociétés anonymes dans lesquelles l'Etat sera actionnaire à hauteur de la différence entre la valeur réelle et la valeur payée par ces acheteurs qu'ils soient locaux ou étrangers.
Le crédit doit être replacé sous le contrôle de la Banque Centrale de chaque pays : les facilités extravagantes accordées aux monopoles doivent être supprimées au bénéfice de l'expansion de crédits aux entreprises petites ou moyennes existantes ou à créer.
Le F CFA qui fut d'abord « Franc des Colonies Françaises d'Afrique » avant de devenir « Franc de la Communauté financière africaine », même s'il présente l'intérêt d'être une monnaie commune régionale, présente le grave défaut de lier les choix financiers de cette partie de l'Afrique à la BCE et à l'Europe et  empêche les pays concernés d'entrer dans la construction d'une Banque centrale africaine.  Il est urgent de rendre aux banques centrales  la gestion de la politique monétaire  qui serait alors adaptée au cycle de leurs économies. Ceci s'accompagnerait d'un abandon par la France de son droit de vote et de veto dans toutes les instances de ces banques,  de l'abandon de l'obligation de déposer 50% des avoirs des pays CFA à la Banque de France, ainsi que l'abandon du pouvoir du conseil des ministres français de décider des parités et dévaluations du CFA.
Cette réforme majeure, qui peut préfigurer d'autres évolutions en lien ou non avec la proposition de l'Union Africaine de créer une monnaie commune à toute l'Afrique, devrait permettre de mettre fin à la deuxième extraversion des économies africaines (la première étant les filières de rente) et autoriserait ces banques de jouer pleinement leur rôle dans le financement du développement. Nous devrions défendre le droit des gouvernements des pays africains, s'ils veulent bénéficier d'un minimum de moyen pour orienter les investissements publics, de prendre des mesures de prise de contrôle des filiales des banques privées, essentiellement françaises, qui constituent souvent le seul réseau bancaire existant.
La France Insoumise veut que la France rende aux pays africains de la zone CFA l'autonomie de gestion de leur monnaie, et leur rendre le choix de créer d'autres monnaies communes sur leur continent s'ils le souhaitent, en suscitant  les conditions économiques et politiques d'une évolution du F CFA sans que cela ne mette en péril les économies concernées ou ne renforce un autre type de prédation. Nous devons donc créer une instance de réflexion commune pour faire des propositions concrètes de sortie du système actuel tout en étant réalistes sur les conditions d'un succès d'une autonomisation qui ne doit en aucun cas nuire aux conditions de vie des populations concernées.
 

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