Vous êtes ici

RDCONGO : L'étau de Kabila se resserre sur Tshisekedi

L'étau se resserre sur le nouveau président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, de plus en plus, sous le contrôle de son prédécesseur, Joseph Kabila, qui dispose de tous les atouts pour revenir au coeur du jeu politique. En fait, on commence à se demander si le président élu disposera d'une marge de manœuvre suffisante pour appliquer son programme. Car on a, plutôt, l'impression que c'est toujours Joseph Kabila, par ses partisans interposés, qui contrôle la substance du pouvoir.

Ces jours-ci, la vie politique congolaise a une apparence et une réalité. L'apparence : celle d'un président de la République issu de l'opposition qui prend des mesures fortes après son investiture le 24 janvier.

Deux opposants emprisonnés à l'époque du régime Kabila, Firmin Yangambi et Franck Diongo, sont, ainsi, sortis de prison, vendredi, 15 mars, et samedi en vertu d'une grâce présidentielle prononcée mercredi.

"Le combat doit continuer pour la libération du pays", a lancé, après sa libération, le député d'opposition, Franck Diongo, arrêté, en décembre 2016, au plus fort des manifestations contre le prolongement du deuxième et dernier mandat de M. Kabila.

Mais, la vie politique congolaise obéit, aussi, à la réalité des rapports de force et d'un accord passé entre MM. Tshisekedi et Kabila : l'actuel président est encerclé, de toutes parts, par la plate-forme du Front commun pour le Congo (FCC) de son prédécesseur.

Majoritaire à l'Assemblée nationale et dans les Assemblées provinciales, le FCC pro-Kabila a raflé 84 sièges sur 100 au Sénat, vendredi, 15 mars, lors des élections au suffrage indirect dans 24 des 26 provinces de la RDC (elles ont été reportées dans deux provinces).

La coalition Cap pour le Changement (CASH) de M. Tshisekedi n'obtient que trois sièges, d'après le calcul de journalistes congolais à partir des résultats de la Commission électorale.

Dès vendredi soir, le FCC s'est félicité d'avoir obtenu "une très large majorité de plus des deux-tiers au Sénat", une "victoire éclatante" qui "confirme sa prépondérance en tant que première force politique en RDC".

Cette vaste majorité parlementaire permet aux amis de M. Kabila de faire, de nouveau, main basse sur les prochaines élections au suffrage indirect des gouverneurs et vice-gouverneurs à la tête des 26 provinces fin mars.

Les pro-Kabila semblent, évidemment, en mesure de peser, lourdement, sur la désignation du futur premier ministre et du gouvernement de M. Tshisekedi.

A plus long terme, leur majorité parlementaire absolue leur permet, le cas échéant, de lancer une révision de la constitution ou des procédures contre l'actuel chef de l'Etat.

M. Kabila est, lui-même, sénateur à vie, en raison de son statut d'ancien chef de l'Etat.

Au passage, la victoire du FCC au sénat a fracturé la machine de guerre de M. Tshisekedi, l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti historique d'opposition fondé par son père Etienne.

En deux petits mois, les "combattants" de la base de l'UDPS sont passés de l'euphorie de la victoire à la colère à l'annonce, vendredi soir, des résultats désastreux des sénatoriales.

Les militants UDPS ne comprennent pas comment leur parti n'a même pas pu faire élire un seul sénateur dans ses fiefs de Kinshasa et du Kasaï oriental, où le parti dispose, pourtant, de députés provinciaux, les "grands électeurs" qui votaient pour désigner les sénateurs.

Ce panorama de la vie politique congolaise n'étonne pas l'autre candidat de l'opposition, Martin Fayulu, qui manifestait, samedi, 16 mars, à Paris, avec la diaspora, pour la "vérité des urnes".

M. Fayulu affirme qu'il a remporté l'élection présidentielle du 30 décembre et qu'il a été victime de l'accord entre MM. Kabila et Tshisekedi.

"M. Tshisekedi n'est qu'une marionnette", a déclaré M. Fayulu à Paris.

"Il était avide du pouvoir. Il s'est fait prendre au piège", a-t-il ajouté. "M. Kabila va tout avoir. Il s'est joué de tout le monde".

Ajouter un commentaire

CAPTCHA
Cette question sert à vérifier si vous êtes un visiteur humain afin d'éviter les soumissions automatisées spam.