SOUDAN DU SUD : La formation d'un gouvernement d'union en passe d'être (une nouvelle fois) repoussée

On est, encore, loin de l'accord, les deux leaders n'arrivant toujours pas à s'entendre sur le principal point d'achoppement. Le président sud-soudanais, Salva Kiir, a rejeté, vendredi, 14 février, les pressions internationales pour parvenir à un compromis avec le chef rebelle, Riek Machar, à une semaine d'une date butoir pour la formation d'un gouvernement d'union. Désormais fixée au 22 février, cette échéance a, déjà, été reportée à deux reprises en 2019, mais, M. Kiir a réitéré son opposition à tout compromis sur le nombre d'Etats régionaux et leurs frontières, principale point de discorde des négociations.

«Cela ne peut pas marcher parce qu'on ne peut pas résoudre des problèmes en en créant un autre», a déclaré le président, lors d'un rassemblement de ses partisans à Juba, capitale du Soudan du Sud, Etat indépendant depuis 2011.

Depuis 2015, Salva Kiir a fait passer le nombre d'Etats de 10 à 28, puis, à 32, une mesure largement vue comme un moyen d'augmenter le nombre de ses alliés placés à des postes à responsabilités.

Riek Machar souhaite revenir à 10 Etats, mais, a également proposé, comme solution de compromis, une division en 21 Etats fondée sur les districts de la période coloniale britannique.

Mais, le président n'est pas d'accord : «Je lui ai dit : Mon frère, qu'est-ce que tu vas faire des fonctionnaires des 32 Etats» si l'on en supprime 11, voire, 22 Etats.

Dans ces conditions, le vice-président, Riek Machar, a exclu de reprendre le poste de vice-président qu'il occupait avant le début du conflit si le nombre d'Etats restait inchangé.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, avait sommé, le 8 février, les dirigeants sud-soudanais de «respecter leur peuple» en parvenant à un compromis dans les délais. «Pensez à votre peuple, respectez votre peuple, vous n'avez pas le droit de continuer la confrontation alors que votre peuple souffre tant», avait déclaré M. Guterres à Addis Abeba, à la veille du Sommet de l'Union africaine (UA).

Le Forum de la société civile sud-soudanaise, une coalition de plus de 200 organisations, a appelé, vendredi, 14 février, les parties à «ne pas laisser l'accord de paix (de septembre 2018, NDLR) s'effondrer uniquement pour un différend sur le nombre d'Etats».

Le Soudan du Sud a sombré dans la guerre civile en 2013, deux ans après son indépendance du Soudan, lorsque M. Kiir, un Dinka, a accusé M. Machar, son ancien vice-président, un Nuer, de fomenter un coup d'état. Depuis, ils s'observent en chiens de faïence dans le cadre d'une éventuelle cohabitation qui a grand mal à se mettre en place. C'est comme si, sous la pression de la communauté internationale, on forçait Jonas Savimbi, leader de l'UNITA à venir partager le pouvoir, à Luanda, avec son grand rival, le président, José Eduardo dos Santos, à qui il a fait la guerre pendant un quart de siècle. Une telle union bâtie sur une nappe de sable n'a aucune chance de survivre aux vents violents du désert soudanais. Cela a été le cas en Angola où Savimbi, après avoir repris le maquis, après cette cohabitation ratée, a, finalement, été abattu par l'armée angolaise, dans la brousse, où il campait, le temps d'un soir, avec le concours des renseignements américains. Cela risque d'être, aussi, le cas au Soudan du Sud où le plus soutenu à l'international aura le dernier mot. Car il faut dire, comme l'a si bien souligné le secrétaire général des Nations-Unies, dans des termes diplomatiques, que l'ego des deux leaders du Soudan du Sud, n'est plus du goût de la communauté internationale.

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