SOUDAN : La police soutient le départ du général Omar el-Béchir du pouvoir. Pas l'armée pour le moment.

Une foule déterminée de Soudanais continue ce mercredi, 10 avril, pour la 5e journée consécutive, de défier le régime du général, Omar el-Béchir, devant le QG de l'armée, dont les intentions restent incertaines dans le rapport de force entre pouvoir et manifestants. La police, elle, a, d'ores et déjà, lâché le président Béchir. Elle assure l'ordre en protégeant les manifestants. Ces derniers sont encouragés par les succès obtenus par la rue algérienne, qui a fini par avoir le départ du président, Abdelaziz Bouteflika. Pourquoi ce qui s'est passé en Algérie n'arriverait-il pas au Soudan où Omar el-Béchir bien que général de son armée, commence, lui aussi, à être lâché par une partie de la grande famille de la défense et de la sécurité ?

Cela dit, signe que M. Béchir n'est pas prêt à céder à la pression de la rue, le parti du Congrès national (NCP), au pouvoir, a appelé l'ensemble de ses membres à un rassemblement de soutien au chef de l'Etat, jeudi, 11 avril, à Khartoum.

Réunis dans la capitale devant le QG de l'armée depuis samedi, des milliers de Soudanais demandent, eux, inlassablement la démission du président au pouvoir depuis trois décennies. Bouteflika, lui, n'était là que depuis deux décennies.

"Le peuple veut la chute du régime", ont scandé, toute la nuit, ces manifestants, faisant le "V" de la victoire et allumant leurs téléphones en guise de bougies.

Agitant des drapeaux nationaux et entonnant des chansons révolutionnaires, ils ont continué à appeler l'armée à rejoindre leur mouvement de contestation, né en décembre mais qui a connu un net regain samedi dernier.

"La nuit s'est passée dans le calme, sans incident", a déclaré un manifestant ayant passé la nuit devant le QG de l'armée.

"Nous estimons que le soutien des soldats et celui de la police désormais, s'accroît, avec certitude", a-t-il ajouté (notre photo).

Depuis samedi, 6 avril, les contestataires ont essuyé, à plusieurs, reprises les assauts du puissant service de renseignement NISS et de la police anti-émeutes, qui ont tenté, en vain, de les disperser à coups de gaz lacrymogènes.

La nuit s'est, toutefois, déroulée dans une atmosphère festive, avec des femmes chantant des slogans antigouvernementaux repris par des dizaines d'hommes réunis autour d'elles.

Surtout, la nuit a été la première passée sans "menace" de la part des forces de sécurité.

"Les soldats dans le (QG) sont aussi en colère après les attaques aux gaz lacrymogènes et sont déterminés à les empêcher" d'en mener d'autres, dit-il.

Un autre manifestant a renchéri : "Il semble que la police soit avec nous aussi (...). Lorsque nous sommes venus la nuit dernière près du bâtiment de l'armée, nous avons vu de nombreux policiers mais ils ne nous ont pas arrêtés."

Mardi, 9 avril, en effet, la police a annoncé avoir ordonné à ses forces de ne pas intervenir contre les contestataires. Elle a, aussi, dit vouloir l'union du "peuple soudanais (...) pour un accord qui soutiendrait un transfert pacifique du pouvoir". En d'autres termes, la police soutiendrait le départ du pouvoir du général, Omar el-Béchir.

Les intentions des militaires restent pour l'instant inconnues. Dans un communiqué publié, lundi, 8 avril, le général, Kamal Abdelmarouf, chef d'état-major de l'armée, a précisé que celle-ci continuait "d'obéir à sa responsabilité de protéger les citoyens". Sans plus. A chacun d'interpréter comme il l'entend ce propos du haut gradé soudanais.

Mercredi, 10 avril, matin, les manifestants tentaient de réunir des fonds pour assurer eau et nourriture à la foule restée devant le QG de l'armée, alors que la température dépasse les 40 degrés à l'ombre en journée à Khartoum.

"De nombreux commerçants et hommes d'affaires nous ont donnés des provisions gratuitement", a indiqué un protestataire.

Selon Sadek al-Mahdi, à la tête du principal parti d'opposition, des hommes armés portant des masques ont tué 20 personnes depuis le début des manifestations samedi.

Ces attaques ont eu lieu "tous les matins", a-t-il déclaré tard mardi.

Le ministre de l'Intérieur, Bushara Juma, avait déclaré lundi que "sept citoyens sont morts, six dans l'Etat de Khartoum et un dans le Centre du Darfour" le samedi 6 avril.

Ces morts portent, selon un bilan officiel, à 38 le nombre de manifestants tués depuis le début du mouvement en décembre. Les ONG l'estiment plus élevé, et l'avaient établi à 51 contestataires tués avant même l'annonce de M. Juma.

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