SOUDAN : La très compliquée liste des doléances des manifestants va-t-elle diviser le Conseil militaire ?

Les chefs de la contestation au Soudan ont présenté (une première liste de) leurs demandes au nouveau pouvoir militaire. Entre autres exigences, ils réclament la formation d'un gouvernement civil, ce qui a, d'ores et déjà été accepté, mais aussi, la justice pour tous les massacres perpétrés sous le régime du général, Omar el-Béchir. Cette dernière doléance risque de compliquer la situation car, en fait, c'est toute l'armée et l'ensemble des services de renseignement, qui sont comptables des tueries massives, qui ont provoqué la convocation du président déchu à la Cour pénale internationale (CPI). Et Béchir n'était pas seul. Comme quoi, la révolution qui démarre au Soudan, est appelée à faire écrire de nouvelles pages dans l'histoire du pays. Il faudra juste suivre.

Ce dimanche, 14 avril, des milliers de manifestants sont, toujours et encore, rassemblés devant le QG de l'armée à Khartoum pour maintenir la pression sur le Conseil militaire de transition, au lendemain de l'engagement pris par le nouvel homme fort du pays, le général, Abdel Fattah al-Burhane, "d'éliminer les racines" du régime d'Omar el-Béchir, renversé, jeudi, 11 avril, par l'armée. Le problème, c'est qu'étant, lui-même, lieutenant-général de l'armée du Soudan, l'actuel homme fort ne peut être exempt de tout reproche. Après l'éviction de son prédécesseur qui n'a tenu le pouvoir qu'en l'espace d'un jour, il doit faire très attention : il marche sur des œufs. Le pouvoir n'est plus au niveau du Conseil militaire de transition. En réalité, c'est la rue qui détient, actuellement, la réalité du pouvoir. Elle commence à dicter sa loi.

Une délégation de dix représentants des protestataires a rencontré, samedi, 13 avril, le Conseil militaire au pouvoir depuis jeudi, et présenté ses demandes, a indiqué dans un communiqué, Omar el-Digeir, chef de l'Alliance pour la liberté et le changement, qui rassemble l'Association des professionnels soudanais (SPA) et des partis d'opposition.

Parmi les demandes figurent, la restructuration du puissant service de renseignement soudanais (NISS), dont le chef, le général, Salah Gosh (qui avait effectué un voyage-éclair à N'Djamena, il y a quelques jours, pour rencontrer le président tchadien, Idriss Déby Itno, grand allié d'Omar el-Béchir), a, lui aussi, démissionné après le départ de son mentor, M. Béchir. Outre le sang versé au Darfour, Salah Gosh, qui avait repris la main sur le NISS (Services de renseignement) en 2018 après une première décennie à sa tête jusqu'en 2009, avait supervisé ces quatre derniers mois la répression du mouvement de contestation populaire qui a fait des dizaines de morts depuis décembre (notre photo montrant un discours qu'il tenait à certains éléments du NISS).

"Nous continuerons à organiser nos sit-in jusqu'à la satisfaction de nos demandes" dont la formation d'un gouvernement entièrement civil, a déclaré M. Digeir.

L'Alliance pour la liberté et le changement réclame, également, l'intégration de civils au Conseil militaire de transition.

Le nouvel homme fort du Soudan, Abdel Fattah al-Burhane, nommé vendredi pour remplacer le général Awad Ibn Ouf qui a démissionné après une journée au pouvoir, a annoncé samedi une série de mesures en guise de concessions aux manifestants.

Il a annoncé la levée du couvre-feu --imposé jeudi de 20H00 GMT à 02H00 GMT--, la libération de tous les manifestants arrêtés ces dernières semaines et s'est, également, engagé à faire juger les personnes ayant tué des protestataires. Ce n'est qu'un début. Ce sont des mesurettes qui sont les bienvenues, en attendant les réformes et mesures de fond attendues par le peuple.

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