Politique

Le dictateur a envoyé, en catastrophe, son ministre des Affaires étrangères, Jean Claude Gakosso, à Cotonou, pour porter un message de sympathie et de prompt rétablissement au chef de l'Etat, Patrice Talon, après ses deux opérations subies à Paris. Le président congolais n'a agi ni au hasard, ni par simple humanisme. Il sait d'où il vient. Surtout, il sait où il va.

L'accord de cessez-le-feu immédiat en Centrafrique signé, lundi, 19 juin, à Rome, par les groupes armés et le gouvernement aura duré moins de 24 heures. Dès, mardi matin, de violents combats entre milices ont fait une centaine de morts à Bria (Centre).

Depuis son lieu d'exil en Guinée équatoriale, l'ancien président de Gambie, Yahya Jammeh, a perdu le sommeil. Ses partisans laissés au pays sont sous le coup des procédures de justice, certains de leurs biens sont confisqués. L'ancien président, lui-même, n'est pas si protégé que cela alors qu'il croyait avoir signé un accord sous l'égide de la CEDEAO qui lui garantissait la paix et la sécurité totales, lors de son départ du pouvoir. Et puis, son épouse, Zeinab Suma, exilée aux Etats-Unis, songerait, de plus en plus, à demander le divorce.

Il n'est jamais trop tard pour bien faire. Tout comme une erreur reconnue est à moitié pardonnée. Le journal Le Monde a fait partie du groupe de médias qui ont enquêté sur le scandale financier des Panamas Papers. Cette organisation, qui recueillait pour les cacher des énormes sommes d'argent qui venaient de partout y compris des pays sous-développés et qui, généralement, avaient vocation à échapper au fisc et au développement des pays où elles étaient détournées, a été assimilée à une organisation criminelle, ses représentants étant traités comme tels. Il s'en est suivi des révélations des noms de certaines personnalités, mondialement, connues qui y avaient logé leurs fonds et dont la divulgation à l'opinion publique a fait scandale. Président de l'Algérie, Abdelaziz Bouteflika dont le nom a été cité par Le Monde, a dû porter plainte pour atteinte à son honneur, estimant qu'il avait été, inutilement, diffamé. Le Monde a reconnu que le nom du président algérien n'en faisait pas partie et s'en est excusé. Sans se faire prier, Abdelaziz Bouteflika a retiré sa plainte. L'incident est désormais clos.

La contre-expertise réalisée sur les restes présumés de l’ancien président burkinabè, Thomas Sankara, tué en 1987, lors d’un coup d’état, n’a permis d’observer "aucun profil génétique", a annoncé, lundi, 19 juin, l’un des avocats de la famille Sankara, Me Bénéwendé Sankara. Cela veut dire que le mystère sur la disparition du jeune révolutionnaire reste entier. Seul Blaise Compaoré et ses amis, sont, réellement, en mesure de dire aux Burkinabè ce qu'ils ont fait du corps de leur ancien camarade.

Très très long à l'allumage, le président du PDCI, Henri Konan Bédié, vient, enfin, de sortir de sa réserve, en annonçant la candidature (qu'il neige ou qu'il vente), d'un membre de son parti, à l'élection présidentielle de 2020, qu'il y ait eu entente au sein du RHDP ou non. Si les militants de la vieille dame cinquantenaire peuvent pousser un gros Ouf de soulagement, le Maradona du paysage politique ivoirien (Alassane Ouattara) qui a pris pour habitude de dribbler tout le monde et de marquer les buts qui profitent à son seul parti, le RDR, a, très vite, botté en touche : pour lui, « 2020 c'est dans trois ans », donc, il ferme la parenthèse. Traduisez en langage dioula : je ne suis pas d'accord, étant en train de préparer mon candidat RDR que les Ivoiriens connaissent déjà.

Ce ne seront plus les prêtres de Sant'Egidio qui viendront rendre opérationnel, sur le terrain, l'accord politique qu'ils ont fait signer aux 14 groupes armés à Rome. C'est au pouvoir centrafricain de faire, maintenant, sa part de job, en transposant sur le terrain, grâce aux moyens de l'Etat dont il dispose, la faisabilité de cet accord afin qu'il ne tombe pas, lui aussi, dans les oubliettes, comme les accords passés. Le président, Faustin Archange Touadéra, est, fortement, interpellé, lui qui essuie une pluie de critiques de la part de l'opposition, qui ne le trouve pas à la hauteur.

Le président du Bénin, Patrice Talon, a, plutôt, bonne allure. Après avoir subi deux interventions chirurgicales à Paris. Le pays n'a pas connu de vacance de pouvoir ; la constitution du Bénin est l'une des plus solides de l'Afrique, et en homme politique avisé, Patrice Talon avait fait ce qu'il fallait avant de s'absenter. Le pays n'en a pas beaucoup souffert. Revenu à Cotonou, dimanche, 18 juin, il a repris ses activités, ce lundi, 19 juin, avec la tenue d'un conseil de ministres extraordinaire. Le conseil des ministres ordinaire se tiendra, mercredi, 21 juin.

Comme tout bon militaire qui a fait la guerre, Paul Kagame a peur de son ombre. Il sursaute au moindre coup de feu. On ne dirait pas ce brave général qui arriva à chasser, depuis son maquis ougandais, le bien établi régime du général-président, Juvénal Habyarimana, en 1994. Depuis qu'il est devenu président de la République, il n'autorise aucune contradiction. De peur de se faire doubler, il a fini par porter la carapace d'un dictateur qui n'accepte, dans le jeu politique national, aucun parti politique d'opposition digne de ce nom ni de candidat d'opposition de poids. Pour sa troisième candidature pour un troisième mandat de sept ans auquel il n'avait pas droit, il a dû changer la constitution. Aujourd'hui, il peut être président jusqu'en 2034, après ses 14 ans déjà passés au pouvoir. Sans opposition.

Incroyable mais vrai, mais, on ne le sait pas, peut-être, parce que ce pays est excentré, loin de nos yeux, bien que situé sur le même continent africain. Ce pays s'appelle l'Erythrée. Qui après avoir lutté et obtenu son détachement de l'Ethiopie, en 1993, est devenue championne toutes catégories de l'exportation de ses fils et filles vers l'Europe. La traversée de la Méditerranée sur les embarcations de fortune a, déjà, coûté la vie à bon nombre d'entre eux. Mais, entre ce risque calculé et le fait de rester sur place, en Erythrée, où aucune garantie à la vie ne leur est donnée, le choix n'est guère difficile.

C'est une question qui ne trouve pas encore de réponse. Ils sont 20.000 jeunes, en grande majorité, sans emploi, qui savent, correctement, manier les armes, et qui ont joué, par le passé, et continuent de jouer, un rôle important dans l'affaiblissement de la secte terroriste, Boko Haram. Mais avec la réorganisation de l'armée depuis l'arrivée au pouvoir de Muhammadu Buhari et la chute de régime de Boko Haram, se pose, désormais, la question de l'insertion de ces 20.000 jeunes, sinon, ils risquent de devenir, à leur tour, un véritable problème pour la société.

Souvent louée pour son calme et sa stabilité politiques, la Zambie est secouée, depuis plusieurs semaines, par de vives tensions entre le président, Edgar Lungu, et le principal parti d'opposition, qui dénonce une dérive dictatoriale du régime. L'adversaire à la présidentielle, Hakainde Hichilema, devait être traité comme un « rat  que l'on veut attraper », pestaient les partisans de Lungu. Une fois Hichilema sous les verrous, ils ont mis leurs menaces à exécution.

Le régime du président, Pierre Nkurunziza, une fois de plus, est sur le ban des accusés. La Commission d'enquête de l'ONU sur le Burundi a dénoncé la persistance des violations des droits de l'homme dans ce pays, lors de la présentation de son rapport devant le Conseil des droits de l'homme, jeudi, 15 juin, à Genève.

Si la situation du Gabon n'était pas tendue, depuis l'élection présidentielle du 27 août dernier, on mettrait cette agitation de quelques individus plus ou moins illuminés dans la rubrique des « Faits totalement divers ». Mais même si leur sortie ne va pas empêcher le locataire du Palais du Bord de Mer de dormir sur ses deux oreilles, elle a le mérite de souligner l'état de tension qui règne dans le pays à quelques jours de l'arrivée de la mission d'information de la CPI (Cour pénale internationale) pour enquêter sur les troubles ayant perturbé la présidentielle de 2016.

Le général, Joao Lourenço, l'actuel ministre angolais de la Défense et futur président de la République en lieu et place de Ingénieur, José Eduardo dos Santos, vient de passer un (très) bref séjour, à Brazzaville. Ni vu ni connu. Ce séjour préparé en haut lieu par les deux chefs d'Etat qui entretiennent de très bonnes relations, a été passé sous silence, dans les médias, à la demande du dictateur. Joao Lourenço qui devrait accéder au pouvoir avant la fin de cette année, s'est fait adouber par son aîné du Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso, qui ambitionne d'étendre ses tentacules jusqu'à Luanda.

Personne ne sait si après avoir dit, plusieurs fois Non, le président des Etats-Unis, Donald Trump, va, finalement, marquer son accord afin que le Conseil de sécurité puisse financer le doublement des effectifs de la Force conjointe anti-djihadiste du G 5 du Sahel. Ce financement devrait, aussi, tenir compte des équipements et de la formation des soldats. Pour le moment, les Français qui appuient, le plus, le principe de cette force, rencontrent l'hostilité grandissante des Américains au sein du Conseil. Contrairement à l'époque de Barack Obama où il était aisé de discuter et de trouver des compromis, on se rend compte, aujourd'hui, qu'avec l'administration Trump, la collaboration est très difficile à établir et quand elle dit, Non, c'est Non.

La procureur de la CPI (Cour pénale internationale), Fatou Bensouda, n'a pas tardé à se manifester, après la libération de Seif al-Islam Kadhafi, le fils de l'ancien dirigeant libyen, assassiné en octobre 2011. Alors que la CPI réclame son extradition depuis, au moins, 2012, l'ancien héritier libyen a disparu dans la nature, après sa libération, avec la complicité de certains groupes armés. La CPI n'a aucun moyen de mettre la main sur lui, sauf en demandant l'appui du gouvernement du premier ministre, Fayez el-Sarraj, reconnu par les Nations-Unies et la communauté internationale. Mais selon plusieurs sources, ce fameux gouvernement Sarraj n'arrive même pas à contrôler la totalité de la ville de Tripoli. Comment compter sur lui pour arrêter et extrader Seif al-Islam ?

Le chanteur à succès ivoirien, Alpha Blondy, qu'on ne présente plus, a appelé, mercredi, 14 juin, à "une amnistie générale" et à la libération de tous les prisonniers détenus dans le cadre de la crise post-électorale de 2010-2011 en Côte d'Ivoire, en estimant que le pays vit un "traumatisme". Empêcheur de tourner en rond (contrairement à beaucoup d'autres sportifs et artistes célèbres), Alpha Blondy, en invitant Ouattara à être conséquent avec son discours, reste égal à lui-même.

Que serait la France sans l'Afrique ? Juste une puissance moyenne de la taille de l'Italie, sans siège permanent au Conseil de sécurité. Depuis qu'il est entré à l'Elysée, Emmanuel Macron, montre, clairement, où se trouvent les intérêts de la France. C'est vraiment un bon banquier. Après avoir été saluer le dispositif Barkhane, à Gao, au Mali, et reçu, à Paris, les présidents de Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara, et du Sénégal, Macky Sall, les 11 et 12 juin, le voilà pour deux jours (jusqu'au 15 juin) au Maroc, avant de repartir, le 2 juillet, au Mali, plus précisément, à Bamako, cette fois, où il tiendra une séance de travail avec les chefs d'Etat du G 5 sur le terrorisme. Mais avant ce grand-rendez-vous, il fera un saut chez Abdelaziz Bouteflika, à Alger, pour discuter de plusieurs dossiers bilatéraux importants. Mais pas seulement : il y a, aussi, que la place de l'Algérie dans la sous-région nécessite une concertation préalable entre Paris et Alger avant que le président Macron ne se rende, le 2 juillet, à Bamako. Car comme tout bon banquier (qui ne s'ignore pas), il donne l'impression d'avoir horreur de perdre son temps (Time is money).

Depuis l'arrivée au pouvoir, le 31 décembre 2014, de Béji Caid Essebsi, la traque des proches de l'ancien dictateur, Zine El Abidine Ben Ali, n'a guère fléchi. Même si le pays continue de lutter contre le djihadisme, principale préoccupation des instances du pouvoir, on ne constate aucun relâchement dans la recherche de traduire devant les tribunaux, tous ceux de l'ancien régime qui, pendant les années Ben Ali, s'étaient permis de prendre des largesses avec la fortune publique.