Accord de Khartoum

Des dizaines de personnes ont été tuées le week-end du 25 janvier dans des affrontements intercommunautaires entre miliciens à Bria, ville diamantifère de l'Est du Centrafrique, au coeur des conflits qui ravagent ce pays depuis près de 20 ans. On avait cru à une accalmie dans le pays. Certains annonçaient même prématurément la fin des violences. Malheureusement, ces nouveaux massacres (en dizaines de tués) viennent montrer que le Centrafrique n'est pas, encore, au bout de l'horreur, et que le pouvoir, au lieu de dormir sur ses lauriers, en pensant que les Accords de Khartoum ont résolu le problème de la violence dans le pays, doit redoubler d'ardeur, afin que son bilan soit à peu près défendable pendant la prochaine campagne présidentielle.

Qu'on ne compte pas sur Nicolas Tiangaye pour enrober ses phrases afin qu'elles fassent moins mal à Faustin Archange Touadéra, le président de la République. C'est clair que l'ancien premier ministre et célèbre avocat de profession, Nicolas Tiangaye, est en colère. De l'immobilisme de Touadéra. De la démagogie de Touadéra. De l'inconstance de Touadéra. De la navigation à vue de la politique de Touadéra. Des mensonges de Touadéra, etc. Là où les autres ténors de l'opposition préfèrent rester sans voix, lui, l'ancien premier ministre de 2013 à 2014 après avoir présidé pendant 13 ans la célèbre Ligue centrafricaine des droits de l'homme, met les pieds dans le plat, se faisant applaudir dans Bangui (jusqu'au kilomètre 5) et dans l'intérieur du pays. Car on dirait que le gouvernement a cessé depuis début 2019 de travailler pour le bien-être de tous les Centrafricains, et ne prépare que la réélection du président, Faustin Archange Touadéra. La colère de Me Nicolas Tiangaye réveillera-t-elle tous ceux qui dorment, aujourd'hui, dans l'opposition comme si le pouvoir leur administrait, chaque matin, une bonne dose de camomille pour les rendre, totalement, amorphes, passifs et inoffensifs, tout le long de la journée ?

L'Accord de paix en Centrafrique signé en février entre les autorités et des groupes armés, dont l'application accumule les retards, a été entaché, mardi, 21 mai, par le massacre de 26 civils dans l'Ouest du pays. Le plus inquiétant, c'est que le responsable de cette tuerie, le groupe armé 3R, est signataire de l'Accord de Khartoum, ou plus exactement, ce qui en tient encore lieu car on peut, légitimement, se demander si, à la suite de son piétinement par le FDPC (Front démocratique du peuple centrafricain) du général, Abdoulaye Miskine (qu'on ne présente plus en Centrafrique), cet accord lie toujours les parties qui l'ont signé. Visiblement non. Seuls l'armée et quelques groupes armés y croiraient encore. A qui la faute : selon certaines indiscrétions, le gouvernement est responsable de cette situation. On lui reproche d'avoir faibli ses efforts après la signature de l'Accord alors que c'est en ce moment qu'il aurait pu les redoubler. Autrement dit, le gouvernement a eu tort de considérer que la signature de l'Accord était un moment de répit, la fin du conflit alors que ce n'était que le début d'un processus difficile, programmé sur un très long terme.

L'Accord de Khartoum, le 8e du genre, signé entre le pouvoir centrafricain et les rebelles vient d'être violé, au lendemain du séjour d'un représentant de l'Union africaine (UA), à Bangui, venu le conforter après la perte du pouvoir d'un de ses principaux parrains, le président soudanais, Omar el-Béchir. En effet, des éléments du groupe armé, Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC), ont attaqué, lundi, 22 avril, le village de Lokoti, dans l'Ouest du pays, où ils ont incendié des véhicules et pris en otage onze personnes, selon des informations recueillies auprès de la gendarmerie locale. L'Accord de Khartoum a, donc, du plomb dans l'aile. Sa signature en fanfare, à Bangui, en présence du président de la République centrafricaine, Faustin-Archange Touadéra, et des représentants de l'Union africaine, de la Russie, de la France et des Etats-Unis, n'était qu'un coup d'épée dans l'eau ? La question se pose de savoir s'il y aura la nécessité de signer un 9e accord, celui-ci étant, déjà, violé et bientôt mort ?

L'ancien premier ministre centrafricain et actuel président du principal parti d'opposition, le MLPC (Mouvement de libération du peuple centrafricain), Martin Ziguélé, donne sa lecture des événements qui traversent son pays : Accord de Khartoum, Enchères des rebelles, Nomination de gouvernements, Action du gouvernement, etc. Il dit tout, en responsable politique qui aspire, un jour, à diriger l'Etat du Centrafrique.

Député à l'Assemblée nationale, l'ancien premier ministre et actuel président du principal parti d'opposition, le MLPC (Mouvement de libération du peuple centrafricain), Martin Ziguélé, n'a pas mâché les mots pour donner sa lecture des graves événements qui déstabilisent son pays : Accord de Khartoum (le 8e du genre en l'espace de cinq ans), enchères des rebelles, nomination d'un nouveau premier ministre et de plusieurs ministres issus de la rébellion, action du chef de l'Etat à la tête du pays depuis bientôt quatre ans, etc. En responsable politique qui ambitionne de diriger la République centrafricaine, il donne un éclairage de la situation du pays que les dirigeants actuels devraient lire avec intérêt.