Alassane Ouattara

Pendant que les délégations d'athlètes devant participer aux 8e Jeux de la Francophonie, posaient leurs valises, mercredi, 19 juillet, soir, dans des hôtels dédiés, des tirs nourris venant de l'Ecole de police se faisaient entendre. La poudrière de cette vénérable institution de formation a presque été, totalement, dévalisée par des militaires cagoulés venus d'ailleurs, tandis que des véhicules de passants ont été emportés et ce, dans une peur panique totale qui s'était emparée des habitants de ce secteur d'Abidjan (Cocody). Ces tirs nourris, dans les environs de 22 heures (Heure GMT et heure d'Abidjan) n'étaient pas seulement une façon de dire « Bienvenue » à Hamed Bakayoko, qu'Alassane Ouattara venait de nommer, avec les pleins pouvoirs, au ministère de la Défense pour contrer l'influence de Guillaume Soro dans les casernes. Ils étaient, aussi, une façon de rappeler au chef de l'Etat qu'il n'aura pas le sommeil léger tant qu'il ne respectera pas ses engagements (financiers) pris pendant la rébellion.

Hier Burkinabé, né comme tel et travailleur comme tel jusqu'à son arrivée à Abidjan comme « premier ministre » de Félix Houphouët-Boigny avec pour tâche de redresser l'économie du pays, Alassane Ouattara est, aujourd'hui, à Ouagadougou, pour participer au Sommet Côte d'Ivoire/Burkina Faso, non pas comme président du Burkina Faso mais comme président de Côte d'Ivoire. Car entre temps, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, celle qui a permis de prendre la Côte d'Ivoire en otage. Notre propos n'est ni d'encourager, ni de féliciter, ni de condamner, cette métamorphose, mais seulement, de rappeler un fait historique que doivent connaître les Africains.

La question est sur la bouche de beaucoup d'Ivoiriens : « Alassane Ouattara est-il un homme de parole, qui sait respecter ses engagements » ? Pour beaucoup, c'est Non ! A trois ans de la fin de son deuxième et dernier mandat, les revendications se font entendre de partout, même, des casernes militaires où les locataires de ces lieux se font rappeler à son bon souvenir. Pendant sa rébellion, Ouattara avait fait des promesses qu'il n'a pas tenues auprès de certains depuis qu'il est au pouvoir. Résultat : à trois ans de la fin de son parcours politique à la tête de l'Etat, beaucoup de rebelles d'hier, manquent, aujourd'hui, à l'appel des satisfaits. Au moment où le régime a fabriqué des centaines de milliardaires, du même et seul côté. Ceux qui sont bien lotis étaient, parfois, invisibles, hier, quand il fallait braver le danger au sein de la rébellion, en tirant le coup de feu. Voilà pourquoi, malgré le langage d'apaisement du pouvoir, ils se font entendre. Avec ou sans les armes. Dans la nuit de vendredi à samedi, des soldats de deux casernes d'Abidjan et de Korhogo, dans le Nord de la Côte d'Ivoire, ont attendu une heure du matin pour commencer à tirer à l'arme lourde. Bilan : trois morts. C'est un avertissement (presque) sans frais pour Ouattara, en attendant qu'il résolve, rapidement, leurs problèmes. Le régime a un peu d'argent pour satisfaire de telles promesses prises de longue date. Ce n'est qu'une question de volonté politique du chef de l'Etat.

Alassane Ouattara n'a fait que du Alassane Ouattara : rouler son aîné Henri Konan Bédié dans la farine. Il a attendu son deuxième et dernier mandat pour sortir le grand jeu. Après avoir montré son vrai visage à Mabri Toikeusse et Gnaniem Konan en les excluant (autoritairement) du RHDP (dont le président est Henri Konan Bédié), ainsi que, leurs formations politiques, il passe, aujourd'hui, à la vitesse supérieure devant un Henri Konan Bédié, totalement, politiquement, affaibli. Ce dernier était resté sourd, muet, aveugle, dans le passé, aux appels à la vigilance lancés par certains de ses cadres face au double visage du président de la République que tout le monde connaît. Bédié, en tout bon naïf, est en train de se faire avoir pour la deuxième fois par Ouattara, la première fois, c'est quand ce dernier l'avait, doctement, chassé du pouvoir en décembre 1999 par un coup d'état militaire, avant d'installer, provisoirement, à sa place, le général, Robert Gueï, qui venait de nulle part. Un pouvoir que Bédié cherche, toujours et encore, à reconquérir, de son vivant, alors que l'alternance en 2020, vu le comportement de son allié Ouattara, n'est pas à l'ordre du jour pour le PDCI-RDA. On peut se demander si Henri Konan Bédié est, réellement, le président qu'il faut au PDCI-RDA de Félix Houphouët-Boigny ?

Les 6.000 « rebelles démobilisés », qui faisaient partie de la rébellion du président, Alassane Ouattara, pour chasser par les armes, le président, Laurent Gbagbo, dans les années 2000, et qui avaient choisi de retourner dans la vie civile au lieu d'intégrer l'armée comme 8.500 de leurs camarades à qui le pouvoir venait d'allouer 12 millions à chacun, ont bloqué l'entrée de la ville de Bouaké, dimanche, 9 juillet, pour rappeler à Alassane Ouattara qu'ils sont toujours dans l'attente de sa promesse. Ils ont, en effet, exigé une somme de 18 millions de F CFA, chacun, comme contrepartie de leur participation à la rébellion, qui a favorisé l'accession au pouvoir d'Alassane Ouattara.

Les militants du PDCI-RDR commencent, enfin, à se rendre compte qu'ils ont été roulés dans la farine par leurs frères et camarades du RDR. Après avoir soutenu le candidat du RDR, en l'occurrence, son président, Alassane Ouattara, à l'élection présidentielle, en 2010 et en 2015, le PDCI-RDR (ce n'est plus, tellement, un secret) croisera, à nouveau, un candidat RDR (Alassane Ouattara ou quelqu'un d'autre) en 2020. Cette éventualité ne fait pas beaucoup plaisir au président du PDCI-RDA, Henri Konan Bédié, qui avait (naïvement ?) cru à la parole donnée par son jeune frère Alassane Ouattara. La consécration de cette option sera, clairement, affirmée, les 9 et 10 septembre, pendant le 3e Congrès du RDR dont le président du Comité d'organisation, est l'infatigable, Adama Bictogo.

Alassane Ouattara est en train de mener la Côte d'Ivoire vers l'abîme. C'est une certitude. Il tient le volant d'une voiture qu'il ne maîtrise plus. Loin de là. A cause de son absence de vision, la réconciliation nationale a foutu le camp. Ses principaux lieutenants d'hier et d'aujourd'hui, vont bientôt se tirer dessus. Aujourd'hui, c'est déjà la guerre froide entre eux. Aujourd'hui, Guillaume Soro est celui qui est le plus en perte de vitesse, celui qui crie sur tous les toits pour réclamer la réconciliation. Est-il sincère avec lui-même ou le fait-il pour dénoncer à sa manière les choix actuels de Ouattara ? Le pardon et la réconciliation seront (résolument) en panne en Côte d'Ivoire aussi longtemps que la vérité et la justice seront mises de côté ; ils resteront une illusion tant que certains (on les connaît) se serviront de cette noble cause pour atteindre des objectifs personnels.

Très très long à l'allumage, le président du PDCI, Henri Konan Bédié, vient, enfin, de sortir de sa réserve, en annonçant la candidature (qu'il neige ou qu'il vente), d'un membre de son parti, à l'élection présidentielle de 2020, qu'il y ait eu entente au sein du RHDP ou non. Si les militants de la vieille dame cinquantenaire peuvent pousser un gros Ouf de soulagement, le Maradona du paysage politique ivoirien (Alassane Ouattara) qui a pris pour habitude de dribbler tout le monde et de marquer les buts qui profitent à son seul parti, le RDR, a, très vite, botté en touche : pour lui, « 2020 c'est dans trois ans », donc, il ferme la parenthèse. Traduisez en langage dioula : je ne suis pas d'accord, étant en train de préparer mon candidat RDR que les Ivoiriens connaissent déjà.

Le chanteur à succès ivoirien, Alpha Blondy, qu'on ne présente plus, a appelé, mercredi, 14 juin, à "une amnistie générale" et à la libération de tous les prisonniers détenus dans le cadre de la crise post-électorale de 2010-2011 en Côte d'Ivoire, en estimant que le pays vit un "traumatisme". Empêcheur de tourner en rond (contrairement à beaucoup d'autres sportifs et artistes célèbres), Alpha Blondy, en invitant Ouattara à être conséquent avec son discours, reste égal à lui-même.

Dominique et Alassane Ouattara aiment Paris, et plus, particulièrement, le 16e arrondissement. C'est dans cet arrondissement qu'ils avaient fêté leur mariage. Réputée pour son calme et son caractère très haut standing, une célèbre avenue de cet arrondissement vient de connaître une agitation inhabituelle à l'occasion du bref séjour du couple Ouattara en France, du 9 au 11 juin 2017.

Premier chef d'Etat africain à être reçu à l'Elysée, ce dimanche, 11 juin, un jour d'élections législatives en France, l'Ivoirien, Alassane Ouattara, a eu une séance de travail élargie aux deux équipes, de plus d'une heure avec son homologue, Emmanuel Macron. Si les relations entre les deux pays sont excellentes, les deux chefs d'Etat ont préféré mettre l'accent sur les efforts qu'ils comptent faire pour éradiquer le terrorisme, développer les énergies renouvelables et assister la Côte d'Ivoire au niveau européen dans ses besoins en matière de financement de ses investissements. Cependant, pas un mot sur la réconciliation nationale alors que rien ne sera, durablement, possible en Côte d'Ivoire tant que les efforts ne seront pas, concrètement, faits dans ce domaine où une bonne partie d'Ivoiriens considèrent (à juste titre ?) le président de la République comme étant le plus grand diviseur national du pays.

La réconciliation est un sujet, hautement, sensible en Côte d'Ivoire. Surtout, depuis l'échec de sa mise en œuvre par le président, Alassane Ouattara. En fait d'échec, il s'agit, en réalité, d'une situation (tardivement) explosive que le président risque de laisser à son successeur, dans la mesure où même au sein de sa propre famille politique, le RHDP, il a été (rigoureusement) incapable de garder unis les partis membres qui le composaient. Le RHDP a presque volé en éclats. Soucieux des dégâts qu'on voit venir, Guillaume Soro (qui sait marcher lui-même sur les œufs) demande, activement, au chef de l'Etat de réaliser, absolument, une réconciliation inclusive, avant de quitter le pouvoir. Il le dit par le canal d'un groupe parlementaire qui lui est (très) proche.

Le numéro 453 de juin d'Afrique Education est, déjà, chez vos marchands de journaux habituels. Au sommaire, il y a de quoi se délecter en lisant des analyses et informations de première main sur la Côte d'Ivoire, le Congo-Brazzaville, le Gabon, le Cameroun, le Nigeria, le Sénégal, l'Angola, le Bénin, etc. qui y sont traitées selon des angles divers. En pleine page de couverture, Brigitte et Emmanuel Macron sourient au monde entier, qui, en retour, leur souhaite la bienvenue. Avec l'Afrique, continent qui fait de la France un grand pays en lui donnant une posture de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations-Unies, le débat va être âpre. En effet, les Africains (de la diaspora et d'Afrique) veulent, absolument, prendre leur destin en main, et ne veulent plus, en aucun cas que leur sort soit décidé hors d'Afrique par d'autres que les Africains. C'est clair. Nicolas Sarkozy, dans la suite de Jacques Chirac, avait refusé de l'entendre de cette oreille. François Hollande, dans l'ambiguïté qui l'avait, souvent, caractérisé, avait feint de le comprendre sans, réellement, comprendre. Qu'en sera-t-il d'Emmanuel Macron ?

Le président de Côte d'Ivoire va, certainement, être le premier chef d'Etat africain à être reçu par le nouveau président français, Emmanuel Macron. Ce dernier (comme François Hollande au début de son quinquennat) fait peur aux dirigeants africains francophones qui se savent mal élus et adeptes de la mal gouvernance. Pendant qu'ils se concertent et se donnent le temps de bien l'« apprivoiser » (comme ils ont su dompter François Hollande), Alassane Ouattara qui est, plutôt, considéré comme le chouchou de Paris (que l'Elysée ait un locataire de droite de gauche ou du centre), sera le premier à se jeter à l'eau. Le président ivoirien souffle quelque peu depuis que les différentes mutineries de son armée ont cessé.

La Côte d'Ivoire est un grand pays qui était respecté sur le plan international. Sous son très grand président, Félix Houphouët-Boigny (le Sage de Yamoussoukro), elle avait été admise, comme membre non permanent du Conseil de sécurité en 1964-1965 et en 1990-1991. Deux ans plus tard, le Sage rendait l'âme. Son ancien ministre des Affaires étrangères de 1900 à 1999, l'ambassadeur, Amara Essy, était allé jusqu'à présider, pendant un an, la 49e session de l'Assemblée Générale des Nations-Unies de septembre 1994 à septembre 1995. La déstabilisation créée par l'actuel chef de l'Etat pour accéder au pouvoir par les armes, a fait perdre tous ses acquis à la Côte d'Ivoire, qui repart à zéro. En se faisant admettre, à nouveau, à la table des Grands, la Côte d'Ivoire retrouve sa place, sauf que le plan concocté, au départ, par Alassane Ouattara est, aujourd'hui, fortement, contrarié par la crise économique et financière, mais aussi, par les mutineries de ses «  enfants » de la rébellion.

Coincé, entre autres, par les revendications des anciens rebelles devenus, aujourd'hui, soldats-mutins et démobilisés, le président de Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara, cherche, activement, les fonds pour combler le gap financier provoqué par ses différentes promesses. Pour faire face à cette situation comme l'annonçait, la semaine dernière, afriqueeducation.com, le chef de l'Etat compte faire appel au ré-endettement massif que paieront les générations futures. Premier ministre chef du gouvernement, Amadou Gon Coulibaly va parcourir quatre pays pour négocier le succès du futur eurobond sans lequel la Côte d'Ivoire tomberait, littéralement, en faillite.

Il n'y a pas que les mutineries qui empêchent le président, Alassane Ouattara, de dormir, paisiblement, ni les grèves monstres des fonctionnaires qui s'annoncent pour les prochains jours. Les grossesses scolaires sont, aussi, un phénomène, particulièrement, inquiétant au regard de leur ampleur récente. Elles veulent dire que la Côte d'Ivoire version Alassane Ouattara est un pays sans morale, sans foi ni loi, où la dépravation des mœurs bat son plein.

La crise des rebelles démobilisés vire au drame. Ce mardi, 23 mai, matin, on a compté trois morts dans leurs rangs après un assaut des forces loyalistes. Les démobilisés qui disent être des « personnes aux mains nues qui manifestaient » sans armes, crient au scandale. C'est une tournure dans cette crise : entre la fermeté prônée par le gouvernement et la justice et l'équité réclamées par les démobilisés. La Côte d'Ivoire retient son souffle.

Depuis Riyad où il a assisté au Sommet entre les pays arabes, musulmans et les Etats-Unis, le coeur du président, Alassane Ouattara, battait au rythme de la Côte d'Ivoire. Parce qu'une véritable pagaille s'est installée dans le pays, depuis son départ. Après la satisfaction des doléances des mutins, leurs camarades de la rébellion (qui porta Ouattara au pouvoir) qu'on appelle les « démobilisés » demandent, à leur tour, de rencontrer le président de la République pour obtenir les mêmes avantages, pour avoir fait le même travail : l'aider à arriver au pouvoir par des voies anti-démocratiques (coup d'état, etc.). Butin réclamé : 18 millions de F CFA (27.000 euros) pour chacun des 6.000 démobilisés.

Le monde est petit, et le temps court. Il n'y a pas si longtemps, Alassane Ouattara, maquisard en chef fomenteur de coups d'état depuis le Burkina Faso sous Blaise Compaoré, faisait tout ce qui était possible pour arriver à ses fins : devenir le président de la République de Côte d'Ivoire, par tous les moyens. A l'époque, c'est la fin qui justifiait les moyens. A-t-il la mémoire courte ?