Congo-Brazzaville

Le Congo-Brazzaville monopolise l'actualité en ce moment. En mal. Arrestations de personnalités politiques et de la société civile pour les museler, lourdes et arbitraires condamnations judiciaires lors des procès bidon, difficultés de fournir des documents exigés pour conclure un programme de redressement avec le FMI, bref, le président, Denis Sassou-Nguesso, ne sait plus quoi faire. La situation lui échappe même s'il fait, encore, mine de contrôler l'appareil sécuritaire du pays. Mais, il n'a qu'à s'en prendre à lui-même car il fait face à sa (propre) gestion calamiteuse du pays après avoir, contre le bon sens, choisi de modifier la constitution, en 2015, pour tenter de mourir au pouvoir. Lui-même voit que ce sera chose impossible.

Contrairement au communiqué triomphant du gouvernement au lendemain de la fin de la mission du FMI, en avril, au Congo, la signature d'un accord qu'on espérait pour juin ou peu après, n'est pas pour demain. Le FMI est convaincu que Brazzaville n'a pas tout mis sur la table et que la situation qui lui a été présentée, est encore, très loin de la réalité. Il n'a pas tort de le croire.

Depuis mardi, 8 mai, le dictateur séjourne à Oyo, son village natal. Officiellement, pour fleurir la tombe de sa regrettée maman. Mais nul n'ignore qu'après avoir remis 25 millions de F CFA (50.000 dollars) à chaque magistrat qui intervient, actuellement, dans le dossier Mokoko, il a préféré s'extraire de Brazzaville, ni vu ni connu. Question de dire le moment venu, « je n'étais pas là ». Selon nos informations, Sassou a ordonné à la Cour de « broyer » (c'est le terme utilisé) Jean Marie Michel Mokoko. Ce dernier, en désespoir de cause, ne peut que prendre la très impuissante communauté internationale à témoin, même s'il est convaincu que rien n'est perdu, contrairement, aux apparences trompeuses du moment.

C'est connu : le dictateur a une peur bleue des hommes qui portent la tenue militaire comme lui. Plus grave, quand ceux-ci suscitent respect et considération dans les casernes. C'est le cas du Saint-Cyrien et ancien chef d'état major des armées, Jean-Marie Michel Mokoko, dont le crime de lèse-majesté, est de s'être présenté à l'élection présidentielle de 2016, lui, l'homme du Nord comme Sassou-Nguesso. Après qu'il eut refusé de reconnaître la victoire du dictateur (Sassou-Nguesso était sorti 4e du scrutin avec 8% des voix), Mokoko a été conduit à la case prison où il croupit depuis deux ans, au mépris des principes élémentaires d'un état de droit, ni des qu'en dira-t-on qu'on pourrait espérer du « Défenseur des forêts du Bassin du Congo », nouvelle appellation non contrôlée qu'il essaie de vendre à la communauté internationale, pour occulter ses crimes intérieurs.

Depuis que le Sommet de fin décembre 2016, à Yaoundé, entre les pays de la CEMAC, la France et le FMI, avait débouché sur la non-dévaluation du F CFA, mais encouragé chaque pays membre à se rapprocher du FMI pour signer un programme de redressement, seul le Congo-Brazzaville est en (bien) mauvaise posture. Si la Guinée équatoriale, pour des raisons idéologiques et d'indépendance nationale, a préféré trouver d'autres moyens internes pour maintenir son autonomie et ses marges de manœuvre en ne signant pas, le Congo-Brazzaville, lui, peine à conclure un programme avec le FMI, comme l'ont, déjà, fait le Tchad, le Gabon, le Centrafrique et le Cameroun. Après lui avoir présenté un endettement public de 77% par rapport au PIB, en septembre, le Congo-Brazzaville a dû reconnaître, trois mois plus tard, un peu honteusement, qu'il avait occulté certaines créances pour ne pas aggraver la dureté du programme qui allait en découler. C'est ainsi que, dans un deuxième temps, sa dette publique est montée à 122% du PIB, son niveau actuel. Mais il faut préciser que ce niveau (déjà anormalement élevé) ne tient pas compte de la dette contractée auprès des créanciers privés (Glencor, Trafigura, Total, etc.). Quand on l'ajoute, elle s'élève à plus ou moins 200% du PIB. Un niveau qui fait froid au dos, même à Paris, d'où l'extrême prudence du FMI à signer avec les autorités d'un pays qui sont devenues expertes en dissimulation des créances. La visite du ministre français de l'Economie, Bruno Le Maire, cette fin de semaine, à Brazzaville, où il va présider une réunion sur la zone franc, permettra-t-elle à Denis Sassou-Nguesso d'obtenir, enfin, la caution de Paris, et passer à l'étape de la signature d'un programme ?

On a connu Maître Docteur Dominique Kounkou comme une personnalité congolaise qui n'a pas sa langue dans la poche. Après un retrait volontaire de plusieurs années à observer la situation congolaise, il revient en force pour signifier au dictateur congolais de savoir quitter le pouvoir avant que le pouvoir ne le quitte. Il lui conseille d'avoir en tête ce qu'il avait fait à Marien Ngouabi.

Denis Sassou-Nguesso ne pouvait-il pas rater l'occasion de s'inviter à l'investiture de George Weah, l'ancien footballeur avec qui il n'a jamais entretenu aucune relation ni de près ni de loin ? Il a, en effet, initié un rapprochement avec lui comme il l'avait, déjà, fait avec le Burkinabé, Roch Marc Christian Kaboré, le Béninois, Patrice Talon, le Gambien, Adama Barrow, le Bissau-Guinéen, José Mario Vaz et quelques autres, tous, de l'Afrique de l'Ouest, son terrain de chasse politique. Seul manquerait, pour le moment, à son tableau, le Ghanéen, Nana Addo-Akufo, juste parce qu'il entretient de très bonnes relations avec certains membres de l'opposition congolaise, surtout, dans la diaspora.

Denis Sassou-Nguesso ne pouvait-il pas rater l'occasion de s'inviter à l'investiture de George Weah, l'ancien footballeur avec qui il n'a jamais entretenu aucune relation ni de près ni de loin ? Il a, en effet, initié un rapprochement avec lui comme il l'avait, déjà, fait avec le Burkinabé, Roch Marc Christian Kaboré, le Béninois, Patrice Talon, le Gambien, Adama Barrow, le Bissau-Guinéen, José Mario Vaz et quelques autres, tous, de l'Afrique de l'Ouest, son terrain de chasse politique. Seul manquerait, pour le moment, à son tableau, le Ghanéen, Nana Addo-Akufo, juste parce qu'il entretient de très bonnes relations avec certains membres de l'opposition congolaise, surtout, dans la diaspora.

Le dictateur du Congo-Brazzaville, Denis Sassou-N'Guesso, a, certainement, raté sa vocation. Il aurait dû faire carrière dans le théâtre (de masse). Car avec son débit lent d'ancien instituteur de campagne, il peut lui arriver de faire rire. C'est ce qui est arrivé, en fin de l'année dernière, quand il a juré qu'il allait lutter contre la corruption. Autrement dit, il dit vouloir s'attaquer aux bandits en col blanc qui ont ruiné l'économie congolaise et dont le plus grand nombre est composé de sa myriade de fils, filles, neveux, nièces, oncles et tantes. Tous des multi-milliardaires en CFA dont quelques-uns sont multi-millionnaires en euros. Si le dictateur 5 étoiles voulait amuser le Fonds monétaire international, (FMI), il n'y est pas parvenu car, là bas, on lui demande de jouer carte sur table, de ne plus mentir, de ne cacher aucune dette redevable par le Trésor Public, afin que la situation du Congo-Brazzaville, soit examinée selon les canons de la profession. On rappelle que la dette du Congo (ajoutée à celle qui avait volontairement été cachée au FMI) représente près de 200% du PIB.

Si les Congolais savaient que leur président qui s'est fait réélire en mars 2016, en proclamant les résultats à 2 heures du matin après avoir positionné plusieurs dizaines de chars dans les lieux stratégiques de Brazzaville, était un véritable peureux qui ne tient, encore, en place que parce que son pays manque, cruellement, d'une armée de « libération » nationale comme on le voit ailleurs, en Afrique, on n'en serait plus à disserter sur sa personne. Il ferait, déjà, partie de la mauvaise histoire récente du Congo. Mais hélas, le dictateur plie mais ne rompt pas (encore). Et preuve qu'il est mal en point au point de commencer à arrêter ses généraux à l'instar de Norbert Dabira pour haute trahison, il a, honteusement, signé un cessez-le feu avec son ennemi public numéro un : le pasteur Ntumi. Comment un simple homme de Dieu, bible dans la main, épaulé par quelques sans-grade aussi illuminés que leur mentor, est-il arrivé à humilier le chef suprême des armées congolaises, général 5 étoiles, Denis Sassou Nguesso, alors que son camp dispose des armes les plus sophistiquées livrées par la Corée du Nord et est conseillé par les experts du Mossad (services secrets israéliens) ? Sassou-Nguesso est un fruit plus que mûr qui ne demande qu'à être cueilli, en secouant un peu l'arbre. Il n'y aurait aucun dommage à craindre, son semblant d'armée n'en étant plus une, car, profondément, démotivée et divisée.

Le Sommet sur le Climat du 12 décembre, à Paris, a vécu. Après les ratés d'Abidjan où le président, Emmanuel Macron, avait snobé le dictateur 5 étoiles de Brazzaville, ce dernier s'était préparé pour se rattraper à Paris, en marge du Sommet du 12 pendant lequel il ne pouvait pas ne pas être invité en tant que porte-parole du Bassin du Congo, deuxième poumon écologique mondial, après l'Amazonie. Sassou n'a pas raisonné faux sauf qu'il a eu droit (comme la cinquantaine de chefs d'Etat et de gouvernement invités) au même accueil protocolaire : poignée de main et accolade sur le tapis rouge et séance de photo main dans la main avec le président français. Depuis cet épisode, la délégation congolaise est aux anges alors qu'il n'y a pas lieu de pavoiser. Car malgré sa (très grande) insistance, le dictateur 5 étoiles n'a pas été (ne sera pas) reçu par le président, Emmanuel Macron, ni par le premier ministre, Edouard Philippe. Il a été reçu ce mercredi, 13 décembre, juste par le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, dans le but d'examiner les contours du blocage de l'accord entre le Congo-Brazzaville et le FMI. La séance de travail avec Bruno Le Maire était, purement, technique. La dette publique congolaise avoisinerait les 200% du PIB quand on y intègre celle des créanciers privés.

Le président congolais, Denis Sassou-Nguesso, a convié, samedi, 9 décembre, à Brazzaville, ses homologues de la RDC, Joseph Kabila, et de l'Angola, Joao Lourenço, pour un Sommet tripartite au contour très flou. Le communiqué final, lui-même, est resté évasif et ne renseigne pas vraiment sur les raisons véritables de cette concertation au sommet des trois chefs d'Etat. La raison de celle-ci est que Sassou cherche à se barricader. Après avoir rencontré de sérieuses difficultés pour entrer en contact avec le nouveau pouvoir à Paris alors que la situation financière et politique (même dans son propre camp), ne fait que se dégrader, il entreprend de serrer les rangs autour de lui dans l'espoir que l'union fera (sa) force si jamais il se retrouve en danger. Il s'agit donc d'un Sommet du « Charité bien ordonnée commence par soi-même ».

Le jeune président français, Emmanuel Macron, a de la suite dans les idées. Après avoir déclaré, urbi et orbi, dans l'amphithéâtre de l'Université Ki-Zerbo de Ouagadougou offert par le Frère Guide Kadhafi, que son choix d'inaugurer sa tournée africaine par le Burkina Faso, avait un sens et était un message à l'endroit de l'Afrique et de sa jeunesse, il a agi pour joindre la parole à l'acte. Après l'échec de ses deux prédécesseurs (Hollande et Sarkozy) à tuer la Françafrique, Emmanuel Macron semble donner de sa personne pour réussir là où tout le monde lui prédit un échec. Il se donne, pour le moment, les moyens de réussir, en n'affichant pas les faiblesses d'un François Hollande qui ont fini par le rendre méconnaissable, à la fin de son mandat.

La mission du FMI est partie du Congo, le 4 octobre, après avoir évalué une dette publique (connue) de 110% du PIB. Reste un certain nombre de zones d'ombre dans le calcul de cette dette. Il s'agit de la dette contractée par l'Etat et la SNPC (Société nationale des pétroles du Congo) auprès de plusieurs créanciers privés (Glencore, Trafigura, Worldwide, Commisimpex, etc), mais aussi, de la dette intérieure (qui a plombé l'activité des entreprises) et celle auprès de la Chine qui reste un véritable mystère. Le FMI demande que tous les documents de ces différentes dettes soient mis sur la table pour qu'il apprécie le niveau réel de son engagement au Congo-Brazzaville. Depuis un mois que la Mission est partie de Brazzaville, plus rien. C'est comme si les deux parties ne voulaient pas donner raison à Afrique Education qui, dans son numéro 458 d'octobre, avait évalué le véritable niveau de la dette publique congolaise à près de 200% du PIB.

En attendant de trouver un accord avec le FMI (Fonds monétaire international), le Congo-Brazzaville vit des moments, particulièrement, difficiles. Preuve que le pays est, déjà, en faillite, le plus grand hôpital du pays, le CHU de Brazzaville, a fermé ses portes aux malades, faute d'argent pour son fonctionnement. Il en est de même de l'Université Marien Ngouabi de Brazzaville dont les portes sont, également, fermées à cause de quatre mois d'arriérés de salaires. Le dictateur serait attendu à Paris. L'heure est grave : les troubles ne sont pas à écarter, à Brazzaville, si le gouvernement n'arrivait pas à payer les salaires de fin octobre.

Ce n'est pas pour aller vite en besogne ou pour justifier l'injustifiable. Mais, très souvent, en Afrique, juste parce qu'elle n'aime pas un régime, l'opposition accepte, parfois, de jouer le jeu de la déstabilisation extérieure pour arriver à ses fins, ignorant qu'elle ne peut jamais s'inscrire sur le même agenda politique que les déstabilisateurs extérieurs, qui ont d'autres motivations quand ils ciblent leur pays. Après le Printemps arabe, la leçon ne semble pas avoir été retenue par une certaine opposition togolaise, encore prête à s'accrocher à la queue du serpent pourvu qu'elle atteigne son objectif.

Est-ce le Saint-Esprit qui descendra du ciel pour déterminer la dette exacte du Congo à l'égard de ses créanciers ? Toujours est-il que la première mission du Fonds monétaire international (FMI) qui a pris fin, mercredi, 4 octobre, à Brazzaville, n'arrive, toujours pas, à savoir à combien s'élève, exactement, la dette publique congolaise. Le FMI a sorti un chiffre presque déjà connu de 110%. Reste que le FMI n'arrive, pas encore, à déterminer à combien s'élève la dette litigieuse (Glencor, Trafigura, Commissimpex, etc.) qui s'élèverait à plusieurs milliards aussi. Il en est, de même, de la dette chinoise qui reste très floue à évaluer, un flou entretenu volontairement par Pékin et Brazzaville, et qui embrasse des pratiques comme le troc. Il y a, enfin, la dette intérieure dont on ignore aussi le montant exact. Le total de cette dette (non encore) évaluée pourrait rapprocher la dette totale congolaise à près de 200% du PIB.

"On va créer des couloirs humanitaires pour que ces jeunes gens sortent avec leurs armes", a déclaré le président, en recevant ce mardi, 3 octobre, une délégation de sages et de religieux du Pool.

Le dictateur a rencontré la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, le 19 septembre, à New York, en marge de la 72e Assemblée Générale des Nations-Unies. Au regard de la grave situation de l'économie congolaise, elle aidera le Congo (c'est sa mission), mais ne pourra pas faire des miracles que lui demande son « ami » Sassou-Nguesso. Car elle-même doit rendre des comptes à sa hiérarchie. Pour que le programme de redressement (à venir) ait une chance de réussir, l'opposition demande à être associée, d'une manière ou d'une autre, dans le processus de son aboutissement. D'autre part, le FMI va conclure un programme avec le Congo. Mais de quel Congo s'agit-il ? Car il y a le Congo de Sassou-Nguesso qui a ruiné le pays et l'autre Congo constitué par l'opposition qui représente la grande majorité de la population. Sans dialogue et consensus entre ces deux Congo, ce sera un coup d'épée dans l'eau. C'est à ce niveau où Christine Lagarde est priée de ne pas faire du Strauss-Kahn, si elle ne veut pas que son nom soit traîné dans la boue par les opposants congolais demain et après-demain.

Il n'y a pas si longtemps, Sassou-Nguesso niait toute crise dans le département du Pool. Quand on lui faisait le reproche de s'occuper des lointaines crises en Libye et en Centrafrique alors que son propre pays était en train de brûler avec des réfugiés qui se comptaient en plusieurs dizaines de milliers, il bottait, simplement, en touche. Eh bien, ce même Sassou est en train d'encourager la tenue d'un dialogue (express) avec ceux qu'il qualifiait hier de simples « bandits ». Pourquoi ce virage à 180° ?