Congo-Brazzaville

Il n'y a pas si longtemps, Sassou-Nguesso niait toute crise dans le département du Pool. Quand on lui faisait le reproche de s'occuper des lointaines crises en Libye et en Centrafrique alors que son propre pays était en train de brûler avec des réfugiés qui se comptaient en plusieurs dizaines de milliers, il bottait, simplement, en touche. Eh bien, ce même Sassou est en train d'encourager la tenue d'un dialogue (express) avec ceux qu'il qualifiait hier de simples « bandits ». Pourquoi ce virage à 180° ?

Pardon à Ghys Fortuné Bemba. De l'avoir vraiment oublié alors que le caractère tranchant de ses écrits manque au paysage politique congolais. Cela fait huit mois qu'il est embastillé dans les geôles du dictateur, Sassou-Nguesso, (qui se dit « homme de paix » « homme de dialogue », « homme de tolérance ») alors qu'il est, en réalité, le plus grand bourreau de son peuple que l'Afrique n'ait jamais connu. Un tortionnaire primaire. Un buveur de sang humain. Un intolérant de bas étage. Un potentat d'un autre âge. Voilà comment on peut qualifier Denis Sassou-Nguesso, qui n'affectionne que ce qu'il domine totalement. On ne peut pas faire équipe avec lui s'il n'a pas droit de vie et de mort sur vous. Comme il n'avait aucune emprise sur notre confrère, Ghys Fortuné Bemba, il l'a envoyé paître en prison. Pour réfléchir à son sort. Honte à lui !

Jean-Claude Gakosso a été confirmé au poste de ministre des Affaires étrangères du Congo-Brazzaville, lors du dernier remaniement, grâce au dossier libyen qu'il pilote, sans grand bonheur, depuis plusieurs mois. Pour permettre au président du Haut Comité de l'Union africaine sur la Libye, Denis Sassou-Nguesso, d'avoir une certaine continuité sur ce dossier que convoitent plusieurs pays voisins de la Libye, membres de la Ligue arabe et de l'OCI, le dictateur n'avait pas hésité à mettre un avion à la disposition de son chef de la diplomatie pour sillonner les grandes capitales arabes à ce sujet, ce qui lui a, d'ailleurs, permis de gonfler (un peu plus) les épaules (déjà bien larges). Mais comme de Gaulle avait coutume de dire : « La volonté seule ne suffit pas », sous-entendu, il faut avoir, aussi, la capacité. Tel ne semble, malheureusement, pas être le cas pour le Congo-Brazzaville, qui n'a pas l'étoffe suffisante pour s'occuper des affaires libyennes alors que les siennes propres (dans le Pool) dépassent son médiateur international de président.

Denis Sassou-Nguesso ne contrôle plus ses nerfs (d'Homme d'Etat). Depuis qu'il a lu l'article de www.afriqueeducation.com (du mercredi, 30 août, à 12h34) sur les initiatives de la diaspora congolaise à Paris et à Washington afin de sensibiliser le FMI dans sa négociation avec le pouvoir, il se sent très mal. Voilà pourquoi il a décidé d'embastiller les responsables de l'opposition, depuis ce matin, afin qu'ils n'aient aucun contact avec les membres de la délégation du FMI qui sont arrivés, à Brazzaville, dimanche, 3 septembre, soir, en provenance de Washington, afin de négocier un programme de redressement avec le pouvoir.

Christine Lagarde, la patronne (française) du Fonds monétaire international (FMI) est-elle en train de payer les erreurs (volontaires ?) de son prédécesseur à ce même poste, Dominique Strauss-Kahn, dans les relations entre le FMI et le Congo-Brazzaville ? Toujours est-il que pour exiger un véritable programme digne de ce nom et dénué de tout soupçon de favoritisme à l'endroit de Brazzaville, la diaspora congolaise est vent debout pour exiger des conditionnalités sans lesquelles ce futur programme ne serait pas viable. Pour se faire entendre, elle va entreprendre une série de manifestations, à Paris et à Washington, pour pousser à la signature d'un accord utile, non pas pour le (seul) clan présidentiel, mais pour (tout) le peuple congolais.

Général d'armée, le seul du Congo-Brazzaville, Denis Sassou-Nguesso a été, platement, battu, dans le département du Pool, lui et son armée, par des va-nu-pieds qu'il qualifie, lui-même, de « bandits ». Plus d'un an, après y avoir envoyé les soldats les plus aguerris de son armée, avec un armement des plus sophistiqués, il a, lamentablement, échoué dans la traque du pasteur Ntumi et a, au contraire, endeuillé les familles de soldats dont beaucoup sont morts pour cette cause injustifiable. Dans son discours du 14 août, soir, prononcé avant le 20 heures de Télé Congo, il s'est borné à demander à Ntumi de se rendre afin d'être jugé pour ses actes. Un lamentable aveu d'échec venant d'un général 5 étoiles alors que Ntumi n'a que sa bible dans la main et la prière (la parole) comme arme. Lassées par une telle incompétence sans nom, les femmes proches du dictateur montent, aujourd'hui, au créneau pour lui demander de mettre fin à cette situation horrible.

Le dictateur a reconduit Clément Mouamba comme nous l'avions annoncé, juste après sa démission. Pour le bien du Congo, il n'a pas changé son nom juste pour déjuger son groupe de presse préféré (Afrique Education) dont il ne rate aucune lecture sur le Congo. Clément Mouamba a formé un gouvernement de 35 membres, mardi, 22 août. Dans la douleur car il y a de nombreux partants qui voulaient rester. Sassou, lui, a l'esprit ailleurs : son fils, Denis Christel, est aux prises, en région parisienne, avec les juges du Parquet financier.

Le dictateur a porté, samedi, 19 août, à la tête de la très monocolore Assemblée nationale, un fidèle parmi les fidèles, Isidore Mvouba. Elu du département du Pool où il conteste la popularité aux deux rejetons de Bernard Kolelas, celui qu'on appelle « Le Chinois » fait partie des dirigeants qui aident à la consolidation de la dictature de Sassou-Nguesso, depuis des lustres, sans toutefois, être très controversé comme peuvent l'être les membres du clan présidentiel. A l'heure de la négociation d'un programme avec le Fonds monétaire international, Isidore Mvouba sera sollicité chaque fois (et cela risque d'être trop souvent le cas) qu'il faudra aller au front pour éteindre les incendies. Il sera, avant tout, un homme de missions.

Le dictateur devrait former son nouveau gouvernement (pile ou face) dont l'ambition est de mener à bien les difficiles réformes économiques que va édicter le Fonds monétaire international (FMI). Ce gouvernement est annoncé, dans les tout prochains jours, tandis que le programme avec le FMI doit démarrer courant octobre, ou avant la fin de l'année, si les négociations sont, particulièrement, difficiles comme on peut le prévoir. Sauf à vouloir démentir (inutilement) afriqueeducation.com, Clément Mouamba, ayant l'avantage de bien connaître l'ampleur du désastre, est bien parti pour se succéder à lui-même.

Le Congo-Brazzaville fête, ce mardi, 15 août, le 57e anniversaire de son indépendance, à Brazzaville. Un défilé sobre, sans excès, à l'image des caisses publiques de l'Etat. Pour la première fois, depuis de très très longues années, le défilé a eu lieu sans la présence d'au moins, un chef d'Etat étranger. Aux côtés du couple présidentiel, il n'y avait que le président du sénat, le président de l'Assemblée nationale et le premier ministre chef du gouvernement. C'est vraiment la preuve que le Congo-Brazzaville est en « faillite ».

Ami politique d'André Okombi Salissa, candidat à l'élection présidentielle de mars 2016, Jacques Banangazala aurait été ministre si Okombi avait été élu président de la République. Sassou-Nguesso qui s'est déclaré gagnant de cette élection avec seulement 8% des voix, avait très mal pris qu'Okombi se présente contre lui, après avoir été 15 ans sous ses ordres comme son ministre. Résultat, Okombi a été jeté en prison, mais aussi, les principaux responsables de son équipe de campagne dont Jacques Banangazala qui la dirigeait dans le département de la Cuvette-Ouest dont il est originaire. Emprisonné dans une cellule infestée de cafards et de rats, il ne manque que des serpents pour lui régler son compte, sauf, si sa pneumonie qu'il a chopée en cellule (avec un risque de contamination d'autres prisonniers) ne l'emporte avant. Informé de la situation, Sassou n'aurait rien voulu savoir. Les amis de Jacques Banangazala ont peur qu'il ne finisse comme un certain Marcel Ntsourou, ancien colonel de son état, tué par le dictateur, après qu'il lui eut rendu beaucoup de bons et de loyaux services, parfois, contre ses propres parents.

La dette publique du Congo-Brazzaville par rapport au PIB n'est pas de 77% comme l'indiquaient, de façon mensongère, les autorités de Brazzaville, mais, de 117%. C'est le FMI qui vient de le faire savoir, très officiellement, critiquant, par la même occasion, le pouvoir de Brazzaville d'avoir cherché à l'induire en erreur en lui indiquant un déficit très loin de la réalité, pour bénéficier d'un accord qui n'aurait pas correspondu à la réalité de la situation du pays.

Alors que le taux d'endettement du pays par rapport au PIB (richesse nationale) doit être de 70%, au maximum, dans les pays membres de la CEMAC, celui du Congo-Brazzaville annoncé par les autorités de Brazzaville, s'élevait à 77%, au moment du Sommet du 23 décembre 2016, à Yaoundé, entre les chefs d'Etat des pays membres de la BEAC, le ministre français de l'Economie de l'époque, Michel Sapin, et la directrice générale du FMI, Christine Lagarde. Mais, ce qu'on ignorait, en ce moment, c'est que ce chiffre de 77% était faux. En effet, en pleine négociation pour l'octroi de nouveaux financements internationaux, le FMI découvre que le Congo-Brazzaville n'est pas endetté de (seulement) 77% de son PIB, mais, de 120%, ce qui le met, résolument, en situation de faillite.

Le président, Denis Sassou-Nguesso, a-t-il encore besoin de bomber le torse ? Si oui, contre qui ? Aucun Congolais n'est (réellement) fait à sa pointure. Telle le vent du désert, sa furie a tout balayé sur son passage. Ceux des opposants qui ont essayé de le contrarier, ont, sans ménagement, été jetés en prison. Devant le silence et l'indifférence des Congolais, ils peuvent y moisir à moins de bénéficier de la magnanimité du dictateur. Après le vote d'une nouvelle constitution, en octobre 2015, la victoire plus que contestée à l'élection présidentielle de mars 2016, voilà le « raz-de-marée » aux législatives de juillet 2017. C'est du grand art qui mérite d'être enseigné dans les universités : comment être dirigeant impopulaire et tenir tête à tout le monde. Une sacrée performance digne du leader nord-coréen Kim Jung-un qui n'est pas à la portée du premier venu.

Le dictateur parvient toujours à ses fins. Après avoir modifié la constitution en octobre 2015, comme il le souhaitait, il a obtenu son élection, lors de la présidentielle de mars 2016, dès le premier tour, en proclamant les résultats à 2 heures du matin, après avoir pris le soin de mettre 5.000 militaires dans Brazzaville, dans tous les coins de rue. Le 16 juillet 2017, le hold up de la présidentielle a été consacré par une victoire à la soviétique qui s'annonce aux législatives. Il a tout, Sassou-Nguesso, sauf, la paix intérieure, sauf la paix tout court car le Pool brûle !
Mais, il faut dire la vérité à l'opposition congolaise : chaque pays a les dirigeants qu'il mérite. Les Congolais, contrairement, aux Burkinabé, attendent la libération de leur pays par (François Hollande hier) et par Emmanuel Macron aujourd'hui. D'autre part, c'est le pays où chaque opposant croit être le meilleur pour devenir président de la République. Cherchez la raison de la longévité de Sassou : elle est là. Ce dernier ne le sait que trop bien au point qu'il n'existe pas un seul dirigeant français digne de ce nom, qui ne fasse pas ami ami avec lui. Il a tout le monde dans sa main. Dès lors, que faire, que dire, sinon, de pester loin du Congo, comme cet opposant dont nous publions le texte.

Seul et unique chef d'Etat africain, à avoir présidé aux destinées de son pays (pendant sept ans), qui a quitté le pouvoir, en mai 2006, et y est revenu, en mai 2016, après avoir gagné, très démocratiquement, le scrutin, qui fut, d'ailleurs, âprement, disputé, Azali Assoumani fait la Une du numéro double 454-455 d'Afrique Education de juillet-août 2017. Sur quatre pages, il décrit l'oeuvre entreprise depuis un an dans la simplicité langagière qui l'a, toujours, caractérisé. Le magazine projette, aussi, ses phares sur la très multicolore Assemblée nationale française voulue par le jeune président, Emmanuel Macron, au sein de laquelle l'Afrique est, plutôt, très bien représentée. Congo-Brazzaville, Pays de la CEDEAO en crise, Zone Franc et ses interrogations sur son éventuelle dévaluation ou sa survie comme monnaie (africaine), etc., le lecteur a de quoi lire.

Sur instruction du dictateur, le premier ministre, Clément Mouamba, a saisi le Coordonnateur humanitaire du Système des Nations-Unies, représentant résident du PNUD, à Brazzaville, pour un « Appel à l'aide humanitaire d'urgence en faveur des populations déplacées du département du Pool ». Montant sollicité : 21 millions de dollars (environ 20 milliards de F CFA). Mieux vaut tard que jamais car la situation dans le Pool est de l'ordre de l'urgence signalée.

Le dictateur a envoyé, en catastrophe, son ministre des Affaires étrangères, Jean Claude Gakosso, à Cotonou, pour porter un message de sympathie et de prompt rétablissement au chef de l'Etat, Patrice Talon, après ses deux opérations subies à Paris. Le président congolais n'a agi ni au hasard, ni par simple humanisme. Il sait d'où il vient. Surtout, il sait où il va.

Le général, Joao Lourenço, l'actuel ministre angolais de la Défense et futur président de la République en lieu et place de Ingénieur, José Eduardo dos Santos, vient de passer un (très) bref séjour, à Brazzaville. Ni vu ni connu. Ce séjour préparé en haut lieu par les deux chefs d'Etat qui entretiennent de très bonnes relations, a été passé sous silence, dans les médias, à la demande du dictateur. Joao Lourenço qui devrait accéder au pouvoir avant la fin de cette année, s'est fait adouber par son aîné du Congo-Brazzaville, Denis Sassou Nguesso, qui ambitionne d'étendre ses tentacules jusqu'à Luanda.

Le dictateur fait le dos rond depuis que le Qatar est cité comme Etat finançant directement le terrorisme international. Alors que plusieurs pays africains dont l'Egypte, la Mauritanie et les Comores ont rompu sans tarder leurs relations diplomatiques avec l'émirat gazier, mais aussi, le Gabon, le Tchad, le Sénégal et Djibouti, qui les ont suspendues, parfois, en rappelant leur ambassadeur pour consultations, Denis Sassou-Nguesso, lui, est resté de marbre. Son indifférence rappelle son implication supposée dans le crash du DC10 d'UTA pour lequel certains Congolais le rendent responsable.