Raila Odinga

La stratégie de l'opposant, Raila Odinga, est, difficilement, lisible. Alors qu'il avait réussi le coup du siècle en faisant invalider l'élection, dès le premier tour, de son adversaire, Uhuru Kenyatta, par la Cour suprême, il avait, par la suite, contre toute attente, décidé de ne pas se présenter au deuxième tour du scrutin, entraînant, automatiquement, la réélection du président sortant avec un score à la soviétique. Ce dernier a, déjà, prêté serment selon la loi, devant les juges de la Cour suprême. Mais, alors qu'on pensait que la vie politique allait retrouver sa normalité, Raila Odinga se réveille, aujourd'hui, pour annoncer sa propre investiture, comme président du Kenya, mardi, 12 décembre. Il s'agit d'un trouble à l'ordre public que les autorités menacent de ne pas laisser passer. Le Kenya est loin d'être sorti de la zone de turbulences.

Personne ne s'attendait à un deuxième coup d'éclat de la Cour suprême. Elle a, donc, logiquement, validé la réélection d'Uhuru Kenyatta, rejetant les deux recours déposés, non pas, par Raila Odinga, mais par un homme d'affaires associé à un ancien député et par deux responsables d'ONG. Trop peu pour faire vaciller, une nouvelle fois, Uhuru Kenyatta, qui va poursuivre sa mission à la tête de l'Etat kényan. En espérant que Raila Odinga le laissera travailler car, non seulement, il refuse de reconnaître la victoire de son ancien adversaire, mais, il promet, aussi, de lui mettre, énormément, de bâtons dans les roues.

Contre toute attente, l'opposant, Raila Odinga, après que la Cour suprême lui eût donné raison, sur toute la ligne, en annulant la victoire du président sortant, Uhuru Kenyatta, a, finalement, choisi de ne pas competir. En laissant Uhuru Kenyatta seul candidat, il s'est, volontairement, fait le complice de sa victoire. Déclaré vainqueur à plus de 98%, Uhuru Kenyatta ne boude pas son plaisir. Pourtant, Raila Odinga voudrait utiliser le faible taux de participation (moins de 40%) pour lancer une campagne de désobéissance civile avec pour objectif, rendre le pays ingouvernable. D'où la question de savoir si Raila Odinga est, réellement, un homme de paix ou un guerrier ?

Le président de la Commission électorale kényane, Wafula Chebukati, a émis, ce mercredi, 18 octobre, de forts doutes sur sa capacité à organiser une élection présidentielle crédible le 26 octobre et dénoncé les "interférences" de la classe politique. Raila Odinga, lui, a, déjà, jeté l'éponge tandis qu'Uhuru Kenyatta est, toujours, dans la course. Odinga appelle à des manifestations dont la plus grande aura lieu le jour de la présidentielle, le 26 octobre. De son côté, le président de la Commission électorale souhaite s'entretenir à trois, avec les deux candidats avant le 26 octobre, mais personne ne l'écoute. Les troubles dans le pays semblent inévitables après le 26 octobre.

La Cour suprême du Kenya a blâmé (il n'y a pas un autre mot), mercredi, 20 septembre, la Commission électorale (IEBC) pour sa gestion calamiteuse de l'élection présidentielle invalidée du 8 août, lui reprochant d'avoir proclamé les résultats sur la base de documents parfois "douteux" et de ne pas avoir permis l'accès à ses serveurs informatiques. Pour la Cour, l'IEBC serait truffée d'agents anti-Raila Odinga avec pour mission de faire gagner, par tous les moyens, le président sortant. Du coup, la demande de Raila Odinga d'opérer un changement profond au sein de l'IEBC avant de retourner aux urnes, prend un sens. La date du 17 octobre est-elle tenable ?

Le leader de l'opposition au Kenya, Raila Odinga, a énuméré, mardi, 5 septembre, devant la presse, une série de conditions à sa participation à l'élection présidentielle du 17 octobre, la date choisie par la Commission électorale après l'invalidation du scrutin du mois dernier.

On dira ce qu'on veut, mais, les pays africains anglophones sont en nette avance sur les pays francophones en ce qui concerne la démocratie électorale. En Afrique francophone, en effet, il n'existe pas d'équivalent du Ghana, du Nigeria, du Liberia, de la Tanzanie, de l'Afrique du Sud, et maintenant, du Kenya, qui, jusqu'à cette décision de la Cour suprême, n'était pas considéré comme un bon élève de la démocratie. Le Sénégal qui faisait figure d'exemple, en Afrique francophone, a connu un réel recul démocratique, lors des élections législatives de juillet dernier. Du coup, de sérieux doutes commencent à planer sur la présidentielle de 2019 à laquelle le président, Macky Sall, est, déjà, candidat. Le Sénégal devenu un pays, démocratiquement, peu sûr, il ne reste plus que le Bénin, le fameux « quartier latin » de l'Afrique francophone qui fait office de pionnier en la matière. 67 ans après les indépendances, c'est tout, simplement, désespérant que les pays africains francophones continuent d'avancer en reculant sur le plan démocratique.

Les grandes manœuvres ont commencé, au Kenya, en vue de l'élection présidentielle du 8 août 2017. Candidat malheureux, il y a 5 ans, Raila Odinga va, à nouveau, croiser le fer avec l'actuel président de la République. Candidat unique de l'opposition, il ambitionne, cette fois, de déboulonner Uhuru Kenyatta qui souhaite se succéder à lui-même. Seule inconnue : les violences qui pourraient marquer le scrutin comme celui qui avait consacré la réélection du président, Mwai Kibaki, il y a dix ans ; on avait enregistré 1.100 morts.