BENIN-NIGER : Les élucubrations de l’insignifiant porte-parole du président Patrice Talon

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Habituellement prudent dans ses sorties, le porte-parole du gouvernement du Bénin, Wilfried Léandre Houngbédji, a basculé dans la controverse en tentant de répondre aux accusations du général-président, Abdourahamane Tiani, faites à l’encontre de son patron, Patrice Talon, suite à l’attaque survenue à l’aéroport international de Niamey dans la nuit du 28 au 29 janvier 2026. Et s’il faut retenir une chose, c’est que cette réaction interroge bien plus qu’elle ne rassure.

Les ennemis des autorités militaires du Niger sont connus depuis août 2023, lorsque la CEDEAO, contrôlée par la France, cherchait désespérément à récupérer cet ancien pré-carré colonial de l’Hexagone (sur notre photo, le président du Niger accuse nommément Emmanuel Macron, Alassane Ouattara et Patrice Talon). La détermination affichée par Alassane Ouattara, Patrice Talon et Bola Tinubu, pour ne citer que ces trois-là, laissait peu de doutes sur leur ressenti envers le nouvel homme fort nigérien, à qui ils imputent aussi la création de l’Alliance des Etats du Sahel (AES).

Donc, le fait que le chef de la junte nigérienne accuse nommément certains de ses homologues suscités n’a rien de surprenant, étant donné qu’ils n’ont jamais renoncé à leurs desseins initiaux, malgré la relative accalmie qu’ils essayent de laisser paraître. D’ailleurs, la réplique maladroitement apportée par Houngbédji ne contredit pas les accusations de Tiani, et s’apparente plutôt à une tentative de distraction de l’attention des auditeurs et lecteurs les moins vigilants.

Dans ses déclarations, le porte-parole de Talon a suggéré que le Bénin était supérieur au Niger, sans dire en quoi, laissant libre cours à toute sorte de spéculations. En dehors, peut-être, de la promotion culturelle que son pays mène avec acharnement, visiblement, surtout, aux Etats-Unis, au vu des nombreuses personnalités américaines conviées à Cotonou pour y récupérer un passeport béninois, il est illogique de donner un sens aux dires de Wilfried Houngbédji.

Ni les indices de performance économique ni ceux de performance sociale ne mettent clairement le Bénin au-dessus du Niger. Puisque selon le FMI, l’écart de PIB entre les deux nations n’était que de 1.34 milliard de dollars en octobre 2025. Et sur le plan social, les deux voisins se valent plus ou moins, d’après un récent rapport de la Banque mondiale et l’Agence française de développement (AFD) sur les inégalités en Afrique subsaharienne.

Le général, Abdourahamane Tiani, affirme que les rebelles ont été décapités (c’est le mot) en moins de trente minutes. Grâce au savoir faire des Forces armées nigériennes et le soutien de leurs acolytes russes.

Sachant que le Niger combat une vaste campagne de déstabilisation occidentale depuis près de 2 ans et demi, facilitée par des proxys africains, on ne peut qu’imaginer la transformation du pays une fois ses frontières sécurisées par ses autorités actuelles. Au Bénin, par contre, l’ampleur des inégalités sociales, renforcée par le déni de démocratie, est l’assurance que la tentative manquée du putsch du 7 décembre dernier ne sera pas le seul acte de rébellion contre le régime.

Vu la direction que prend le pays, le président béninois et ses proches savent précisément de qui se méfier, et que leurs adversaires figurent parmi le commun des Béninois, même si devant les médias, ils préfèrent se donner bonne conscience en désignant des boucs émissaires en dehors de leurs frontières. C’est ce que produit le sentiment d’impunité, jusqu’à ce qu’un jour, la réalité rattrape et l’heure des comptes sonne.

Paul-Patrick Tédga

MSc in Finance (Johns Hopkins University – Washington DC)

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