BEAC/ETATS-UNIS : Le gouverneur Yvon Sana Bangui demande aux multinationales américaines (et autres) de rapatrier leurs recettes d’exportation

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Cette mesure fait partie des décisions prises lors du Sommet des chefs d’Etat de la CEMAC tenu, à Brazzaville, les 22 janvier 2026. Les difficultés d’ordre économique et financier de certains membres augmentent au point, où la dette publique n’est plus contrôlable dans, au moins, deux pays, à savoir, le Congo-Brazzaville (117% du PIB selon certaines estimations) et même le Gabon (80% du PIB). Au même moment, les réserves de change ne peuvent couvrir que quatre mois d’importation contre cinq mois l’année dernière à la même période. La situation se dégrade donc à vue d’œil et nécessite un remède de cheval à un moment où la Commission de la CEMAC, de son côté, annonce une trésorerie complètement asséchée qui risque de ne pas lui permettre de payer les salaires de ses fonctionnaires dans les prochaines semaines. Déjà, toutes les missions de la CEMAC sont suspendues jusqu’à l’amélioration de la trésorerie. Il faut donc agir vite. C’est pour cette raison que le gouverneur de la BEAC s’active, jour et nuit, comme il peut, pour éteindre le feu. Mais, pour réussir, il aura besoin de l’accompagnement étroit et régulier des six pays membres parmi lesquels d’illustres mauvais élèves.

Le gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), Yvon Sana Bangui, a reçu en audience, le 30 janvier 2026, à Yaoundé, Sarah Troutman, sous-secrétaire adjointe au Bureau des affaires africaines du département d’Etat des Etats-Unis d’Amérique (notre photo). La délégation américaine comprenait, également, John Robinson, chargé d’Affaires par intérim à l’Ambassade des Etats-Unis au Cameroun, et Theresa Sondjo, chargée des Affaires économiques et financières.

Les échanges ont porté sur la situation économique et financière de la CEMAC, les perspectives d’investissements des entreprises américaines dans la sous-région, la réglementation des changes, ainsi que, l’état d’avancement des discussions relatives au rapatriement des fonds de remise en état des sites pétroliers et miniers (FONDS RES).

Une situation macroéconomique sous contraintes extérieures persistantes

Les discussions ont permis de dresser un état des lieux de la conjoncture macroéconomique de la CEMAC, marquée par une croissance modérée, des besoins sociaux et infrastructurels élevés et des marges de manœuvre budgétaires contraintes. La position extérieure de la zone demeure sous pression, en raison notamment du niveau des importations, des transferts de dividendes et du service de la dette. Dans ce contexte, la question des réserves de change apparaît plus que jamais centrale. Leur consolidation constitue une priorité stratégique, clairement réaffirmée par la Conférence des chefs d’Etat de la CEMAC, qui a appelé à un strict respect de la réglementation des changes et à un meilleur rapatriement des recettes d’exportation, en particulier, dans les secteurs extractifs.

Rapatriement des recettes : Un enjeu de souveraineté financière  

S’agissant de la réglementation des changes, le gouverneur a rappelé que les chefs d’Etat ont arrêté des orientations claires visant à garantir que les recettes générées par les exportations contribuent effectivement au renforcement de la position extérieure commune. Dans ce cadre, un accord spécifique a été conclu avec les entreprises du secteur extractif, prévoyant le rapatriement partiel des recettes d’exportation à hauteur de 35 %. Une rencontre entre les parties est prévue aux Etats-Unis en avril 2026 pour poursuivre les discussions.

En attendant, la BEAC a souligné que cette mesure ne procède pas d’une logique de contrainte arbitraire, mais répond à un impératif macroéconomique : Préserver la stabilité du F CFA, sécuriser les capacités d’importation de la sous-région et renforcer la crédibilité financière de la CEMAC. Le gouverneur a réaffirmé la volonté de la Banque centrale de poursuivre un dialogue constructif avec les entreprises concernées, afin de mettre en place des mécanismes durables, équilibrés et compatibles avec les exigences opérationnelles des investisseurs, tout en respectant les décisions souveraines des Etats membres.

Des discussions en cours avec les compagnies pétrolières

Concernant les compagnies pétrolières, le gouverneur a rappelé que les discussions se poursuivent conformément aux orientations de la Conférence des chefs d’Etat. Une rencontre tenue en octobre 2025 à Washington a permis d’examiner des approches innovantes proposées par la BEAC et les Etats, visant à concilier les impératifs de sécurité financière de la zone et les contraintes opérationnelles des entreprises. La BEAC et les Etats membres entendent poursuivre l’exploration de nouvelles modalités d’accompagnement, avec l’appui d’expertises internationales, afin d’aboutir à des solutions mutuellement bénéfiques et conformes au cadre réglementaire communautaire.

Vers une nouvelle étape du dialogue  

A l’issue de l’audience, le gouverneur a réaffirmé la disponibilité de la BEAC et des Etats membres à poursuivre les échanges avec les compagnies pétrolières américaines, lors de discussions prévues en avril prochain à Washington. Il a invité Sarah Troutman à y prendre part et salué le rôle que les autorités américaines pourraient jouer pour faciliter un aboutissement positif. Le gouverneur a enfin salué la qualité du dialogue avec la délégation américaine et réitéré l’engagement de la BEAC à promouvoir un environnement macroéconomique stable, crédible et attractif, condition indispensable à la mobilisation des investissements et au développement durable de la CEMAC.

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