CEUTA : Le regard extraverti de Sa Majesté Le Roi du Maroc

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Dans son discours prononcé à l’occasion du 27ème anniversaire de la Fête du trône, le roi, Mohammed VI, a dressé un bilan élogieux, en s’attardant longuement sur la performance économique et la stabilité politique du Maroc. Il est vrai que son pays est devenu une référence, notamment, en matière d’exportation de véhicules, ou encore, sur le plan footballistique. Mais, l’incident migratoire de Ceuta de ce 30 juillet contredit complètement le récit du souverain. 

S’il existait un prix à décerner aux ministres du gouvernement marocain pour leurs accomplissements, le premier d’entre eux à être considéré serait, probablement, Nasser Bourita. A la tête du ministère des Affaires étrangères depuis bientôt 10 ans, ce haut diplomate de carrière est le grand artisan des victoires engrangées par le Maroc sur la scène internationale, la plus grande étant l’obtention du soutien des Nations-Unies sur la question du Sahara occidental.

Que Mohamed VI ait omis de mentionner l’excellent travail réalisé par son appareil diplomatique peut paraître surprenant. Moins surprenant, par contre, fut le temps d’adresse attribué au volet social du royaume. En effet, la réalité sur le terrain se passe de tout commentaire, l’accumulation des défaillances recensées au cours de ces quelques dernières années illustrant l’état de délaissement total du peuple par les pouvoirs publics marocains. 

Le sentiment qui ressort de la prise de parole du roi confirme ce qu’Afrique Education a souvent suggéré, à savoir que le rayonnement extérieur de la nation a été établi comme priorité stratégique. Que cela se fasse au détriment du bien-être des Marocains, dont les besoins primaires sont une préoccupation secondaire pour l’exécutif, est une position assumée jusqu’aux plus hautes instances royales. Mohammed VI indiquant juste que davantage doit être fait dans ce sens.

C’est cette réalité qui permet d’expliquer, en partie, l’incident migratoire de Ceuta, qui a vu des dizaines de milliers de migrants, majoritairement, marocains, selon des sources locales, embrasser le risque d’une traversée périlleuse de la mer afin d’atteindre l’enclave de Ceuta, et entrevoir l’espoir d’une entrée officielle sur le sol européen en tant que demandeurs d’asile. Un véritable camouflet pour Mohammed VI dont le discours ne s’adressait donc qu’à l’élite marocaine.

Les Marocains critiquent leur roi de fêter le 27e anniversaire de son accession au trône avec faste alors que des dizaines de ses compatriotes à cause des difficultés de la vie, cherchent à regagner l’Europe via Ceuta.

L’embarras est d’autant plus grand pour le souverain chérifien que le nombre de migrants ayant franchi la frontière espagnole au cours des 24 dernières heures ne cesse de croître. Une fois le calme revenu, notamment, entre l’Espagne et l’Italie, qui s’écharpent mutuellement du fait de la gravité de cette crise, l’Union européenne obligera peut-être le Maroc à régler, urgemment, ses problèmes internes, au lieu de ne regarder qu’à sa position internationale, qui n’apporte rien aux Marocains.

Paul-Patrick Tédga

MSc in Finance (Johns Hopkins University – Washington DC)

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