En République du Congo, la réalité sociale s’est imposée à tous avec une acuité douloureuse. Arriérés de salaires des agents de l’Etat, pensions des retraités qui s’accumulent, créances des citoyens et des entreprises restées sans réponse, crise sécuritaire, crise de carburant. La crise n’est plus sectorielle, elle est devenue nationale.
Face à cette épreuve, le premier ministre, chef du gouvernement, Anatole Collinet Makosso (notre photo), a choisi la voie du dialogue avec les différents corps concernés. La démarche est républicaine dans son intention. Mais, force est de constater qu’elle n’a pas produit jusqu’ici les résultats concrets qu’attend le peuple.
Cette logique de dialogues restreints, cloisonnés par corporation, par métier ou par administration, n’est pas nouvelle. Elle a le mérite de l’écoute de proximité, mais, elle montre, aujourd’hui, ses limites. En traitant séparément chaque grogne, on gère les symptômes sans s’attaquer au mal qui ronge le corps social tout entier. Le malaise s’est enraciné. Il s’est élargi à l’ensemble du territoire national, des grandes villes aux districts les plus reculés. Et la complexification du contexte socio-économique mondial, combinée aux fragilités internes congolaises, rend cette approche parcellaire inopérante.
Aujourd’hui, une autre logique politique devient non seulement souhaitable, mais, impérative. Il est temps pour le premier ministre chef du gouvernement de sortir de la tendance restrictive de ces concertations fermées pour embrasser une logique beaucoup plus large : Celle du dialogue avec la Nation congolaise elle-même.
La Nation congolaise n’est pas une abstraction. Elle vit et s’incarne dans ses forces vives que constituent les confessions religieuses, les syndicats, la jeunesse, les femmes, les sages et les notables, les universitaires, les entrepreneurs, la diaspora, la société civile et les partis politiques. Ces forces ont, non seulement, des raisons légitimes de s’exprimer, mais, une véritable obligation citoyenne d’aller au secours de l’Etat, quand celui-ci se trouve dans l’impasse. Ce n’est pas une défiance, c’est un devoir républicain.
L’intelligence collective des forces vives de la nation congolaise est une ressource immense qu’il faut exploiter. La parole de celles-ci, lorsqu’elle est ordonnée, respectueuse et guidée par le seul intérêt supérieur de la République, peut apporter ce que les dialogues en vase clos ne peuvent plus fournir. Telle une vision d’ensemble, un diagnostic partagé et des solutions de relance qui soient acceptées par tous. Il ne s’agit pas d’affaiblir l’autorité de l’Etat, mais, au contraire de la renforcer en la refondant sur l’adhésion nationale.

La République du Congo ne manque de rien pour être ce grand pays africain à la hauteur de ses ambitions de développement. Elle a ses ressources naturelles. Elle a sa jeunesse. Elle a son histoire et, surtout, des femmes et des hommes de qualité qui ne demandent qu’à servir leur pays, avec loyauté et sens du devoir.
Ouvrir le dialogue à la Nation tout entière n’est pas un aveu de faiblesse. C’est l’acte politique le plus fort, le plus courageux et le plus républicain qui puisse être posé aujourd’hui, en République du Congo, pour relever l’Etat et rendre l’espoir au peuple.
Joseph Ouabari Mariotti
est l’ancien garde des Sceaux du professeur Pascal Lissouba.





