Après un week-end calme, les manifestations ont repris de plus belle, ce lundi, 05 octobre 2026, avec plus de 586 établissements bloqués. Objectif : Maintenir la pression sur le gouvernement de Sébastien Lecornu. Mais, sans surprise, Matignon a fait la sourde oreille, préférant verser dans la recherche de boucs-émissaires plutôt qu’aborder le fond du problème. En effet, hormis le blâme adressé à La France Insoumise (LFI, parti politique très proche des lycéens et des étudiants et qui soutient les manifestations) pour son rôle supposé dans les événements actuels et leur reclassification en violences urbaines, rien de bon n’est sorti de la réunion de cellule de crise de l’exécutif.
Ce n’est pas la première fois que le gouvernement émule son patron, Emmanuel Macron, dans un exercice de refus d’examen de conscience. Après la réunion de son cabinet, Sébastien Lecornu s’est contenté de lister les chantiers qui, selon lui, sont prioritaires, tels que Parcoursup, le remplacement des enseignants absents et l’aménagement de l’emploi du temps. Il sollicite trois semaines pour évaluer leur coût global. Ce qui étonne au vu du pragmatisme dont il fit preuve l’an dernier, en dotant la France de son budget 2026, malgré de fortes divisions dans l’hémicycle.
La jeunesse française l’ayant noté et ne pouvant que voir dans le contenu de son communiqué d’hier du dilatoire et la preuve du manque de volonté politique et d’absence de considération envers elle, la décision de maintenir la pression est logique. C’est à cet effet que d’autres syndicats, notamment, d’étudiants, d’enseignants et de parents d’élèves, ont été invités à se joindre à la mobilisation. Ainsi, le mardi, 6 octobre, risque de faire office de réponse directe à la tentative de désescalade maladroitement présentée par le chef du gouvernement français.

Les lycéens ne demandent pas la lune. Tout le monde reconnaît que leurs revendications sont légitimes : Manque d’enseignants dans certaines filières, mauvaises conditions de travail des lycéens et de leurs enseignants, des bâtiments qui ne résistent plus à la canicule quand c’est l’été et au froid quand c’est l’hiver (parfois le chauffage ne fonctionne pas), etc. Dans certains lycées, on se croirait dans un pays du tiers-monde tellement le délabrement est avancé. Une situation qui dure depuis plusieurs années et qui a complètement été ignorée (il n’y a pas un autre mot) pendant les deux mandats d’Emmanuel Macron. D’abord, ministre de l’Education nationale, puis, premier ministre pendant six mois, Gabriel Attal dit avoir perçu le problème qu’il avait commencé à résoudre, mais on ne lui en a pas donné le temps. Il le répète à souhait pendant sa campagne puisqu’il est candidat à la succession de son mentor. Cela dit, que fait-on immédiatement car ça chauffe dans les lycées et de plus en plus dans les universités.
Avec sa réponse qui n’en est pas une, Matignon cherche, en réalité, à voir jusqu’où les capacités de nuisance des manifestations actuelles peuvent se situer. Ayant effectué des coupes budgétaires drastiques auprès des établissements et haussé ses recettes anticipées dans l’enseignement supérieur, il a démontré toute son indifférence pour la qualité de l’apprentissage dispensé à la jeunesse française. Sans contrainte, à l’instar des opérations de blocus réalisées dans l’ensemble du territoire, il ne fera pas marche arrière, d’où l’importance de maintenir la pression.

Plus de 5.000 personnes ont été interpellées par les forces de l’ordre depuis le début des manifestations. Un chiffre qui pose la question des méthodes employées par les effectifs du ministère de l’Intérieur, visiblement, déployés pour faire face à des violences purement urbaines. Mais, des vidéos montrant des lycéens manifestant sans violence recevoir des bombes lacrymogènes, ont fait le tour des réseaux sociaux, remettant en question le mot d’ordre donné à la police.
Conclusion : La France avec les revendications des lycéens et aussi des étudiants, non solutionnées par le gouvernement, n’est pas prête de sortir de l’auberge. La situation risque même d’aller de mal en pis. On craint même l’embrasement…
Paul-Patrick Tédga
MSc in Finance (Johns Hopkins University – Washington DC)





