MANIFESTATIONS EN FRANCE : Les lycéens ne sont plus seuls

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La journée du mardi, 6 octobre, a permis une grande mobilisation rarement vue ces dernières années. Alors qu’en région parisienne, la police disait attendre 10.000 manifestants, la surprise a été avec 56.000 personnes qui ont rallié les élèves et étudiants un mardi, et non un samedi qui est le jour généralement choisi pour battre le pavé dans Paris. Les syndicats sont sur un autre ordre de grandeur : plus de 100.000 manifestants à Paris (entre Place de la République et Place de la Nation) et plus de 500.000 dans toute la France. De l’avis des journalistes qui couvrent cette marche à Paris, on n’a rarement vu autant de monde dehors ces dernières années, même pendant l’épisode des Gilets Jaunes. C’est la preuve du mécontentement réel des Français dont le fil déclencheur a été les revendications des lycéens. Le ras-le-bol est général.

Pendant que la manifestation se déroule dans Paris et plusieurs villes de la France, le premier ministre, Sébastien Lecornu, faisait face aux questions des présidents de groupes parlementaires à l’Assemblée nationale où la seule note joyeuse a été, quand la présidente, Yaël Braun-Pivet, a annoncé la présence dans l’hémicycle des députés camerounais de l’Association Amitié France-Cameroun. Ils ont pu voir de leurs yeux comment les débats sont enlevés en France, même si au Cameroun, les députés de l’opposition savent donner de la voix, malgré le fait que le parti au pouvoir, le RDPC, soit largement majoritaire.

LFI est le bouc émissaire tout trouvé. Cela dit, une certitude : LFI est le parti que vote la majorité des lycéens et étudiants.

Pour ne pas être sectaire, laissons la parole au premier ministre, Sébastien Lecornu, qui a brossé la situation, après 8 jours de manifestations : « 215 blessés chez les lycéens (dont un a eu un œil arraché, un autre le bras arraché aussi, ndlr), 85 agents publics de l’Education nationale blessés, 715 policiers et gendarmes blessés et une banalisation de la violence qui a abouti à 24 bâtiments saccagés ». Ces chiffres vont évoluer avec cette journée de mobilisation. La France étant un état de droit, le premier ministre a souhaité que « La justice passe » après avoir défendu la police et la gendarmerie (comme le fait souvent le ministre de l’Intérieur) en précisant que « L’usage de la force n’est pas disproportionné ». Il a, aussi, tenu à dire avec gravité que contrairement à ce qui est entendu ici et là, « La police et la gendarmerie ne sont pas racistes ». Dont acte ! Cela dit, l’opposition a rétorqué que le « délit de faciès » n’est pas une fiction au sein de la police française, mais bien, une réalité. Le premier ministre a conclu sans citer personne qu’« On organise le chaos à des fins électorales ».

Plus important. Il a, également, ébauché des solutions dans un contexte budgétaire inédit : « Plusieurs chantiers sont ouverts, la question budgétaire est au centre de la réflexion, il en est de même de la question « bâtimentaire », de l’orientation avec le fameux Parcoursup, l’organisation du temps scolaire, et bien entendu, la démocratie lycéenne », a-t-il tenu à préciser.

Tout ceci ne se fera pas par un claquement de doigts. Sébastien Lecornu précise que les besoins seront évalués au niveau de chaque établissement scolaire, avant d’être remontés au niveau du rectorat. C’est ce dernier qui les fera parvenir au gouvernement, ce qui laisse penser qu’il faudra un certain temps pour y parvenir alors que la pression dans le pays devient de plus en plus insoutenable.

Mathilde Panot, la présidente du Groupe parlementaire LFI à l’Assemblée nationale, répond au premier ministre qui rend son parti responsable des débordements des manifestants qui seraient instrumentalisés.

Les représentants de partis politiques qui ont pris la parole n’ont pas épargné le gouvernement. Loin de là. Sébastien Chenu, vice-président de l’Assemblée nationale, qui parlait au nom du Rassemblement national (extrême-droite), n’a pas hésité à invectiver le gouvernement : « Vous êtes là depuis 10 ans. Qu’avez-vous fait de la France ? N’avez-vous pas honte d’avoir mis le pays dans cet état-là » ?

Présidente du Groupe LFI (La France insoumise) à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot a enfoncé le clou : « Depuis 18 jours, vous jouez le pire. Dans n’importe quelle autre démocratie, vous auriez déjà démissionné », avant de donner la leçon au gouvernement : « On ne brutalise pas les enfants ».

Au moment où ce papier est écrit, alors que les manifestations se terminent, à Paris et dans toute la France, avec les mots d’ordre qui appellent nettement à la poursuite des mouvements, et même, à leur durcissement, personne ne peut dire, exactement, de quoi demain sera fait. Le problème est loin d’être réglé.

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