ALGERIE : Une diplomatie (en questions) qui interroge…

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L’histoire contemporaine rappelle avec constance que les relations internationales, même après des conflits majeurs, ne peuvent durablement se construire que sur la retenue, la maîtrise du langage et le respect mutuel. La France et l’Allemagne, opposées lors des deux guerres mondiales du XXᵉ siècle, ont su transformer une rivalité meurtrière en un partenariat stratégique fondé sur la réconciliation, le dialogue et des institutions communes. Cette évolution n’a été possible qu’au prix d’un effort constant de responsabilité politique et de sobriété verbale.

A l’aune de cet enseignement historique, certaines prises de position récentes de responsables algériens suscitent interrogation et préoccupation. Dans un contexte régional déjà marqué par de fortes tensions, le recours à un discours abrupt, voire, disqualifiant, à l’égard des Etats voisins ou partenaires potentiels, interroge sur la cohérence et l’efficacité de la diplomatie algérienne (sur notre photo, le président Abdelmadjid Tebboune et son homologue le roi Mohammed VI du Maroc, sont condamnés à s’entendre et travailler ensemble).

Les relations entre l’Algérie et les Emirats arabes unis connaissent, ces dernières années, des épisodes de crispation notables. Des déclarations publiques peu nuancées, attribuant à Abu Dhabi des intentions ou des rôles controversés, ainsi que, l’usage de qualificatifs perçus comme dépréciatifs à l’égard d’un Etat souverain, ont contribué à alimenter un climat de défiance. Or, dans la pratique diplomatique classique, la critique — lorsqu’elle est jugée nécessaire — s’exprime généralement dans des cadres formels et par des canaux maîtrisés, afin de préserver les possibilités de dialogue futur.

Cette tendance à l’escalade verbale s’inscrit dans un schéma plus large, observable également dans l’attitude officielle à l’égard du Maroc. Depuis plusieurs années, les autorités algériennes imputent régulièrement à Rabat une responsabilité centrale dans divers problèmes régionaux, sécuritaires ou politiques. Si les différends entre les deux pays sont anciens et réels, notamment autour de la question du Sahara et de la rupture des relations diplomatiques en 2021, leur traitement quasi exclusif sous l’angle de l’accusation systématique tend à rigidifier les positions et à réduire les marges de manœuvre diplomatiques.

L’analyse politique montre pourtant que la désignation permanente d’un adversaire extérieur, tenu pour responsable de multiples difficultés, comporte des risques évidents. Elle peut servir, à court terme, de levier rhétorique interne, mais, elle affaiblit à long terme la crédibilité internationale d’un Etat et complique toute tentative de médiation ou de normalisation. Dans un environnement régional instable, marqué par des enjeux économiques, énergétiques et sécuritaires majeurs, la diplomatie gagnerait à privilégier le pragmatisme, la constance et le langage de la responsabilité.

Brahim Ghali, président sahraoui et secrétaire général du Front Polisario (ou ce qu’il en reste) est dans une position inconfortable.

Les chefs d’Etat et les ministres des Affaires étrangères incarnent, par leurs paroles, l’image et la stature de leur pays. A ce titre, leur expression publique engage, non seulement, leur personne, mais aussi, l’ensemble de la nation qu’ils représentent. La retenue, loin d’être un signe de faiblesse, demeure l’un des fondements de l’efficacité diplomatique et de la crédibilité internationale.

A l’heure où les équilibres régionaux exigent sang-froid et clairvoyance, un retour à une diplomatie fondée sur le respect, la précision du langage et la recherche d’intérêts communs apparaît, non seulement, souhaitable, mais, nécessaire.

Dr Lahcen Benchama

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