CEUTA ET MELILLA : Quand l’Europe redessine ses frontières en Afrique

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Le 17 septembre 2026, le Parlement européen a adopté une résolution consacrée à la crise de Ceuta, réaffirmant avec force le caractère espagnol et européen de Ceuta et Melilla et dénonçant la remise en cause de la souveraineté espagnole. Une prise de position qui interroge, au-delà de la crise migratoire, le rapport de l’Europe à son histoire, à l’Afrique et à ses frontières.

Incroyable, mais vrai !

Au XXIᵉ siècle, alors que l’Union européenne se présente comme un espace fondé sur le droit, les droits humains, la démocratie et le dépassement des frontières historiques, le Parlement européen vient de réaffirmer solennellement, le 17 septembre 2026, que Ceuta et Melilla sont des villes espagnoles et européennes (sur notre photo, la présidente de la Commission de l’Union européenne soutient que Ceuta et Melilla sont européennes)..

Cette résolution intervient après la crise migratoire qui a profondément secoué Ceuta durant l’été 2026 et après les événements des 30 et 31 juillet, lorsque des dizaines de milliers de personnes ont tenté de franchir la frontière depuis le Maroc. Le Parlement européen a adopté, le 17 septembre, une résolution non contraignante dénonçant notamment « l’instrumentalisation » de l’immigration et réaffirmant la souveraineté espagnole sur les deux villes. ⁠

Mais, cette affirmation européenne soulève une question que l’on ne peut éluder : Où commence et où s’arrête l’Europe ?

Car Ceuta et Melilla se trouvent géographiquement en Afrique. Elles sont implantées sur la côte nord-africaine, au contact direct du territoire marocain. Elles sont administrées par l’Espagne et leur statut européen est reconnu par les institutions de l’Union. Mais, leur réalité géographique demeure incontestable : Elles sont situées sur le continent africain.

Voilà donc un paradoxe saisissant : L’Europe politique se projette en Afrique, tandis que l’Afrique géographique se retrouve face à une frontière de l’Union européenne.

Une décision qui dépasse la seule question migratoire

On pourrait naturellement considérer la résolution du Parlement européen comme une simple réaction à une crise migratoire exceptionnelle. Ce serait toutefois passer à côté de sa portée politique.

Le texte ne se contente pas de traiter de l’immigration. Il réaffirme la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla et considère que la remise en cause de cette souveraineté est incompatible avec une relation avec l’Union européenne.

Cette formulation donne à la question une dimension qui dépasse largement le contrôle des frontières.

L’Espagne, de son côté, mène depuis plusieurs semaines, une démarche visant précisément à renforcer l’ancrage européen de Ceuta et Melilla. Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a multiplié les démarches à Bruxelles pour renforcer leur intégration européenne, notamment, leur éventuelle intégration dans l’Union douanière et leur représentation au Comité européen des régions.

La Commission européenne a par ailleurs annoncé une aide exceptionnelle de 114,7 millions d’euros à la demande de l’Espagne pour répondre aux conséquences de la crise et renforcer notamment la gestion de la frontière. ⁠

L’histoire peut-elle être effacée par le droit ?

La question devient alors inévitable : Le droit politique et administratif peut-il faire disparaître la géographie et l’histoire ?

Pour l’Espagne, la réponse est claire : Ceuta et Melilla sont espagnoles et leur souveraineté n’est pas négociable. Cette position est désormais fortement réaffirmée au niveau européen.

Pour le Maroc, la question demeure fondamentalement différente. Rabat considère les deux villes comme des territoires marocains sous administration espagnole et maintient sa revendication historique et territoriale.

Il ne s’agit donc pas ici de nier le statut juridique actuel de Ceuta et Melilla, ni de prétendre que leur appartenance à l’Espagne serait une réalité nouvellement créée par la résolution du 17 septembre. Elle ne l’est pas.

Ce qui est nouveau, c’est la vigueur avec laquelle une institution européenne réaffirme leur appartenance à l’espace politique européen au moment même où la question migratoire transforme ces deux villes en avant-postes particulièrement sensibles de la frontière méridionale de l’Europe.

L’Europe face à son héritage africain

C’est précisément ici que le débat devient plus profond.

L’Europe revendique depuis des décennies une rupture avec les logiques impériales et coloniales du passé. Elle défend le droit international, les droits humains et le principe de règlement pacifique des différends.

Mais, lorsqu’il s’agit de ses frontières, elle demeure confrontée à des situations héritées de l’histoire.

Ceuta et Melilla en constituent probablement l’une des illustrations les plus singulières : Deux villes européennes situées géographiquement en Afrique et constituant l’une des frontières terrestres les plus sensibles de l’Union européenne.

La question n’est donc pas de savoir si l’on doit qualifier automatiquement cette réalité de « nostalgie coloniale ». Une telle qualification relève d’une interprétation politique et historique qui peut être discutée.

La véritable interrogation est peut-être plus simple : L’Europe a-t-elle réellement achevé de solder son histoire coloniale lorsqu’une partie de ses frontières politiques se trouve toujours sur le continent africain ?

Derrière la frontière, une nouvelle fracture Nord-Sud

La crise de 2026 révèle également une autre réalité : L’Europe cherche à renforcer le contrôle de ses frontières extérieures au moment même où les pressions migratoires et économiques exercées sur sa frontière méridionale demeurent considérables.

Le débat européen autour de Ceuta ne peut donc être réduit à une opposition entre « bons » et « mauvais » acteurs. Il met en présence des intérêts contradictoires : Souveraineté espagnole, sécurité européenne, contrôle migratoire, coopération avec le Maroc, respect des droits fondamentaux et héritage historique.

Dans le même parlement européen, il s’est trouvé des députés européens qui ont dit le contraire, que Ceuta et Melilla sont géographiquement en Afrique. Pas en Europe.

La résolution du 17 septembre marque néanmoins un tournant politique important : Face à la crise, le Parlement européen a choisi de réaffirmer sans ambiguïté l’appartenance espagnole et européenne de Ceuta et Melilla.

Cette position peut être comprise comme une manifestation de solidarité européenne avec l’Espagne. Mais, elle peut également être interrogée à la lumière de l’histoire et de la géographie.

Car une réalité demeure, indépendamment des déclarations politiques : Ceuta et Melilla sont européennes par leur statut politique, espagnoles par leur administration, mais africaines par leur géographie.

Et c’est peut-être précisément cette contradiction qui explique pourquoi, au XXIᵉ siècle encore, Ceuta et Melilla continuent de déranger l’histoire.

Dr  Lahcen Benchama

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