COTE D’IVOIRE : Soro Kigbafori dans l’auto-justification plutôt que dans un sincère remords

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Quelques GORs (“Gbagbo ou rien”) se sont offusqués de la réplique apportée par certains Ivoiriens aux propos tenus par Soro Kigbafori à Valence (Espagne), il y a quelques jours. Ils pensent que rappeler les crimes économiques et crimes contre l’humanité de Soro risquerait de mettre à mal l’union dont les fils et filles d’Eburnie ont aujourd’hui besoin pour débarrasser leur pays du monstre que le même Soro a contribué à installer au sommet de l’Etat ivoirien. Bref, à les en croire, l’on devrait tirer, non pas sur Soro qui aurait rallié la plateforme de Konan Bédié, mais, sur Dramane Ouattara qui, en ce moment, fait tout pour confisquer le pouvoir.

On veut bien faire droit à un tel vœu, on voudrait ne plus revenir sur les blessures du passé, mais, peut-on honnêtement caresser dans le sens du poil celui qui doit uniquement aux armes les hautes fonctions qu’il eut à occuper dans notre pays et dont il aime souvent se vanter lorsque, dans un galimatias où la fanfaronnade le dispute à la volonté de falsifier une histoire trop récente, il tente vainement de justifier l’attaque dont notre pays fut victime dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002 ? Cette auto-justification, de la part d’un individu par la faute de qui de nombreuses vies furent prématurément fauchées, des personnes comme moi la trouvent indécente, insultante et inacceptable.

A mon tour de poser quelques questions à ceux qui militent pour le ménagement de Soro : Laurent Gbagbo, qui pour le retour de la paix en Côte d’Ivoire, concéda presque tout aux terroristes, qu’obtint-il en retour ?

Ne récolta-t-il pas l’humiliation, le bombardement de sa résidence, sa déportation à la Haye, l’emprisonnement, l’exil ou la mort de ses proches ? Alors que les terroristes continuent de se glorifier d’avoir attaqué et déstabilisé le pays en 2002 et ne font rien pour calmer un tant soit peu la douleur des victimes, pourquoi ceux et celles qui ont perdu des biens et des personnes devraient-ils se taire quand Soro remue le couteau dans la plaie, sous prétexte qu’on doit éviter des couacs à la réconciliation ? Et pendant combien de temps va-t-on faire plaisir à Monsieur Soro ?

S’il est vrai que “celui qui avertit le chat devrait avertir en même temps la souris”, alors, on peut souhaiter que les partisans du ménagement de Soro lui conseillent d’adopter un profil bas et de cesser de narguer les nombreuses personnes qui portent encore les stigmates de la catastrophe qui faillit emporter notre pays (sur notre photo Guillaume Soro salue tendrement l’ancienne première dame Simone Gbagbo visiblement très amaigrie par les mauvais traitements infligés par Alassane Ouattara).

Jean-Claude DJEREKE
est professeur de littérature à l’Université de Temple (Etats-Unis).

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