COVID-19 : Un pays sur trois ne prend aucune mesure pour aider les élèves à rattraper le retard scolaire dû à la pandémie.

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Un nouveau rapport de l’UNESCO, l’UNICEF, la Banque mondiale et l’OCDE, fait le point sur les mesures sanitaires en termes d’éducation dans 142 pays.

Selon le rapport mondial, « Enquête sur les réponses de l’éducation nationale aux fermetures d’écoles COVID-19 », publié par l’UNESCO, l’UNICEF, la Banque mondiale et l’OCDE, environ, un pays sur trois parmi ceux ayant fermé leurs écoles, n’a pas encore mis en place de programme de rattrapage scolaire. Par ailleurs, seul un tiers (principalement des pays à revenu élevé) a pris des mesures pour mesurer les pertes d’apprentissage en primaire et en premier cycle de secondaire.

« Afin d’atténuer les conséquences de ces pertes d’apprentissage, la première étape essentielle est les évaluer. Il est fondamental que les pays investissent dans ces évaluations, pour pouvoir mettre en œuvre les mesures correctives appropriées », selon Silvia Montoya, directrice de l’Institut de statistique de l’UNESCO (notre photo).

Moins d’un tiers des pays à revenu faible ou intermédiaire ont annoncé que leurs élèves avaient repris l’enseignement en présentiel, ce qui accroît le risque de perte d’apprentissage et de décrochage scolaire. La majorité des pays ont, néanmoins, déclaré utiliser, au moins, une forme de sensibilisation pour encourager le retour des élèves à l’école, notamment, l’engagement communautaire, le suivi en milieu scolaire, la modification des services d’eau, d’assainissement et d’hygiène, les incitations financières et la révision des politiques d’accès. 

« Il est essentiel de mettre en place des mesures de soutien et de rattrapage pour aider les enfants qui ont manqué l’école à redémarrer et à réduire les pertes d’apprentissage à long terme. Cela nécessite un effort urgent pour mesurer les niveaux scolaires actuels des élèves et collecter des données de bonne qualité sur la qualité des cours. C’est l’objectif du Learning Data Compact organisée par l’UNICEF, l’UNESCO et la Banque mondiale », a souligné, pour sa part, Jaime Saavedra, directeur mondial pour l’éducation de la Banque mondiale. 

Jaime Saavedra, directeur supérieur de l’Education à la Banque mondiale.

Cette enquête documente la manière dont les pays mesurent et comblent les pertes d’apprentissage de leurs élèves, réouvrent les écoles et déploient des stratégies d’enseignement à distance. Au total, 142 pays ont répondu à l’enquête, qui couvre la période de février à mai 2021 et porte sur la maternelle, les enseignements primaire et secondaire.

« Lorsque les écoles ont fermé, l’enseignement à distance a été une bouée de sauvetage pour de nombreux enfants partout dans le monde. Mais, pas pour les plus vulnérables, pour eux, les cours à distance sont restés hors de portée. Il est urgent que chaque enfant puisse, de nouveau, avoir accès à une salle de classe, et ce dès maintenant. Et il nous faut aller plus loin ; mieux, rouvrir les écoles signifie, aussi, mettre en œuvre des programmes scolaires pour aider les élèves à rattraper leur retard, et s’assurer que les filles et les enfants les plus vulnérables bénéficient, en priorité, de tous nos efforts », a déclaré Robert Jenkins, chef de l’éducation à l’UNICEF.

Robert Jenkins, chef de l’Education à l’Unicef.

Les points clés de l’enquête soulignent notamment que :

  •  les pays ont réagi en prenant diverses mesures pour atténuer les pertes d’apprentissage potentielles liées aux fermetures des écoles. Ainsi, environ, 40 % des pays ont prolongé l’année scolaire et une proportion similaire de pays a donné la priorité à certains domaines du programme scolaire. Cependant, plus de la moitié des pays ont déclaré qu’aucun ajustement n’avait été ou ne serait effectué.
  • de nombreux pays avaient amélioré leurs normes de santé et de sécurité dans les centres d’examen, mais, que 28 % avaient annulé plusieurs examens dans le premier cycle du secondaire et 18 % dans le deuxième cycle.
  • l’examen ou la révision des politiques d’accès à l’éducation étaient peu fréquents, en particulier, pour les filles. Une constatation préoccupante, car, dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, les adolescentes sont les plus exposées au risque de ne pas retourner à l’école.
  • les pays à faible revenu accusent un retard dans la mise en œuvre des mesures les plus élémentaires pour assurer le retour à l’école. Ainsi, moins de 10 % seulement ont déclaré disposer de suffisamment de savon, d’eau propre, d’installations sanitaires et d’hygiène et de masques, contre 96 % pour les pays à revenu élevé.

L’enquête dresse, également, le bilan du déploiement et de l’efficacité de l’enseignement à distance et du soutien connexe, plus d’un an après le début de la pandémie. Les résultats montrent que :

  • La plupart des pays ont pris de nombreuses mesures pour fournir un enseignement à distance aux élèves. Les pays à faible revenu ont souvent agi par le biais d’émissions de radio et de télévision, tandis que les pays à revenu élevé ont mis en place des plateformes de cours en ligne. Cependant, plus d’un tiers des pays à revenu faible et intermédiaire inférieur ont indiqué que moins de la moitié des élèves de primaire avaient eu accès à ces outils.
  • Pour garantir l’adhésion et l’engagement, des stratégies d’enseignement à distance adaptées au contexte sont nécessaires, de même que l’engagement de la part des parents. En outre, les enseignants doivent soutenir ces stratégies et se sentir soutenus et il faut veiller à ce que les filles et autres enfants vulnérables ne soient pas laissés pour compte. Il est également crucial de produire des données rigoureuses sur l’efficacité de l’enseignement à distance. Si 73 % des pays l’ont fait pour au moins une stratégie d’enseignement à distance, il est essentiel de disposer de meilleures données sur le sujet pour ce qui concerne les contextes les plus difficiles.

« Il est absolument nécessaire de produire des données probantes plus nombreuses et de meilleure qualité sur l’efficacité de l’enseignement à distance, en particulier, dans les contextes les plus difficiles, ainsi que, de soutenir l’élaboration de politiques d’apprentissage numérique », selon Andreas Schleicher, directeur de l’éducation et des compétences de l’OCDE.

Andreas Schleicher, directeur de l’Education et des Compétences à l’OCDE.

En 2020, les écoles du monde entier ont été entièrement fermées pendant 79 jours d’école en moyenne, soit environ, 40 % du total des jours d’enseignement en moyenne dans les pays de l’OCDE et du G20. Les chiffres varient de 53 jours dans les pays à revenu élevé à 115 jours dans les pays à revenu intermédiaire inférieur.

La demande de fonds augmente, en concurrence avec d’autres secteurs, alors que les recettes des gouvernements sont en baisse. Néanmoins, en 2020, 49 % des pays ont augmenté le budget consacré à l’éducation par rapport à 2019, tandis que 43 % ont maintenu leur budget constant. Le financement devrait augmenter en 2021, puisque plus de 60 % des pays prévoient d’augmenter leur budget par rapport à 2020.

Ces résultats renforcent l’importance de la réouverture des écoles, du rattrapage scolaire et de la mise en place de systèmes d’enseignement à distance plus efficaces, qui doivent pouvoir mieux résister aux futures crises et être accessible à tous les élèves. En outre, ils montrent que la mesure des pertes d’apprentissage dues aux restrictions sanitaires représente un effort essentiel pour la plupart des pays et des partenaires du développement, comme mis en évidence par le récent partenariat de l’UNESCO, de l’UNICEF et de la Banque mondiale autour du Learning Data Compact

Cette enquête s’inscrit dans le cadre de la Mission : Rétablir l’éducation en 2021, par laquelle la Banque mondiale, l’UNESCO et l’UNICEF s’associent pour soutenir les pays qui prennent toutes les mesures possibles pour planifier, prioriser et s’assurer que tous les élèves puissent retourner à l’école ; que les écoles fassent le maximum pour rouvrir en toute sécurité ; que les étudiants bénéficient d’un enseignement correctif efficace et de services complets pour les aider à combler les pertes d’apprentissage liées à la crise sanitaire et améliorer leur bien-être général ; et que leurs enseignants soient préparés et soutenus pour répondre aux besoins d’apprentissage.

L’enquête a été lancée le 13 juillet, lors du débat ministériel de la réunion mondiale sur l’éducation.

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