SOUS-TRAITANCE MIGRATOIRE : Rishi Sunak et Paul Kagamé humiliés par la Haute Cour britannique

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Alors que les associations humanitaires exultent de la décision rendue, ce mercredi, 15 novembre, par la Cour suprême britannique, sur la question de la sous-traitance des réfugiés africains arrivant en Angleterre, les gouvernements de Rishi Sunak et de Paul Kagamé (notre photo) ont du mal à contenir leur amertume. En effet, les deux hommes jouaient gros sur ce dossier puisque le premier en avait fait l’un des principaux piliers de sa campagne électorale, tandis que le second espérait faire de son pays un précurseur en la matière en Afrique. Ils auront, au contraire, été exposés sur l’illégalité et le manque d’humanité de leur entente migratoire. 

Après l’annonce du verdict par Lord Reed, le président de la Haute Cour anglaise, le premier ministre, Rishi Sunak, s’est dit prêt à quitter la Commission européenne des droits de l’homme (CEDH), si nécessaire. C’est cette instance qui est à l’origine du blocage du départ du premier vol de réfugiés africains vers Kigali en juin 2022, et elle représente un sérieux obstacle pour les échéances électorales de 2024 du parti au pouvoir. En pactisant avec le Rwanda sur le traitement des demandes d’asile, le gouvernement anglais signalait ouvertement sa disposition à violer le principe de non-refoulement. Une velléité qu’il n’a fait que confirmer en brandissant sa menace à l’égard de la CEDH, ouvrant ainsi la porte à une forte crise au sein de son propre parti.

Du côté de Kigali, la nouvelle a, également, été mal accueillie. Ayant avoué en septembre dernier son intention de briguer un quatrième mandat, Paul Kagamé (qui veut mourir au pouvoir) comptait sur cet accord pour le crédibiliser aux yeux de l’Occident sur la thématique des flux migratoires africains. Les visées du président rwandais resteront au stade de l’utopie car il est rattrapé par plusieurs controverses, l’une d’entre elles étant celle relative à sa première expérience du genre avec Israël il y a une décennie, qui fut un échec. Ensuite, il y a le sort des 135 000 réfugiés, majoritairement, Burundais et Congolais, sur le territoire toujours en attente d’intégration dans la vie économique rwandaise. Vient enfin, la situation des droits humains pour laquelle le régime de Kigali est régulièrement indexé, notamment, avec son soutien apporté au groupe rebelle, M23, qui entraîne des déplacements de populations de la RDCongo. Un sujet que Londres a toujours subtilement évité pour des raisons évidentes. Kigali pourra, au moins, se prévaloir d’avoir vu ses comptes être renfloués de la somme de 174 millions de dollars, sans aucune contrepartie apportée à Londres.

L’arrêt de justice de la Haute Cour britannique devrait jeter un coup de froid sur les ardeurs des autres nations occidentales sur le point de vulgariser la sous-traitance des flux migratoires non désirés. Il laisse entrevoir de l’espoir pour les nombreux réfugiés contraints de quitter leur pays d’origine pour pouvoir survivre. Toutefois, on attend de voir comment l’Europe rebondira quant à sa volonté de restreindre l’immigration du Sud Global, tout en tenant compte du précédent juridique du 15 novembre 2023.

Paul-Patrick Tédga

MSc in Finance (Johns Hopkins University – Washington DC )

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