Après le premier scandale autour du programme pour l’emploi à l’international lancé par le Kenya selon lequel William Ruto s’enrichissait sur le dos de ses concitoyens contraints, par la force des choses, de s’expatrier pour travailler, un second scandale sur ce même sujet vient affaiblir le gouvernement de Nairobi. En effet, certains d’entre eux seraient engagés dans le conflit entre la Russie et l’Ukraine, pendant que d’autres sont entre la vie et la mort au Moyen-Orient.
Pour de nombreuses familles kényanes, William Ruto a envoyé leurs proches tout droit à la mort. Convaincu du succès de son initiative à l’expatriation, le président-kidnappeur, surnommé ainsi du fait de son recours habituel au kidnapping pour faire taire les voix dissidentes, constate l’échec de sa stratégie destinée à procurer des opportunités professionnelles à l’étranger aux Kényans. Ceux qui en ont profité sont, désormais, coincés entre deux conflits armés.
D’un côté, les réalités du terrain moyen-oriental ont pu en pousser certains à se laisser séduire par les promesses de rémunération avantageuse de la Russie, à condition de l’aider dans son projet d’accaparement du plus grand nombre possible de régions ukrainiennes. De l’autre, l’embrasement observé au Moyen-Orient, du fait de la guerre menée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran, en fait l’une des parties les moins sécurisées du monde en ce moment.
Le propre de la guerre étant qu’une fois commencée, on ne sait jamais quand est-ce qu’elle va se terminer, le bilan humain pour le Kenya risque d’être bien plus lourd que celui de ses quelques aventuriers tombés malheureusement au combat dans le cadre du conflit en Ukraine. Pour Nairobi, le malaise ne porte donc pas uniquement sur ces ressortissants partis gonfler les rangs du Kremlin, mais, plutôt sur le programme pour l’emploi à l’international dans son ensemble.

La survie de cette initiative, dont le but était de masquer l’incapacité de l’Etat du Kenya à créer des emplois locaux, devrait faire l’objet d’âpres débats dans le pays prochainement. D’autant plus qu’il faudra bien que les responsabilités soient établies pour soulager les familles endeuillées. Le fait de récolter l’échec dans tout ce qu’il touche permettra peut-être à William Ruto de réaliser qu’il n’est pas le bon leader pour son pays et de renoncer à poursuivre un second mandat.
Paul-Patrick Tédga
MSc in Finance (Johns Hopkins University – Washington DC)





