TUNISIE : Kaïs Saïed entre défiance et silence

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Quelques mois après la visite du conseiller de Donald Trump pour l’Afrique, Massad Boulos, en juillet 2025, le président tunisien, Kaïs Saïed, accueillait Abbas Araghchi, le ministre des Affaires étrangères de la République islamique d’Iran, à Tunis, pour marquer le début d’une coopération renouvelée entre leurs deux pays. Ceux-ci étant idéologiquement alignés contre Israël, ce renforcement relationnel était attendu. A l’inverse du silence actuel du leader tunisien qui résonne de façon problématique.

Au fil des années, Kaïs Saïed (sur notre photo avec Massad Boulos au palais de Carthage le 22 juillet 2025) a prouvé qu’il n’avait pas sa langue dans la poche. S’étant forgé une image de nationaliste, il est aux abonnés absents depuis le lancement de l’attaque états-unienne et israélienne contre son partenaire moyen-oriental. Pour beaucoup d’Iraniens, la considération qui lui était accordée s’est envolée à la suite du communiqué minimaliste dont s’est fendue sa diplomatie, en réaction à la mort d’Ali Khamenei dans un bombardement aérien.

Mais, pour ceux qui le connaissent un peu, Saïed n’en était pas à son premier coup d’essai du genre. En effet, le président tunisien avait déjà étalé sa capacité à passer de la défiance au silence en un temps record, l’été dernier, juste avant l’arrivée de Massad Boulos dans sa capitale. En comparaison à ses critiques faites à Israël, il avait eu une réaction très contrastée, se limitant à la remise de photos d’enfants gazaouis victimes de la guerre à l’émissaire de la Maison Blanche.

Les Etats-Unis étant le principal fournisseur en armes d’Israël, et étant donc aussi condamnable que ce dernier dans sa guerre menée à Gaza, davantage de fermeté était attendu de Kaïs Saïed pour exprimer sa désapprobation de l’inconditionnalité de l’aide de Washington apportée à Tel Aviv. Au lieu de cela, le dirigeant tunisien a préféré faire patte blanche, par peur de froisser l’un de ses principaux partenaires financiers de ces dernières années.

Le président tunisien reçoit le chef de la diplomatie iranienne, le 10 septembre 2025, au Palais de Carthage.

Derrière ses apparences souverainistes, le régime tunisien a fini par entamer sa crédibilité, à cause, notamment, de sa crise socio-économique qui perdure. Encore plus dépendante de l’Algérie qu’autrefois, il est, en réalité, devenu plus neutre qu’autre chose, au vu de son incapacité répétée à matérialiser son idéologie par des actes concrets. Vu ce qu’il montre envers l’Iran, il lui sera difficile de regagner en crédibilité sous l’ère de son homme fort actuel.

Paul-Patrick Tédga

MSc in Finance (Johns Hopkins University – Washington DC)

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