La visite du pape en Afrique laisse cours à beaucoup de conjectures. En Algérie où il a commencé son périple de trois jours, lundi, 13 avril, on parle du dialogue entre les religions, mais, on ne se pose pas la question de la profondeur de celui-ci et encore moins de sa sincérité. Au Cameroun où il va continuer son périple, on lui demande de faire la réconciliation entre les personnes d’un même pays qui peinent à dialoguer ensemble. Bref, c’est comme si on se mentait à soi-même.
Le vernis du dialogue interreligieux
On invoquera le dialogue entre islam et christianisme. Argument attendu, presque automatique. Mais, de quel dialogue parle-t-on, lorsque celui-ci peine déjà à exister au sein même de la société ? Sans liberté réelle, le dialogue n’est qu’un mot — et parfois un alibi (sur notre photo, l’arrivée du souverain pontife lundi 13 avril à Alger où il est accueilli par le président Abdelmadjid Tebboune).
Une normalisation sous couvert de spiritualité
Au-delà des discours, la réalité est plus rugueuse : Une telle visite offre une forme de légitimation internationale. Elle installe un régime contesté dans une normalité diplomatique que beaucoup de ses citoyens contestent précisément.
La diplomatie vaticane à l’épreuve
Au nom de sa tradition, le Vatican parle à tous. Mais, cette posture a un prix : Celui du flou. A force de refuser de trancher, la frontière entre présence et complaisance devient dangereusement mince.
Géopolitique et intérêts silencieux
Dans un pays au cœur d’enjeux énergétiques et stratégiques majeurs, la naïveté n’a pas sa place. La diplomatie spirituelle n’évolue jamais en dehors des rapports de force et des intérêts.

Une parole morale en risque d’instrumentalisation
Dès lors, une question dérangeante s’impose : Que vaut encore une parole morale si elle s’expose à être utilisée comme caution ? Peut-elle éclairer si elle évite de confronter ?
Quand le sacré couvre le pouvoir
Quand la religion s’approche trop du pouvoir, elle cesse de le questionner. Elle le protège, parfois, malgré elle.
Un signal, pas un simple déplacement
Ce qui se joue, ici, dépasse une visite officielle.
C’est un signal politique, symbolique, stratégique.
Et il mérite d’être interrogé sans indulgence.
Dr Lahcen Benchama





