Dans les arcanes du pouvoir en Afrique, certaines habitudes ont la peau dure. En particulier, celle de vouloir modifier la Constitution afin de demeurer au pouvoir. Bien que décriée partout, cette tendance parvient à résister à l’épreuve du temps, la faute peut-être à la capacité de certains leaders du continent africain à se maintenir en poste, malgré les fortes secousses qu’ils endurent au passage. La Mauritanie en est à ce stade, elle qui a à sa tête le général, Mohamed Ould Cheikh Ghazouani.
Alors que les prochaines élections présidentielles mauritaniennes n’auront, en théorie, pas lieu avant juin 2029, des voix invitent, déjà, l’actuel chef de l’Etat à briguer un troisième mandat consécutif (sur notre photo, l’actuel chef de l’Etat entend bien se succéder à lui-même). Mais, ces appels publics, qui interviennent deux ans à peine après sa réélection de 2024, ne sont pas du goût de toute la classe politique. En effet, en dépit de son influence minime dans la gestion du pays, l’opposition a, d’ores et déjà, mis en garde la majorité au pouvoir.
Pour elle, la simple allusion à une éventuelle révision de la Constitution mauritanienne relève de la pure provocation. Conviée à un dialogue national sur plusieurs questions faisant polémique, la coalition des partis d’opposition a demandé au président, El Ghazouani, d’intervenir, directement, auprès de sa mouvance pour faire retirer de l’ordre des sujets celui des mandats. Une doléance que le leader mauritanien a jugé irrecevable, et qui en dit long sur ses propres intentions.
Face à l’impasse politique qui se profile à l’horizon, le coordinateur du dialogue national, Moussa Fall, et la présidence de la République devront trouver comment attirer la partie adverse à la table des négociations. C’est certainement en anticipation de cette hostilité que les parlementaires de la mouvance présidentielle ont préféré aborder la question d’un troisième mandat trois ans avant la fin du second et dernier mandat de Mohamed Ould Cheikh Ghazouani.

Au vu des déclarations de certaines figures de l’opposition, il est, pour l’heure, difficile d’imaginer un quelconque rapprochement entre les deux bords de l’échiquier politique mauritanien. Certains opposants considérant que le chef de l’Etat a usé de son pouvoir pour transformer l’Etat en un pourvoyeur de marchés de privilèges, d’autres le soupçonnant de ne même pas vraiment vouloir de concertation. La suite de ce bras de fer s’annonce intéressante.
Paul-Patrick Tédga
MSc in Finance (Johns Hopkins University – Washington DC)





