On ne se doutait pas que les conséquences de la brouille entre Paris et Alger iraient jusqu’à toucher l’enseignement du français et ce qui va avec. L’enseignement du français est, donc, en chute libre dans les établissements scolaires algériens, ce qui n’est pas neutre. La mauvaise passe politique entre la France et l’Algérie y est pour quelque chose. Entre autres griefs, la France a reconnu la marocanité du Sahara Occidental, constituant une grosse pomme de discorde pour sa diplomatie en Algérie. Il faudra réparer les pots cassés, ce qui sera loin d’être simple. L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) n’est pas en reste. Si l’Algérie n’a jamais adhéré à l’OIF, le Maroc, la Tunisie (et même l’Egypte) en sont de distingués membres : l’Egypte abrite même l’Université Léopold Sédar Senghor, à Alexandrie, créée en 1989, par une décision de chefs d’Etat et de gouvernement, qui propose une trentaine de programmes de master dans des domaines comme la culture, l’environnement, le management de la santé, etc.
En 2023, le gouvernement algérien avait introduit l’enseignement de l’anglais en troisième année de primaire, aux côtés du français, langue historiquement enseignée aux enfants algériens. En 2025, le volume horaire de ces deux langues est devenu strictement identique. Et voici, désormais, qu’il faudra que les petits Algériens attendent la quatrième année de primaire pour pouvoir choisir le français.
Sous couvert de rapports pédagogiques qui pointaient des risques de confusion entre les deux langues, pour des écoliers peu habitués à l’alphabet latin, le gouvernement algérien est soupçonné de mener une offensive plus profonde contre la francophonie en Algérie. La stratégie utilisée à cet effet est souterraine.
On apprend, par exemple, que, depuis 2025, les cours de médecine, de pharmacie et de chirurgie dentaire, dans les universités algériennes, ne sont plus donnés en français mais en anglais. On souligne, également, une arabisation de l’administration, notant, en particulier, que de nombreux documents jusqu’ici rédigés en français sont, désormais, en arabe, ce qui est un autre signal faible de la désaffection volontaire du pouvoir algérien pour la langue de Molière.
A plusieurs reprises, le président, Emmanuel Macron, a soutenu que l’épicentre de la Francophonie se situait en Afrique centrale, précisément, sur les bords du fleuve Congo que sur les quais de la Seine. La République démocratique du Congo (RD Congo) avec ses 120 millions d’habitants (selon les estimations des Nations-Unies en 2026) est le pays francophone le plus peuplé du monde. On comprend donc que le choix soit aisé entre l’Algérie et la RD Congo.

Cela dit, le président algérien ne s’embarrasse pas de formules savantes. Son discours sur cette question est bien connu : La France serait responsable de tous les maux actuels de l’Algérie, du fait d’une colonisation atroce et cruelle. Un passé tellement lourd qui a du mal à être examiné autour d’une table, les coeurs n’étant pas apaisés. La passion prend toujours le dessus. Mais, il faudra bien y parvenir un jour.
En attendant cette hypothétique et lointaine date, l’Algérie continue, peu à peu, à réduire l’enseignement du français dans le système scolaire en peau de chagrin tandis que les ministres français de l’Education successifs poussent, depuis Najat Vallaud-Belkacem, pour qu’on enseigne l’arabe à l’école française. C’est toute une différence d’approche, de degré et de niveau : D’un côté, l’Algérie se ferme à l’enseignement du français et de l’autre, la France, s’ouvre à l’enseignement de l’arabe au nom de son ouverture à l’international.





