Le 25 juillet 2026, le capitaine, Ibrahim Traoré, a inauguré le barrage de Pô-Kapro, dans la commune de Pô située dans la région du Centre-Sud du Burkina Faso. Cet ouvrage, d’une capacité de plus d’un million de mètres cubes, a été réalisé en seulement huit mois par l’Office national des barrages et des aménagements hydro-agricoles (ONBAH), grâce aux ressources propres de l’Etat burkinabè. Son objectif est de développer durablement l’agriculture, le maraîchage, l’élevage et la pêche, tout en améliorant les conditions de vie des populations du Nahouri.
Cette réalisation constitue un symbole fort de ce que peut accomplir un Etat lorsque ses dirigeants placent réellement l’intérêt général au-dessus des calculs politiques et des intérêts particuliers. Pendant plus de soixante ans, les populations de cette région ont attendu la construction de ce barrage. Gouvernements après gouvernements, les promesses se sont succédé sans jamais être concrétisées. Il aura fallu l’arrivée du capitaine, Ibrahim Traoré, pour que ce projet, longtemps considéré comme une chimère, devienne enfin une réalité (sur notre photo, il dévoile le panneau qui immortalise le site).
Le barrage de Pô-Kapro rappelle une vérité souvent oubliée en Afrique : La conquête du pouvoir n’a de sens que lorsqu’elle permet d’améliorer concrètement le quotidien des citoyens. Gouverner ne consiste pas uniquement à organiser des cérémonies officielles, à multiplier les discours ou à rechercher des soutiens internationaux. Gouverner, c’est construire des écoles, des hôpitaux, des routes, des barrages, des centres de santé, des infrastructures agricoles et tout ce qui permet aux populations de vivre dignement.

Dans de nombreux pays africains, les populations continuent malheureusement de manquer d’eau potable, d’électricité, de routes praticables, de soins de santé ou encore d’écoles convenables, plusieurs décennies après les indépendances. Pourtant, les élites politiques ont souvent privilégié leur enrichissement personnel, le clientélisme et les querelles de pouvoir au détriment des investissements structurants. Le barrage de Pô-Kapro apparaît comme le contre-exemple de cette mauvaise gouvernance qui a longtemps freiné le développement du continent.
Cette réalisation témoigne, également, d’une volonté politique de renforcer la souveraineté alimentaire du Burkina Faso. En garantissant une meilleure disponibilité de l’eau, le barrage permettra d’accroître les productions agricoles tout au long de l’année, de réduire la dépendance alimentaire, de créer des emplois pour les jeunes et d’améliorer les revenus des producteurs. Dans un contexte marqué par les changements climatiques et l’insécurité, investir dans la maîtrise de l’eau constitue un choix stratégique.
Le mérite du président du Faso me semble d’autant plus grand qu’il conduit ces politiques de développement dans un environnement extrêmement difficile. Depuis plusieurs années, le Burkina Faso fait face à une menace terroriste qui a provoqué des milliers de morts, déplacé des centaines de milliers de personnes et profondément perturbé l’activité économique. Malgré cette guerre imposée au pays, les autorités continuent de réaliser des infrastructures, de soutenir la production nationale et d’engager des projets structurants. Cela démontre qu’il est possible de lutter simultanément contre l’insécurité et de préparer l’avenir. Il est vrai que cette lutte contre le terrorisme mobilise des ressources humaines, financières et matérielles considérables. Pourtant, loin de renoncer au développement, les autorités burkinabè ont choisi de poursuivre les investissements publics. Ce choix mérite d’être souligné car la sécurité et le développement sont étroitement liés : Une population qui retrouve l’espoir grâce aux infrastructures, au travail et à une amélioration de ses conditions de vie devient également plus résistante face aux entreprises de déstabilisation.
Les pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) évoluent dans un contexte où les défis sécuritaires demeurent immenses. C’est pourquoi nombreux sont ceux qui estiment que la priorité actuelle est d’assurer la sécurité des territoires, de protéger les populations et de restaurer pleinement l’autorité de l’Etat. Sans sécurité, aucune politique de développement ne peut produire durablement ses effets. Sans sécurité, les écoles ferment, les centres de santé cessent de fonctionner, les marchés sont désertés et les agriculteurs abandonnent leurs champs.

Le barrage de Pô-Kapro montre que l’action publique peut retrouver son efficacité lorsqu’elle est guidée par une vision de long terme et par la volonté de servir la nation. L’Histoire retiendra peut-être moins les discours que les réalisations concrètes. Les populations du Nahouri se souviendront longtemps que ce barrage, attendu depuis l’indépendance, a finalement vu le jour en 2026. Elles mesureront ses effets à travers l’augmentation des récoltes, l’amélioration des revenus, le développement de la pêche, la disponibilité de l’eau et les nouvelles perspectives offertes aux générations futures.
En un mot, le barrage de Pô-Kapro constitue un exemple de ce que devrait être l’exercice du pouvoir en Afrique : Un pouvoir conçu comme un service rendu au peuple, orienté vers la satisfaction des besoins fondamentaux et la construction de la souveraineté nationale. Les défis restent nombreux pour le Burkina Faso et pour l’ensemble des pays de l’AES. Mais, lorsqu’un Etat parvient, malgré les difficultés, à construire des infrastructures utiles à sa population tout en poursuivant la lutte contre le terrorisme, il envoie un message fort : Le développement et la sécurité ne sont pas des objectifs incompatibles, mais les deux piliers indispensables d’un avenir durable.
Jean-Claude Djéréké
est professeur de littérature à l’Université de Temple (Etats-Unis)





