COTE D’IVOIRE : Pour qui gouverne Alassane Ouattara ? (Pas pour les Ivoiriens dans tous les cas !)

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Le prix du litre d’essence en Côte d’Ivoire est désormais fixé à 905 F CFA. Ce chiffre, à lui seul, résume le malaise que vivent de nombreux ménages ivoiriens. Le carburant est un produit stratégique : Lorsqu’il augmente, ce sont les coûts du transport, des denrées alimentaires, des matériaux de construction et de presque tous les biens de consommation qui augmentent à leur tour. 

Cette situation est d’autant plus difficile à comprendre que plusieurs pays voisins affichent des prix nettement inférieurs. Le litre d’essence coûte environ 499 F CFA au Niger, 725 F CFA au Bénin et au Togo, 850 F CFA au Burkina Faso, 875 F CFA au Mali et 785 F CFA en Guinée.  Pourquoi les Ivoiriens devraient-ils payer leur carburant plus cher que la plupart de leurs voisins, alors que la Côte d’Ivoire est souvent présentée comme l’une des économies les plus dynamiques de la sous-région ?

Pourtant, il est déjà arrivé que les Ivoiriens manifestent leur opposition à des hausses bien moins importantes. Entre juillet 2008 et avril 2009, après plusieurs baisses successives du prix du carburant, le litre d’essence était remonté à 775 F CFA. Cette augmentation avait provoqué une grève des transporteurs, signe que le coût du carburant est une question extrêmement sensible parce qu’il touche directement les conditions de vie des populations. Que disent les propriétaires et conducteurs de gbakas, de taxis et de cars, aujourd’hui ?

Dans le même temps, d’autres problèmes continuent d’alimenter le sentiment d’injustice. Les révélations portant sur …39 milliards de F CFA (pas moins) détournés dans les services des impôts montrent que les ressources publiques ne sont pas toujours protégées avec la rigueur nécessaire. Chaque franc perdu dans la corruption ou les détournements est un franc qui ne sert ni à améliorer les routes, ni à construire des écoles, ni à renforcer les hôpitaux, ni à soutenir le pouvoir d’achat des citoyens.

A cela s’ajoutent les déclarations de Beugré Mambé (le premier ministre, ndlr) selon lesquelles les entreprises françaises installées en Côte d’Ivoire paient leurs impôts au Trésor français. Or, comme chacun le sait, un Etat ne peut durablement financer son développement si les richesses produites sur son territoire ne contribuent pas pleinement au financement de ses politiques publiques.

Le premier ministre, Robert Beugré Mambé, déclare urbi et orbi que les entreprises françaises implantées en Côte d’Ivoire paient leurs impôts au trésor public français. Il donne raison à Afrique Education qui affirme régulièrement que la direction actuelle du pays a été installée en 2011 pour servir les intérêts étrangers.

Au lieu de mener une lutte implacable contre la fraude fiscale, au lieu de mieux gérer les finances publiques, au lieu de baisser le coût de la vie, au lieu d’engager des réformes capables d’améliorer durablement les conditions d’existence des populations, le régime préfère privilégier des manifestations festives destinées à distraire une jeunesse confrontée au chômage, à la précarité et au manque de perspectives. A Yopougon, au terminus du bus 47, du show et de la boisson sont offerts gratuitement. Beaucoup se demandent si ce type d’action ne constitue pas un moyen de détourner l’attention des difficultés quotidiennes. Cette stratégie rappelle l’ancienne formule latine panem et circenses — « du pain et des jeux du cirque ». Dans la Rome antique, certains empereurs distribuaient de la nourriture et organisaient des spectacles afin de maintenir la population dans une relative satisfaction et d’éviter les contestations politiques. Cette référence historique invite à réfléchir sur la responsabilité des gouvernants : un Etat moderne ne peut durablement remplacer des politiques publiques ambitieuses par des animations ponctuelles ou des spectacles.

La véritable mission d’un gouvernement consiste à créer des emplois, à garantir une justice fiscale, à protéger les ressources publiques, à favoriser l’investissement productif et à améliorer le niveau de vie des citoyens. Certes, les loisirs ont leur place dans une société équilibrée, mais, ils ne sauraient masquer les difficultés économiques ni remplacer les réformes attendues.

Au-delà des slogans et des discours, ce sont les conditions de vie des Ivoiriens qui doivent demeurer le principal critère d’évaluation de toute action gouvernementale. Car un pouvoir qui améliore réellement le quotidien de son peuple n’a pas besoin de divertir les citoyens pour obtenir leur confiance.

Jean-Claude Djéréké

est professeur de littérature à l’Université de Temple (Etats-Unis)

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