MAROC : Quel bilan pour la municipalité d’Agadir ?

Date

A l’approche des élections, les bilans municipaux vont inévitablement se retrouver au cœur des débats. Chaque camp cherchera à mettre en avant ses réussites, tandis que ses adversaires insisteront sur les insuffisances, les retards ou les promesses non tenues. C’est le jeu normal de la démocratie.

Mais, encore faut-il que le jugement porté sur les élus repose sur une appréciation honnête de leur action et sur une connaissance réelle des contraintes auxquelles ils ont été confrontés. Une municipalité ne peut évidemment pas tout faire, pas plus qu’elle ne peut être tenue responsable de décisions qui relèvent de l’Etat ou d’autres collectivités.

Le cas d’Agadir mérite, à cet égard, une attention particulière. La ville a connu, ces dernières années, d’importants chantiers de transformation, dans un contexte national et international particulièrement difficile. Il convient donc d’examiner ce qui a été réalisé, ce qui reste à faire et ce qui peut légitimement être reproché aux responsables locaux, sans complaisance mais sans procès d’intention (sur notre photo, le premier ministre et non moins élu d’Agadir sur ses terres d’Agadir).

C’est à cette condition que le bilan des élus peut devenir un véritable exercice démocratique : Juger sur les faits plutôt que sur les slogans.

Une conjoncture particulièrement difficile

Il serait toutefois réducteur d’évaluer l’action des responsables publics sans tenir compte du contexte dans lequel ils ont gouverné.

Après la crise sanitaire du Covid-19, le Maroc a dû faire face aux conséquences économiques de la guerre russo-ukrainienne, à l’envolée des prix de l’énergie et de certains produits alimentaires, aux effets du changement climatique et à plusieurs années de sécheresse.

Un paysage emblématique d’Agadir dont la beauté naturelle accompagne aujourd’hui une profonde transformation urbaine.

A ces difficultés s’est ajoutée, en 2026, la nouvelle crise au Moyen-Orient avec la guerre opposant les Etats-Unis et Israël à l’Iran, dont les conséquences sur les marchés énergétiques, les transports et les prix internationaux sont déjà perceptibles.

Dans ces conditions, il serait injuste de mesurer l’action des élus uniquement à l’aune des promesses formulées avant leur élection.

Agadir : un chantier de transformation urbaine

Le cas d’Agadir est particulièrement intéressant.

Aziz Akhannouch, président du RNI et chef du gouvernement, a été élu en septembre 2021 président du Conseil communal d’Agadir avec 51 voix sur 61. Le RNI avait obtenu 29 des 61 sièges du conseil communal.⁠

Depuis, la ville s’inscrit dans une dynamique de transformation qui dépasse d’ailleurs la seule action du conseil communal. Le Programme de développement urbain d’Agadir 2020-2024 avait prévu 94 projets structurants, pour une enveloppe globale de 6,2 milliards de dirhams, concernant notamment les infrastructures, la mobilité, la santé, l’éducation, le sport et la culture.⁠

Le Plan d’action communal 2022-2027 s’inscrit dans cette continuité, avec l’ambition affichée de poursuivre la transformation de la ville et d’améliorer les services et le cadre de vie des habitants. ⁠

Il est donc difficile de nier que des changements importants sont intervenus dans le paysage urbain d’Agadir. Mais, il serait tout aussi excessif d’attribuer l’ensemble de ces réalisations à la seule municipalité : Certains projets relèvent de programmes nationaux ou partenariaux mobilisant l’Etat, la région, la commune et d’autres institutions.

Des résultats à reconnaître, des critiques à entendre

Au niveau national, les pouvoirs publics ont également dû gérer des situations particulièrement difficiles : Sécheresse, stress hydrique, conséquences de catastrophes naturelles et soutien à certains secteurs économiques fragilisés.

La situation des barrages illustre d’ailleurs une évolution récente importante. Les fortes précipitations enregistrées durant la campagne 2025-2026 ont permis une nette amélioration du niveau des réserves : Le taux national de remplissage avait atteint 71,6 % au 16 mars 2026, contre 34,8 % un an auparavant. ⁠

Cela ne signifie évidemment pas que tous les problèmes sont résolus. La question de l’eau demeure structurelle et impose des investissements considérables ainsi qu’une gestion rigoureuse de la ressource.

De même, certaines décisions publiques peuvent légitimement faire l’objet de critiques. Le programme d’aide destiné à la reconstitution du cheptel, par exemple, a suscité des interrogations et des controverses politiques. Mais, l’existence d’une controverse ou d’une erreur éventuelle ne saurait, à elle seule, conduire à condamner indistinctement l’ensemble des responsables publics. ⁠

Du drapeau national aux couleurs du monde : Agadir affirme son identité tout en cultivant son ouverture internationale.

L’électeur a le droit de juger

Il ne s’agit donc ni de dresser un bilan complaisant ni de chercher à exonérer les élus de leurs responsabilités.

L’électeur a parfaitement le droit de demander des comptes : Sur les promesses réalisées ou non réalisées, sur la qualité des services publics, sur la gestion financière, sur les choix d’investissement et, surtout, sur l’efficacité réelle des politiques mises en œuvre.

Mais, le jugement doit être fondé sur des faits et tenir compte des compétences réelles de chaque niveau de responsabilité. Une commune ne dispose pas des mêmes prérogatives ni des mêmes moyens qu’un gouvernement, pas plus qu’une région ne peut être assimilée à une administration centrale.

Gouverner, c’est aussi accepter la critique

La démocratie locale ne consiste pas à applaudir systématiquement les élus, pas plus qu’elle ne consiste à les condamner systématiquement.

Il y a eu des réalisations, il y a des retards, il y a probablement des erreurs et il y a certainement encore beaucoup à faire. C’est précisément le rôle de l’évaluation démocratique que de distinguer les unes des autres.

Qui peut prétendre à la perfection, qu’il appartienne à la droite, au centre ou à la gauche ?

Gouverner n’est pas facile. Gérer une ville, encore moins. Et aucun responsable public n’est à l’abri de la critique.

Mais, la critique n’a de véritable portée que lorsqu’elle s’appuie sur les faits, compare les résultats aux engagements et tient compte des contraintes auxquelles les élus ont réellement été confrontés.

A l’approche des élections, c’est sans doute cette exigence d’objectivité qui devrait prévaloir : Ni complaisance envers les élus, ni procès systématique ; simplement un bilan, des faits et un jugement citoyen.

Dr Lahcen Benchama.

More
articles

Laisser un commentaire

×
×

Panier