CENTRAFRIQUE : La réconciliation nationale passe-t-elle par Kampala la très lointaine capitale ougandaise ?

Date

Tous les chemins mènent à Rome, a-t-on coutume de dire, pour expliquer qu’il existe plusieurs manières d’atteindre un but. En est-il de même pour ce qui est la paix en Centrafrique ? Le pays (ou si l’on veut être précis ce non-pays de la CEMAC) avec ses indignes fils qui l’ont rendu invivable, aidé par l’incompétence de ses dirigeants d’aujourd’hui et d’hier, va-t-il faire retourner Boganda dans sa tombe par un exploit inédit ? Toujours est-il que, sans doute, piqués par un sentiment de honte et par d’incessants remords pour leurs horreurs passés qui ne grandissent nullement les « généraux » d’opérette qu’ils disent, tous, être, ils viennent de jurer, depuis Kampala où ils étaient réunis avec les représentants du pouvoir, d’aller à la réconciliation. Omniprésent, François Bozizé qui passe pour être le protégé de Yoweri Museveni ne pouvait pas manquer à l’appel.
La réalité, elle, ne change pas : 14 départements sur 16 sont, toujours et encore, sous le contrôle des rebelles, qui réussissent, ainsi, un chantage sans nom sur une MINUSCA dont la présence se justifie de moins en moins au regard de sa légendaire inefficacité sur le terrain.

Les généraux Nourredine Adam (FPRC), Abdoulaye Hissène (FPRC), Ali Darass (UPC), Maxime Mokom (Anti-Balaka), Mahamat Al-Katim (MPC), Zakaria Damane (RPRC), ont pondu une déclaration à l’issue de la réunion de Kampala, il y a quelques jours, sur la question de la Réconciliation. Le conseiller du président de la République en matière de DDRR, le colonel Noël Bienvenu Selesson a, également, participé à cette réunion dont la médiation est assurée comme par hasard par le Tchad et le Soudan, deux principaux déstabilisateurs du Centrafrique. Quel retournement de situation !

François Bozizé (notre photo) dont l’influence qu’il continue d’exercer dans son pays, reste notable, est-il la personne qui occulte les visées de Yoweri Museveni en Afrique centrale ? Ce dernier souhaiterait, en effet, avoir la mainmise sur la RDCongo ou partie de ce pays. Cet objectif qui date de 1997 quand Laurent-Désiré Kabila entrait dans Kinshasa, n’a jamais disparu des tablettes de l’ex-guérillero. La tâche lui serait facilitée en basant ses soldats en Centrafrique d’où ils pourraient déstabiliser le pouvoir de Kinshasa depuis l’Equateur. On souhaiterait toutefois savoir le type de langage qu’il tiendrait à Bozizé (qui rêve de revenir au pouvoir) pour que ce dernier dispose d’un gîte et d’un couvert à faire pâlir de jalousie d’autres rebelles centrafricains. Après tout, n’a-t-il pas été chef d’Etat pendant dix ans ? Cela dit, Bozizé n’est pas seul à tirer son épingle du jeu.

Preuve que les J. Wilybiro Sako, A. Nahayo et le chef de cette délégation, B. Nebié, n’ont pas effectué le déplacement de Kampala pour rien, ils ont réussi à faire admettre la légitimité du président, Faustin Archange Touadera, aux rebelles. C’est inespéré pour le pouvoir car les rebelles la lui contestaient pour certains d’entre eux, depuis son investiture en 2016. Mais chose bizarre : Bozizé qui alimenterait en partie la rébellion anti-balaka n’a pas signé même si une des tendances représentée par le général Mokom l’a fait.

Les rebelles renoncent (provisoirement ?) à la lutte armée et aux affrontements pour laisser la place aux négociations pacifiques et au dialogue politique supervisés par le Tchad et le Soudan, sous la surveillance de la France et de la Russie, une apparition dans le dossier centrafricain qui énerve Paris au plus haut point. Une bataille (pas la guerre) gagnée par le président Touadera.

Autre annonce qui a de quoi surprendre : les rebelles vont, désormais, collaborer et coopérer avec les FACA (ou ce qui en tient lieu) dans leurs zones de commandement pour permettre le déploiement progressif de l’armée nationale dans le pays. Quid de la présence des rebelles qui accepteraient de se saborder dans l’espoir de leur intégration au sein des mêmes FACA dans le cadre du DDRR qui ne voit toujours pas le jour ?

Toutefois, les rebelles restent inflexibles sur le financement de leur mouvement, d’où le point 7 de leur déclaration qui énonce : « Les parties s’engagent à promouvoir et respecter la libre circulation des personnes et des biens, l’établissement d’une fiscalité régulière et équitable, l’extraction légale et le traitement des ressources naturelles et minérales ainsi que la normalisation du processus budgétaire conformément aux principes de la bonne gouvernance et de la répartition juste et équitable des biens publics prévus dans la constitution et la loi de décentralisation ».

On comprend, aisément, que tant que le nerf de la guerre des rebelles ne sera pas coupé, le pouvoir centrafricain aura du mal à contrôler ne serait-ce que la partie sous contrôle du pays que la transition avait laissée au nouveau pouvoir démocratiquement élu.

Envie d’accéder aux contenus réservés aux abonnés ?

More
articles

×
×

Panier