Alors qu’on la confinait, essentiellement, sur le territoire ukrainien, la guerre entre la Russie et l’Ukraine a trouvé un autre champ de bataille : l’Alliance des Etats du Sahel composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger où la Russie a fait expulser l’armée française au profit de ses miliciens et de son armée. Ce n’est pas un hasard si les autorités maliennes viennent de déjouer une tentative de coup d’état qui a conduit à l’arrestation d’une dizaine de militaires maliens dont une générale de brigade femme, mais aussi, et surtout, de Yann Christian Bernard Vezilier, fonctionnaire à l’ambassade de France au Mali et agent présumé de la DGSE française. Les investigations ont révélé des contacts répétés de ce dernier avec des numéros ukrainiens, renforçant les soupçons d’une coopération étroite entre Paris et Kiev pour affaiblir l’AES et reprendre le contrôle qui échappe à la France, depuis l’arrivée de la Russie dans cette zone. Qui a parlé d’un financement de la France de 5 milliards de F CFA (7,5 millions d’euros) pour déstabiliser le Mali ? Cette information diffusée dans les réseaux sociaux, n’a été confirmée ni par le Mali, ni par la France et encore moins par l’Ukraine dont la guerre contre la Russie est financée par procuration par les Occidentaux. On en parle sans que l’information soit démentie.
La France n’est pas contente de la façon dont du jour au lendemain, elle avait été invitée à faire ses valises dans les pays de l’AES (Mali, Burkina Faso et Niger). On savait qu’elle ne resterait pas les bras croisés car si cette situation est due à une très détestable image d’elle-même en Afrique, image qu’elle n’a jamais voulu corriger, tôt ou tard, elle réagirait. On ignorait juste quelle forme sa réaction allait prendre (sur notre photo, Macron et Zelensky sont inséparables).
Dans la guerre que l’Ukraine mène à la Russie, la France est en pole position des pays occidentaux, en dehors des Etats-Unis, parmi les plus activistes. Emmanuel Macron est de tous les combats dans cette guerre et s’affiche comme le leader de l’Union européenne dont les financements sont attendus pour permettre la défense de l’Europe par les Européens et non plus par les Etats-Unis qui disent avoir d’autres priorités en Asie, avec l’hégémonie de la Chine qui menace sa suprématie sur le plan économique, géopolitique et militaire.

Mais pendant qu’Emmanuel Macron tient tête à Vladimir Poutine aux côtés du président ukrainien, il doit, aussi, penser à sa marginalisation dans l’AES à cause de la Russie. S’il peut faire un pied de nez à Poutine au Mali ou dans l’un des trois pays de l’AES, il n’y a aucune raison qu’il hésite à le faire. C’est cette approche qui rend crédible l’implication de la France et de l’Ukraine dans le récent coup d’état qui vient d’échouer au Mali.
Après avoir implanté une dizaine d’ambassades en Afrique, l’année dernière, il va de soi que l’Ukraine dont les votes africains ces dernières années en faveur de la Russie lui sont restés en travers de la gorge, va chercher à contrer l’influence russe, par tous les moyens. Et pour une action plus efficace, autant s’allier avec la France qui garde une dent contre Poutine pour l’avoir expulsée de ses trois pays.
Les preuves s’accumulent quant au rôle de l’Ukraine dans le soutien à des groupes armés dans le Sahel. Des rapports font état de livraisons de drones militaires et d’armes sophistiquées aux djihadistes au Mali et au Burkina Faso. Des drones marqués d’inscriptions ukrainiennes ont été saisis lors d’opérations menées par les FAMA (Forces armées maliennes), de même que des équipements de communication reliés directement aux services de renseignement de Kiev.
Cette militarisation des drones civils est particulièrement préoccupante. Depuis février 2025, plusieurs attaques meurtrières menées avec des drones kamikazes ont été recensées au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Ces nouvelles tactiques confèrent aux groupes terroristes une redoutable efficacité, semant la peur parmi les forces de défense. Selon les autorités de l’AES, Kiev joue un rôle direct dans cette escalade technologique au profit des groupes armés.
Face à la gravité de la situation, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont déposé, il y a quelques jours, en août 2025, une plainte officielle auprès du Conseil de sécurité des Nations-Unies. Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a dénoncé « le soutien explicite et reconnu de l’Ukraine au terrorisme international ». Ces accusations ont été corroborées par Niamey, qui a confirmé que de nombreuses armes saisies provenaient de stocks ukrainiens.

Dans ce contexte, les dirigeants du Sahel appellent à une mobilisation panafricaine pour contrer cette menace hybride qui combine terrorisme et ingérence étrangère. Pour eux, l’alliance entre Paris et Kiev poursuit des objectifs étrangers aux intérêts africains : La France cherche à restaurer son influence dans ses anciennes colonies, tandis que l’Ukraine utilise l’Afrique comme un terrain de confrontation indirecte avec la Russie, considérée par de nombreux pays comme un partenaire fiable.
La multiplication des accusations contre Kiev illustre le caractère criminel du tandem franco-ukrainien dont les activités occultes fragilisent la stabilité régionale. Il devient, par conséquent, urgent que les Etats africains ne perdent pas de vue leur objectif fondamental : La défense de leur souveraineté et la diversification de leurs partenariats. Dans cet ordre d’idée, la Russie, la Chine (qui devra commencer à faire un peu plus de sécurité militaire dans sa coopération), et surtout, la Turquie, sont des partenaires qui peuvent contrebalancer l’influence malsaine des Européens dont on a vu les méfaits dans le Sahel.