DIOMAYE-SONKO : deux ans de pouvoir, deux ans de divisions et de désillusions

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Sur le plan économique, les résultats restent décevants. Les discours sur la relocalisation des filières stratégiques, comme l’agriculture ou l’énergie, n’ont pas encore produit les effets attendus. Les initiatives lancées manquent de cohérence et de moyens, laissant les Sénégalais face à une dépendance économique toujours aussi pesante. L’idée d’une monnaie nationale, souvent, évoquée en campagne, n’a pas dépassé le stade des discussions théoriques, sans aucune perspective concrète de réalisation. Les citoyens attendaient des transformations radicales, mais, se retrouvent avec des mesures superficielles, incapables d’améliorer leur quotidien.

La justice sociale, autre promesse phare, est, elle aussi, en demi-teinte. L’augmentation du salaire minimum, bien que saluée, n’a pas suffi à améliorer significativement le pouvoir d’achat, surtout dans un secteur informel qui emploie la majorité des travailleurs. Les hôpitaux publics, malgré les annonces, continuent de souffrir de pénuries de médicaments et de personnel, laissant les populations les plus fragiles sans accès à des soins de qualité. Les inégalités, loin de se résorber, semblent même s’aggraver, creusant davantage le fossé entre les élites et le reste de la population (sur notre photo, Bassirou Diomaye Faye dans les bras d’Emmanuel Macron le 27 août 2025 à l’Elysée : Une photo qui a été critiquée au PASTEF par les participants d’Ousmane Sonko).

La lutte contre la corruption, pourtant, présentée comme une priorité absolue, est peut-être le domaine où la déception est la plus profonde. Quelques arrestations médiatisées ont eu lieu, mais, les procédures judiciaires traînent en longueur, alimentant les doutes sur la volonté réelle de rompre avec les pratiques du passé. Les marchés publics, malgré les promesses de transparence, restent opaques, et les contrats juteux continuent d’être attribués dans l’ombre, sans véritable contrôle. La corruption, loin d’être éradiquée, semble simplement avoir changé de visage.

Mais, c’est surtout, la division croissante entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko qui inquiète. Leur alliance, qui avait symbolisé l’espoir d’une nouvelle ère politique, se fissure sous le poids des divergences stratégiques et des ambitions personnelles. Cette désunion, loin d’être anecdotique, instaure une instabilité politique préjudiciable à la gouvernance du pays. Les décisions se prennent dans un climat de méfiance, les priorités semblent floues, et les citoyens assistent, impuissants, à un spectacle de divisions qui affaiblit leur confiance dans les institutions.

La gouvernance, déjà critiquée pour son manque d’ouverture, en pâtit davantage. Les décisions se prennent dans un cercle restreint, éloignant toujours plus les citoyens des processus décisionnels. Les voix critiques, qu’elles émanent de journalistes ou d’opposants, sont de plus en plus souvent muselées, rappelant les méthodes des régimes précédents. Cette centralisation du pouvoir, couplée à une instabilité croissante, ne fait qu’aggraver la défiance d’une population déjà profondément désillusionnée.

La jeunesse sénégalaise demande à être prise en considération par les gouvernants.

Face à ce constat, la société civile et l’opposition commencent à s’organiser. Les mobilisations se multiplient, portées par une jeunesse qui refuse de se résigner. Même au sein de la majorité présidentielle, des voix s’élèvent pour dénoncer l’éloignement des idéaux initiaux et l’absence de résultats concrets. Le mécontentement grandit, et avec lui, la crainte d’un retour à l’instabilité politique.

Deux ans après l’élection de Diomaye Faye, le bilan est sévère. Les promesses n’ont pas été tenues, et les espoirs de changement profond se sont heurtés à la réalité d’un système résistant, aggravé par une division au sommet qui mine toute crédibilité. Pourtant, malgré les désillusions, l’espoir persiste. La jeunesse sénégalaise, bien que déçue, continue de croire en la possibilité d’un Sénégal plus juste et plus indépendant. Mais, pour que cet espoir ne s’éteigne pas, il est urgent que les dirigeants écoutent enfin le peuple, au lieu de se contenter de le mobiliser lors des élections.

Le pouvoir actuel a encore une chance de se racheter, à condition de surmonter ses divisions internes et de placer l’intérêt général au-dessus des calculs politiques. Sinon, il risque d’être balayé par la prochaine vague de colère populaire, comme tant d’autres avant lui.

Samba Kara Ndiaye

Président du Parti NADEMS

sambakara@gmail.com

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