DUPLOMATIE ET SOUVERAINETE : Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno très (très) différent du Capitaine-président Ibrahim Traoré

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Le 28 novembre 2024, le Tchad annonçait, officiellement, la fin des accords de défense et de sécurité qui le liaient à la France. Cette décision avait été saluée par de nombreux Africains comme un acte de souveraineté et une volonté de redéfinir les relations entre les deux pays sur des bases nouvelles. Quelques semaines plus tard, le 30 janvier 2025, les derniers soldats français quittaient N’Djamena, mettant ainsi un terme à plusieurs décennies de présence militaire française sur le territoire tchadien.

Pour beaucoup d’observateurs, cette rupture constituait un tournant historique. Elle semblait inscrire le Tchad dans la dynamique de remise en cause des anciennes relations de dépendance entre la France et ses anciennes colonies, à l’image de ce qui s’était déjà produit au Mali, au Burkina Faso et au Niger. L’espoir était alors permis de voir émerger une politique étrangère davantage fondée sur les intérêts nationaux du Tchad plutôt que sur ceux des puissances étrangères (sur notre photo, Mahamat Idriss Déby est reçu en visite officielle en janvier 2024 à Moscou par Vladimir Poutine)

C’est pourquoi la visite de Mahamat Idriss Déby en France, le 29 janvier 2026, a suscité de nombreuses interrogations. Pourquoi effectuer un tel déplacement à peine un an après le départ des soldats français ? Quelles raisons pouvait justifier un rapprochement aussi rapide avec Paris ? Les autorités tchadiennes n’ont apporté que peu d’explications convaincantes, laissant place à toutes les interprétations.

Beaucoup estiment que cette visite n’avait pas pour objectif de défendre les intérêts du peuple tchadien. Les citoyens ordinaires n’avaient rien à gagner d’un tel revirement diplomatique. Les difficultés économiques, le chômage des jeunes, les défis sécuritaires et les besoins sociaux demeuraient les véritables priorités. Pourtant, la rencontre entre Mahamat Déby et Emmanuel Macron semblait répondre, avant tout, à des préoccupations liées à la stabilité du régime.

Deux ans après sa visite officielle à Moscou chez Vladimir Poutine, Mahamat Idriss Déby Itno s’est retrouvé à Paris, en janvier 2026 dans les bras d’Emmanuel Macron : Entre janvier 2024 et janvier 2026, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Mais Mahamat Idriss Déby Itno se garde d’en parler.

Après le départ des forces françaises, le Tchad avait cherché de nouveaux partenaires, notamment, la Turquie et les Emirats arabes unis. Si ces pays ont développé leur coopération avec N’Djamena, ils ne disposaient ni des mêmes capacités militaires ni du même dispositif aérien que la France. Aux yeux du pouvoir tchadien, cette différence pouvait représenter un facteur d’incertitude en cas de menace contre le régime.

Dans cette perspective, le rapprochement avec Paris apparaît moins comme une décision stratégique au service de la nation que comme une recherche de garanties pour la survie du pouvoir en place. Selon cette lecture, la France retrouverait, progressivement, une présence militaire au Tchad, notamment, sous la forme d’une base aérienne ou d’un dispositif de coopération renforcé, tandis que le régime bénéficierait, à nouveau, de l’appui sécuritaire français.

Une telle évolution pose naturellement la question de la cohérence politique. Peut-on proclamer son indépendance, dénoncer la présence militaire étrangère, puis, solliciter quelques mois plus tard, le retour du même partenaire qu’on avait renvoyé quelques mois plus tôt ? Une politique étrangère crédible suppose une certaine constance. Les changements de cap sont parfois nécessaires, mais, ils doivent être clairement expliqués et répondre à l’intérêt général.

Un dirigeant qui avance dans une direction avant de revenir rapidement sur ses propres décisions risque d’affaiblir sa crédibilité, tant auprès de son peuple qu’auprès de ses partenaires internationaux. Les relations internationales exigent de la prévisibilité. Les Etats recherchent des interlocuteurs dont les engagements sont stables et les choix lisibles.

C’est dans ce contexte que la décision du capitaine-président, Ibrahim Traoré, de ne pas participer, personnellement, au Sommet sur l’eau organisé à N’Djamena peut être interprétée comme un acte de prudence politique. En se faisant représenter par le président de l’Assemblée législative de transition, le Dr Ousmane Bougouma, le chef de l’Etat burkinabè a maintenu la participation de son pays tout en évitant de donner une portée politique excessive à une rencontre organisée dans un contexte diplomatique délicat.

Ce choix traduit une certaine cohérence avec la ligne politique défendue par les autorités burkinabè depuis plusieurs années. Le Burkina Faso affirme vouloir construire des partenariats fondés sur le respect mutuel, la souveraineté et la diversification de ses relations internationales. Dans cette logique, toute évolution susceptible de favoriser un retour de l’influence militaire française au Sahel est observée avec une grande vigilance.

La France, de son côté, n’a jamais caché son souhait de maintenir une influence importante sur le continent africain. Après les départs successifs de ses troupes du Mali, du Burkina Faso et du Niger, le Tchad représente un partenaire stratégique majeur en Afrique centrale et dans la bande sahélienne. Un rapprochement avec N’Djamena constituerait donc un atout important pour Paris dans sa volonté de conserver une présence régionale.

Cette situation nourrit, cependant, un débat plus large sur l’avenir du continent africain. De nombreux peuples réclament, aujourd’hui, une indépendance réelle, qui ne soit pas seulement juridique, mais également, économique, militaire et diplomatique. Ils souhaitent que les décisions majeures concernant leur avenir soient prises avant tout en fonction de leurs intérêts propres.

En février 2025, Mahamat Idriss Déby Itno s’affichait à Ouagadougou avec le capitaine-président Ibrahim Traoré. Qu’est-ce qui n’a pas marché pour qu’un an après, il se rende chez Emmanuel Macron à Paris en janvier 2026 ? A la grande satisfaction des Français.

Dans ce contexte, certains observateurs regrettent que certains dirigeants africains donnent l’impression de privilégier la préservation de leur pouvoir plutôt que la consolidation des institutions nationales. Cette perception alimente la méfiance d’une partie de l’opinion publique envers les élites politiques.

Le cas du Tchad est, ainsi souvent, rapproché de celui de la Guinée dirigée par le général Mamady Doumbouya. Dans plusieurs pays africains, les débats portent, désormais, sur la cohérence des discours souverainistes, sur le respect des engagements pris devant les populations et sur la nécessité de placer l’intérêt national au-dessus des considérations personnelles ou partisanes.

L’Afrique traverse, aujourd’hui, une période décisive de son histoire. Les aspirations des peuples à davantage de souveraineté, de justice et de dignité sont fortes. Elles exigent des dirigeants une vision claire, une fidélité à leurs engagements et une capacité à défendre les intérêts de leurs nations avec constance.

Jean-Claude Djéréké

est professeur de littérature à l’Université de Temple (Etats-Unis)

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