ETATS-UNIS/RWANDA : Paul Kagame touché dans son amour propre

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Après le durcissement de ton de Donald Trump suite à la prise de la ville d’Uvira en janvier dernier par l’armée rwandaise soutenue par les supplétifs du M23, Paul Kagame s’était vu obligé de battre en retraite pour ne surtout pas contrarier son imprévisible homologue américain. Mais, cet épisode avait laissé des traces chez le président rwandais, peu habitué à ce genre de remontrance.

La nouvelle salve de sanctions américaines appliquées sur toute son armée a, cette fois, sorti Kagame de ses gongs, au point où il ne s’est pas privé de le faire savoir lors d’une récente interview tenue en marge de la commémoration du génocide des Tutsi. Ce fut pour lui l’occasion de tirer à boulets rouges sur l’attitude de l’administration américaine, suggérant qu’elle ne s’intéresserait qu’aux desiderata de son homologue rdcongolais.

Bien qu’il soit inévitablement l’un des chefs d’Etat les plus détestés d’Afrique, Paul Kagame n’a pas tort. Donald Trump et les siens accréditant cette spéculation en vantant les bienfaits de leur diplomatie des hydrocarbures (sur notre photo, il fait copain copain avec Félix Tshisekedi parce que la RDCongo dispose des terres rares). La tournure prise par ce conflit est un interminable cauchemar pour l’homme fort de Kigali, qui accumule les coups durs depuis la tentative du blocage par l’Union européenne (UE) des fonds voués à la sécurisation du projet de Cabo Delgado au Mozambique en juin 2023.

Toutefois, cette sortie médiatique de Kagame n’a pas été choisie par hasard. En la faisant à l’aube de la célébration des événements génocidaires des Tutsi, alors que Donald Trump était affairé avec les critiques découlant du bilan de la guerre en Iran, le déstabilisateur est-africain a minimisé le risque de représailles de la part du milliardaire républicain. Car, il pourrait prétexter de l’émotion de ladite commémoration, en cas de réaction des Américains.

Visiblement, Paul Kagame n’est pas à l’aise devant la complicité affichée par Trump et Tshisekedi (Terres rares obligent) !

Ainsi, cette prise de risques par Paul Kagame traduit la vérité selon laquelle il a été touché dans son amour propre par le changement de position affiché par la Maison Blanche en faveur de la RDCongo, depuis la signature des accords de paix le 4 décembre dernier. S’il poursuit dans cette lancée, il risque de voir le reste de ses outils de soft power (tels que Visit Rwanda ou Crystal Ventures) être visés par le Trésor américain. Ce qui précipiterait la chute de son régime.

Paul-Patrick Tédga

MSc in Finance (Johns Hopkins University – Washington DC)

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