FORMATION DU GOUVERNEMENT AU CAMEROUN : Très en colère, Paul Biya préparerait un grand balayage

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Les ministres ont, tous, peur. Même ceux qui, apparemment, ont bien travaillé. C’est que la colère du président de la République, Paul Biya, est telle qu’on ne sait pas, exactement, sur quel(s) ministre(s) elle va s’abattre. Car le retrait de la CAN 2019 au Cameroun, a laissé des traces profondes et les Camerounais, très en colère, demandent les comptes à leur chef d’Etat.

C’est la première fois qu’une élection présidentielle se tienne au Cameroun (généralement en octobre) et que le pays reste sans gouvernement, jusqu’en janvier. Selon certaines indiscrétions, tout semblait prêt, fin novembre, jusqu’à ce que la mauvaise nouvelle du retrait de la CAN ne vienne jeter le discrédit sur le pays des Lions indomptables (notre photo présentant la CAN 2017 gagnée par le Cameroun au couple présidentiel). Très très en colère parce que, quelques mois auparavant, sur la base des rapports, volontairement, tronqués rédigés par des ministres et hauts fonctionnaires dépourvus du sens de l’Etat et du bien public, rapports ayant trait à l’évolution des chantiers de ladite CAN 2019, Paul Biya s’était montré confiant en prévoyant la tenue de cette grande fête sportive au « jour dit » au Cameroun. Aujourd’hui, les Camerounais n’ont que leurs yeux pour pleurer tandis que dans ses vœux du 31 décembre au peuple camerounais, Paul Biya a, tout simplement, « pris acte » du retrait de la CAN 2019 au Cameroun et du glissement de celle-ci en 2021. La pilule est, particulièrement, amère pour les opérateurs économiques (en général des milliers de personnes se recrutent dans cette catégorie), qui avaient misé sur cet événement continental pour emprunter auprès des banques, des agences de micro-crédit, où même, des tontines, et qui pour la plupart, avaient, même, terminé les travaux. Bref, les Camerounais sont en colère à cause de ce retrait, qui est, essentiellement, provoqué par la corruption et la boulimie financière et insatiable de certains responsables de ce dossier : ils ont préféré attendre le dernier moment pour passer des marchés de gré à gré qui favorisent les dessous de table, pénalisant, au passage, l’organisation de la CAN à cause du non-respect des délais convenus avec la CAF (Confédération africaine de football).

Preuve de la terreur qui sévit dans les cabinets des ministres : la (très) grande majorité d’entre eux a, d’ores et déjà, déménagé ses effets des bureaux qu’ils occupent, sans attendre même la sanction présidentielle. Ils appréhenderaient une suite qui n’a jamais été facile à vivre quand on est relevé de ses fonctions. En effet, quelques heures, seulement, après la lecture d’un tel décret présidentiel à la radio d’Etat, les bureaux ne sont plus accessibles pour leur ancien détenteur. La police, généralement, fait barrage et vous recommande de prendre attache avec votre successeur pour gérer la passation de service, et tout ce qui va avec, c’est-à-dire, la remise des effets parfois personnels qu’on gardait dans son bureau.

Autre preuve qui justifie que les ministres aient perdu le sommeil : après les vœux du chef de l’Etat au peuple camerounais, le 31 décembre, à 20 heures (19 heures GMT), interdiction formelle a été faite à tous les ministres (sans exception) et autres dignitaires du régime d’aller se pavaner sur les plateaux de télé et de radio pour traduire la pensée présidentielle et « vendre » ses projets annoncés pour 2019. C’est du jamais vu au Cameroun, qui ne fait qu’ajouter à la psychose ambiante, déjà, visible sur plusieurs visages de ministres. Beaucoup sont, d’ailleurs, annoncés pour Kondengui, la célèbre prison centrale de Yaoundé, tandis que presque tous les ministres sont, actuellement, interdits de sortie du territoire.

Le peuple camerounais a demandé au président élu de mettre l’accent sur la jeunesse, y compris, au niveau des nominations aux postes du gouvernement et de la haute fonction publique. Ce souhait a été reçu cinq sur cinq : Paul Biya vient de nommer directeur général de la très prestigieuse ENAM (Ecole nationale d’administration et de la magistrature), un jeune homme de …32 ans. Une promotion qui se passe de commentaire. Ce sont des signes qui ne trompent pas et qui annoncent un rajeunissement du futur gouvernement où, jusque-là, la moyenne d’âge est située aux alentours de 75 ans.

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