GHANA : La banque centrale désignée principale responsable de la crise économique

Date

Annoncée en 2020 comme étant la nouvelle licorne africaine, l’économie du Ghana est, aujourd’hui, en chute libre. Selon les autorités, cette situation résulte des effets combinés de la pandémie du Covid-19 et de la guerre en Ukraine, qui ont entrainé un ralentissement de l’activité mondiale. Un constat rejeté par l’opposition et la société civile ghanéennes, qui estiment plutôt que c’est la conséquence d’une mauvaise gouvernance par le régime en place. Car, en comparaison avec les capitales voisines, exposées aux mêmes chocs externes, Accra a touché le fond sans crier garde. 

Après avoir enregistré un taux de croissance de 8%, il y a 4 ans, le Ghana bataille, désormais, avec une inflation de près de 40% et une dette qui devrait, bientôt, atteindre 100% du PIB. Désignée comme principale responsable de l’apparition de ces maux, la Banque centrale du Ghana (BoG) s’est montrée défiante à l’égard de ses critiques. Ces derniers ont récemment exigé la démission du Dr. Ernest Addison, actuel gouverneur de ladite institution, ainsi que, celle des autres membres du conseil d’administration. 

Accusé de corruption par le parti d’opposition, New Patriotic Party, et d’incompétence par Steve Hanke, économiste américain et fervent critique de la politique monétaire menée par la BoG, Dr. Ernest Addison a indiqué son intention d’aller jusqu’au terme de son mandat. Il lui est, notamment, reproché d’avoir encouragé l’Etat à dépenser, malgré un contexte économique mondial défavorable, l’une de ces dépenses étant la construction du nouveau siège de la BoG. Des chiffres tirés de Statista montrent effectivement que la dépense publique rapportée au PIB était de 31,5% en 2020, 27,36% en 2021 et 25,56% en 2022, contre 22,49% en 2019, soit, des niveaux supérieurs à celui de l’année 2019, pendant laquelle tous les voyants économiques étaient au vert. 

Depuis lors, le Cedi, la devise nationale, a perdu plus de la moitié de sa valeur par rapport au dollar, et la vulnérabilité des ménages les plus modestes atteint des niveaux inquiétants. En l’absence de politique d’assistance gouvernementale, ces individus n’ont pas eu d’autre choix que d’exprimer leur mécontentement lors des manifestations, qui se sont tenues ce mardi, 03 octobre, à Accra, donnant ainsi l’opportunité à l’opposition de se saisir d’une thématique majeure à l’approche de l’élection présidentielle prévue en février 2024. 

Ayant effectué deux mandats consécutifs, le président sortant, Nana Akufo-Addo, aura eu un bilan mitigé à la tête de son pays, non seulement, pour sa gestion calamiteuse des fonds alloués pour la Covid-19, mais aussi, pour son incapacité à réduire les inégalités sociales au Ghana.

Paul-Patrick Tédga

MSc in Finance (Johns Hopkins University – Washington DC)

Envie d’accéder aux contenus réservés aux abonnés ?

More
articles

×
×

Panier