La proclamation officielle des résultats de l’élection présidentielle du 28 septembre 2025 en République centrafricaine, rendue publique le 19 janvier 2026 par le Conseil constitutionnel, consacre sans ambiguïté la réélection du président sortant, Faustin-Archange Touadéra, avec 77,9 % des suffrages exprimés. Ce score écrasant, couplé à un taux de participation de 64,42 %, confère une légitimité politique indiscutable à l’entame d’un nouveau septennat.
Malgré des recours formulés par son principal challenger, l’ancien premier ministre, Anicet-Georges Dologuélé, du parti URCA (Union pour le renouveau centrafricain), et ses mandataires, la décision du Conseil constitutionnel clôt le débat juridique. Ce scénario rappelle d’autres dynamiques électorales africaines : Au Togo, les législatives de 2025 se sont déroulées sous le signe d’une « trêve politique » désormais constitutionnalisée ; en Ouganda, le président, Yoweri Museveni, a entamé son septième mandat ; au Cameroun, voisin de la RCA, les tensions post-électorales de 2025 ont laissé des plaies encore ouvertes.
La Centrafrique, quant à elle, a franchi une étape inédite en organisant quatre scrutins simultanés. Ce tournant démocratique, bien que marqué par des contestations, s’inscrit dans une continuité historique : En 2011 déjà, des figures comme Ange-Félix Patassé, Nicolas Tiangaye et Martin Ziguélé réclamaient l’annulation des élections, fondant le Front républicain pour la reprise du processus. En 2025, seul Anicet-Georges Dologuélé a porté cette revendication.

Mais, au-delà des joutes électorales, le véritable enjeu du septennat réside dans l’économie. Le Plan stratégique de développement « Touadéra 2025 » se présente comme une vision ambitieuse de transformation nationale. Ce document, d’une ampleur rare en Afrique centrale, propose une trajectoire de métamorphose économique et sociale fondée sur des ressources abondantes et une volonté politique affirmée.
I. Un potentiel économique sous-capitalisé
Le plan met en lumière des atouts majeurs :
460 indices miniers, incluant cobalt, coltan, terres rares et cuivre, essentiels pour les industries du XXIe siècle.
25 millions d’hectares de terres arables dans un contexte mondial de pression sur les ressources agricoles.
Une position géographique stratégique au cœur d’un marché régional de 400 millions de personnes.
Une richesse hydrologique considérable encore largement inexploitée.
Ce portrait suggère que la RCA n’est pas « pauvre », mais, « pré-capitalisée ». Le défi n’est pas l’absence de ressources, mais, leur mobilisation efficace.
II. Les piliers du Plan TOUADERA 2025
Stratégie de hub régional : Faire de Bangui un centre logistique, aérien et commercial pour l’Afrique centrale.
Développement du capital humain : Lier infrastructures, éducation gratuite et santé universelle pour créer un cercle vertueux.
Quantification budgétaire : Le plan détaille les coûts (5 500 km de routes, 20 000 forages), ce qui crédibilise sa mise en œuvre.
III. Les risques critiques à atténuer
Instabilité politique et sécuritaire
Le principal frein à l’investissement reste la perception du risque. Le milliard de dollars alloué aux infrastructures militaires ne suffit pas à rassurer les investisseurs. Il faut un état de droit solide et prévisible.
Exécution simultanée trop ambitieuse
Le lancement global de tous les projets pourrait submerger l’administration. Un séquençage clair et dépolitisé est indispensable.

Hypothèses financières irréalistes
Un taux d’intérêt de 1 % est réservé aux Etats notés AAA ou aux prêts concessionnels.
Une dette projetée de 43,2 milliards USD face à un PIB de 2,5 milliards USD soulève des inquiétudes sur la soutenabilité.
La création de neuf banques digitales pour 9 milliards USD semble disproportionnée.
Vérification des données
Les 120 milliards de barils de pétrole estimés doivent être validés par des audits indépendants. Les indices miniers doivent être certifiés selon les normes JORC ou NI 43‑101.
Gouvernance et transparence
L’adhésion à l’ITIE est un bon début, mais, un portail numérique en temps réel, supervisé par un conseil indépendant, est nécessaire pour suivre les projets et les flux financiers.
IV. Le facteur humain et la stabilité politique
L’histoire politique centrafricaine montre que le choix du premier ministre est souvent déterminant. Les anciens chefs de mission économique devenus premiers ministres ont parfois transformé leur mandat en tremplin présidentiel, créant des tensions internes. L’exception notable reste le professeur, Simplice Sarandji, fidèle compagnon du président, Faustin-Archange Touadéra.
Pour réussir ce septennat, le président pourra s’appuyer sur une équipe expérimentée :
Simplice Sarandji, président de l’Assemblée nationale
Obed Namsio, directeur de cabinet
Moussa Kembe, conseiller diplomatique
Jean Willybiro, ministre en charge du désarmement
Rameaux Bireau, ministre de la Défense et économiste.

Conclusion :
La Centrafrique se trouve à un carrefour historique. Le plan TOUADERA 2025 est une vision audacieuse, mais, sa réussite dépendra de la capacité du gouvernement à transformer cette ambition en actions concrètes, financées et séquencées. Les 24 prochains mois seront décisifs : Soit ce plan devient un héritage, soit il reste un document.
Kodegue Guy Simplice
Doctorant en Finance internationale option sciences politiques
(Institut Sorbonne international)





