En ces temps de violence inouïe où l’on fait semblant de s’offenser de la raison du plus fort, le son du silence de la peur, comme une chape de plomb, est subrepticement implanté dans notre tête et dans nos actes – ou plutôt dans l’absence totale de nos actes -, nous rappelant ainsi le périgée des empires. Le son du silence de la peur, comme un cancer, fend la nuit et se propage, et on peut l’entendre sans écouter. Toute la nation ivoirienne s’incline et prie. Vive la raison du plus fort.
Notre incapacité profonde à communiquer sincèrement a enfin conduit, non seulement, à l’aliénation sociale et à l’apathie, mais aussi et surtout, à la déconnexion spirituelle. A tel point que, des corps vidés de leurs âmes se ruent à la mosquée tous les vendredis et à l’église tous les dimanches pour se prosterner et demander absolution de leurs péchés, afin de remettre le couvert dès qu’ils en sortent (sur notre photo, on manifeste pour que le menteur d’Abidjan n’ait pas un 3e mandat, lui qui jurait ne faire qu’un seul mandat et laisser la place à Bédié en est à son 4e mandat. Cherchez l’erreur).
Ainsi, les vérités profondes sur ce qu’est la Nation, une et indivisible, se perdent dans le brouhaha du repli identitaire, dans la politique de l’enrichissement illicite et dans celle du ventre. Personne ne veut s’y soustraire ; « qui est fou ? », l‘âge d’or n’est pas pour demain (Ayi Kwei Armah).
Mais voilà que se murmure une « petite voix calme » derrière ce son du silence. L’entendez-vous, mes chers compatriotes ? Elle nous rappelle la mémoire de l’histoire des peuples et des empires. Et voilà que pointe à l’horizon le flash de « la lumière » et pour les forts et pour les faibles ; elle clignote un avertissement éternel : Tous les empires finissent par s’effondrer. Cet effondrement commence quand ils ont atteint leur apogée, quand les « big kahunas » (les grands patrons) se prennent pour des divinités et ignorent la place de l’écoute consciente et de l’empathie dans la construction d’un Etat démocratique, et quand le peuple choisit l’abysse de Scylla ; alors commence le périgée.

Qu’est-ce que Dieu qui est si sage a bien pu placer dans le corps des Ivoiriens pour qu’ils continuent de dormir malgré la pluie de mauvaises nouvelles ? Qu’est-ce qui les réduit à souffrir la violence de la « servitude volontaire » qui dure depuis 66 ans ? Quand vont-ils refuser cette trajectoire qui ne peut conduire qu’au renforcement du sous-développement ? Quand vont-ils réaliser qu’aujourd’hui, comme demain, personne ne viendra les conduire à la terre promise ? Car la terre promise n’appartient qu’à ceux qui refusent de continuer à courber l’échine, qui osent savoir, et qui ont la maturité de se prendre en charge (Sapere Aude ! – Emmanuel Kant,1784).
Paulin G. DJITE, M.Sc., Ph.D., NAATI III, AIIC
Chevalier dans l’Ordre des Palmes Académiques





