CAN MAROC 2025 : De Mexico à Rabat, le football africain a-t-il tiré les leçons de l’histoire ?

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La finale de la Coupe d’Afrique des nations organisée au Maroc, opposant les Lions de l’Atlas au Sénégal, aurait pu devenir un moment de crispation diplomatique. Elle s’est finalement imposée comme un exemple de gestion politique maîtrisée du fait sportif. A rebours des dérives historiques où le football a servi de catalyseur aux conflits, Rabat et Dakar ont illustré une nouvelle maturité géopolitique africaine.

Un événement sportif à forte charge politique

L’organisation de la Coupe d’Afrique des nations au Maroc, et plus encore, la finale opposant les Lions de l’Atlas (Maroc) aux Lions de la Teranga (Sénégal), ne relevait pas uniquement du registre sportif. Dans une Afrique où le football demeure un puissant vecteur d’identités nationales, ce rendez-vous continental constituait un moment politique à part entière, susceptible de raviver des tensions latentes ou, au contraire, de consolider des équilibres diplomatiques fragiles.

Le choix marocain de l’apaisement stratégique

Face à ce risque, les autorités marocaines ont opté pour une gestion maîtrisée de l’émotion collective. Aucun discours de surenchère, aucune instrumentalisation nationaliste de la défaite ou de la victoire : Le Maroc a traité la finale comme ce qu’elle devait rester — un affrontement symbolique, circonscrit au terrain.

Ce positionnement s’inscrit dans une logique diplomatique plus large, où Rabat cherche à se poser en acteur de stabilité régionale, capable d’accueillir des événements majeurs sans les laisser déborder sur le terrain politique.

Diplomatie parallèle et signaux continentaux

La présence d’une délégation sénégalaise de premier plan, conduite par le premier ministre, suivie de rencontres avec les responsables marocains visant à renforcer les liens de coopération bilatérale, a joué un rôle central dans cette séquence (sur notre photo, les premiers ministres du Sénégal et du Maroc se rencontrent lundi 26 janvier 2026 pour signer 17 accords de coopération entre les deux pays. Un pied de nez à tous ceux qui espèrent la dégradation de leurs relations). Ce dialogue de haut niveau a envoyé un signal clair au reste du continent : Les rivalités sportives n’ont pas vocation à remettre en cause les partenariats stratégiques africains.

A travers cet échange, Rabat et Dakar ont rappelé que la diplomatie africaine contemporaine ne peut plus se permettre les dérapages symboliques du passé.

Le contre-exemple historique : Quand le sport embrase les Etats

Cette approche tranche avec certains précédents lourds de conséquences. Les éliminatoires de la Coupe du monde 1970, marqués par les affrontements entre le Honduras et le Salvador, avaient illustré les dangers d’une confusion entre passions sportives et tensions politiques, jusqu’à déboucher sur un conflit armé après un match décisif joué à Mexico.

Si le football n’avait pas créé les causes profondes de la guerre, il en avait servi de déclencheur émotionnel, dans un contexte institutionnel incapable d’absorber la pression populaire.

Quelques jours auparavant, c’est le roi Mohammed VI en personne qui a appelé à l’apaisement rappelant les liens séculaires qui unissent le Maroc et Sénégal et à toute l’Afrique noire d’ailleurs. Un discours d’une grandeur toute royale.

Une Afrique en quête de nouvelles normes politiques

En évitant ce piège, le Maroc et le Sénégal ont offert une lecture plus mature du rôle du sport dans les relations internationales africaines. Cette séquence témoigne d’une évolution progressive des pratiques : Meilleure anticipation des risques, primauté du dialogue politique, refus de la dramaturgie nationaliste.

Au-delà de la CAN, c’est une Afrique consciente de ses responsabilités géopolitiques qui se dessine — une Afrique où le football peut devenir un instrument de cohésion continentale plutôt qu’un révélateur de fractures.

Dr Lahcen Benchama

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