CULTURE ET ERE NUMERIQUE : Quels enjeux pour l’éducation ?

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L’ère numérique a profondément transformé le rapport au savoir, à la culture et aux apprentissages. L’école et l’université se trouvent aujourd’hui confrontées à une tension majeure : S’adapter aux pratiques numériques des élèves tout en préservant leur mission de formation intellectuelle et critique. Cet article analyse les effets du numérique sur la définition de la culture, la place des savoirs humanistes et les finalités éducatives, en s’appuyant sur des apports théoriques issus de la sociologie de l’éducation et des sciences de l’information.

Une transformation du rapport à la culture

L’essor du numérique a modifié en profondeur les modes d’accès à l’information et, plus largement, le rapport à la culture. Celle-ci tend de plus en plus à être assimilée à la capacité de mobiliser rapidement des informations disponibles en ligne, au détriment d’un travail d’appropriation approfondi des savoirs. Cette évolution favorise l’impression d’une maîtrise généralisée, souvent superficielle, qui peut masquer une fragilisation des compétences de compréhension, d’analyse et de mise à distance critique.

Dans ce contexte, la culture ne se définit plus prioritairement par la transmission progressive de connaissances structurées, mais, par l’immédiateté, la circulation rapide des contenus et la prédominance de formats visuels et sonores. Cette transformation interroge directement le rôle traditionnel de l’école comme lieu de construction du savoir et de formation de l’esprit.

Le monde des entreprises et de l’éducation profite largement des bienfaits du numérique.

L’école face à l’injonction à l’adaptation

Les institutions éducatives, de l’école à l’université, sont contraintes de s’adapter à ces mutations. Les pratiques pédagogiques évoluent sous l’effet de l’introduction massive des outils numériques, souvent, présentés comme indispensables pour capter l’attention des élèves et répondre à leurs usages culturels. Les enseignants, y compris ceux attachés aux disciplines les plus classiques, sont, ainsi, invités à repenser leurs contenus, leurs méthodes et leurs objectifs.

Cette adaptation, cependant, n’est pas neutre. Elle s’inscrit dans un contexte où certains savoirs perdent en légitimité symbolique. Les disciplines relevant de la culture humaniste — lettres classiques, philosophie, poésie, dramaturgie — attirent un public de plus en plus restreint. Leur recul peut être analysé comme le signe d’une recomposition du capital culturel valorisé par l’institution scolaire, désormais davantage, orienté vers l’utilité immédiate et les compétences perçues comme transférables.

Image, attention et apprentissages

Parallèlement, les réseaux sociaux et les plateformes numériques jouent un rôle croissant dans la socialisation cognitive des jeunes. Fondés sur la primauté de l’image, du son et du flux continu, ils influencent les formes d’attention et les modes de pensée. Comme l’ont montré les travaux sur l’écologie des médias, les technologies ne se contentent pas de transmettre des contenus : Elles façonnent les manières d’apprendre, de mémoriser et de raisonner.

Dans un environnement saturé de stimulations, les apprentissages fondés sur la lecture longue, l’abstraction et la réflexion soutenue peuvent apparaître moins attractifs. Cette situation rappelle, de manière métaphorique, l’allégorie de la caverne de Platon : Le risque est de confondre l’exposition permanente aux images avec l’accès à une connaissance véritablement éclairée.

L’Afrique n’est pas en reste.

Quel rôle pour l’école aujourd’hui ?

Face à ces évolutions, l’école se trouve confrontée à une tension centrale. Elle ne peut ignorer les pratiques numériques des élèves sans se couper de leur réalité culturelle. Mais, elle ne peut, non plus, se limiter à une intégration technologique sans réflexion sur les finalités éducatives. L’enjeu est, donc, moins de savoir s’il faut utiliser le numérique que de déterminer comment l’inscrire dans un projet pédagogique cohérent.

Pour les sciences de l’éducation, il s’agit de penser une articulation entre culture numérique et culture scolaire qui permette de préserver les fonctions essentielles de l’éducation : La formation de l’esprit critique, la capacité à structurer la pensée, et l’accès à des savoirs exigeants et émancipateurs. Le numérique peut alors devenir un outil au service de ces objectifs, à condition d’être mobilisé de manière réfléchie et critique.

Dr Lahcen Benchama

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