ALLIANCE DES ETATS DU SAHEL : L’ambiguité du rapprochement de l’Union africaine et des Etats-Unis

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Malgré l’insécurité qui y règne, le Sahel reste une zone très convoitée. Il y a plusieurs mois, l’Union africaine (UA) désignait Evariste Ndayishimiye au poste d’envoyé spécial pour le Sahel. Chef d’Etat au parcours militaire comparable à celui du trio de dirigeants qui contrôlent une partie du Sahel, le président burundais dispose, a priori, des atouts nécessaires à la réussite de sa mission. Mais, cela n’a pas empêché l’UA d’initier une action diplomatique parallèle.

En effet, cette semaine, une de ses délégations conduite par le nouveau chef de mission pour le Sahel, Dr. Mamadou Tangara, a été reçue à Ouagadougou par le chef de la diplomatie burkinabè, Jean-Marie Karamoko (notre photo). Son objectif était d’établir un dialogue plus inclusif avec les fondateurs de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) et de parler de coopération. Qualifiable de folklore, cette tergiversation fait jaillir la lumière sur l’incohérence de l’UA dans son approche au Sahel. 

Ce qui est également à relever c’est le fait que quelques jours avant la venue des officiels de la principale organisation africaine, Nick Checker s’est rendu à Bamako au Mali pour y rencontrer la junte au pouvoir. Accueilli par le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, celui que l’on surnomme Mr. Sahel depuis sa nomination de fin janvier au département d’Etat américain, venait réitérer l’intérêt de Donald Trump pour l’AES. 

Il vient lui aussi renforcer le travail réalisé par Massad Boulos, l’émissaire par définition de la Maison Blanche pour l’Afrique, dans la sous-région dont les résultats peinent à se faire voir. Plus méfiants que jamais, les leaders de l’AES, qui ont fait de la défense de leur souveraineté mutuelle leur mantra, prennent un malin plaisir à faire savoir à leurs séducteurs qu’ils ne sont ni demandeurs, ni dans le besoin, et qu’ils se laissent le choix de coopérer avec qui ils souhaitent.

Le chef de la diplomatie malienne Abdoulaye Diop reçoit Nick Checker le Monsieur Sahel de Donald Trump.

Le timing de la manifestation renouvelée d’intérêts des Etats-Unis et de l’Union africaine vis-à-vis de l’AES interroge. Certains observateurs pointent du doigt l’idée selon laquelle ces deux parties seraient de connivence au nom de l’impérialisme, alors que d’autres les voient concurrentes, se basant sur les positions antagonistes affichées par l’UA, notamment, en réponse à la politique discriminatoire des visas américains envers diverses nations africaines en 2025.

Paul-Patrick Tédga

MSc in Finance (Johns Hopkins University – Washington DC)

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