Les guerres impérialistes qui ont eu lieu dans plusieurs pays du Moyen Orient et du Maghreb avaient comme principales raisons, l’accès, le contrôle et l’exploitation abusives des ressources pétrolières par les multinationales des pays occidentaux. Ces ressources constituent la raison évidente des interventions occidentales dans ces pays.
Dans le cas du Burkina Faso, les gens se demandent souvent quelles sont les ressources dont le pays dispose qui peuvent expliquer les attaques incessantes et intensives depuis plus de 10 ans contre le pays. Deux ressources semblent retenir l’attention de la France et des autres pays étrangers : L’or et le manganèse. Mais, c’est le manganèse de Tambao qui constitue la ressource la plus convoitée. Et voici les arguments qui justifient ce constat.
Thomas Sankara avait fait de l’exploitation de Tambao sa priorité. Il a entrepris la construction du chemin de fer jusqu’à Tambao. Les rails se sont arrêtés à Kaya, soit, 250 km avant Tambao. Il a été tué avant de concrétiser ce projet d’exploiter le manganèse de Tambao.
Blaise Compaoré a entamé un projet intégré de développement économique en misant sur l’exploitation de Tambao. Une multinationale non française (PAM) a été retenue malgré l’opposition farouche de la France. Blaise Compaoré a été renversé 3 mois après l’adoption du protocole d’accord pour démarrer l’exploitation du manganèse de Tambao.
Dès qu’il a été demis, les ambassadeurs français et américains, Gilles Thibault et Mushingui Tuilinabo, ont fait des ballets incessants à Tambao avec des investisseurs de leurs pays pendant la transition 2015. Et tous les efforts ont été déployés pour que l’accord du Burkina Faso avec l’exploitant de Tambao soit annulé par le Tribunal de Commerce de Paris sous le gouvernement du MPP, avec Maître Kam comme avocat de l’Etat.

Il convient de rappeler que l’enlèvement du responsable de la sécurité de la mine de Tambao ayant eu lieu le 4 avril 2015, constitue la première attaque terroriste sur le territoire burkinabè. La victime, qui est le Roumain, Iulian Ghergut, a été kidnappée par des hommes armés lors d’une patrouille. Et depuis lors, la mine de Tambao, située dans la zone des trois frontières, est devenue inaccessible.
La multinationale française, Eramet, a rencontré le président, Roch Marc Christian Kaboré, deux fois, pour faire des propositions en 2019 et en 2021. En décembre 2021, c’est la présidente du groupe qui était venue à Ouagadougou à cet effet. Selon elle, la France était prête à sécuriser la région des Trois frontières pour que la société, Eramet, exploite Tambao. Le président, Roch Kaboré, a refusé l’offre. Le chef d’état-major français s’est déplacé à Ouagadougou pour une réunion, qui de l’avis de certains participants, fut très tendue. Deux mois après, il a été renversé par un coup d’état approuvé par la France.
Depuis les indépendances, la France a gardé le manganèse du Burkina Faso comme sa réserve de sécurité. Pendant plus de 50 ans, la multinationale française, Eramet, exploite le manganèse de Moanda au Gabon. Mais, au Gabon, le président, Brice Oligui Nguema, a annoncé la transformation des minerais du manganèse et du fer dans un délai proche, au nom de la souveraineté économique de son pays, ce qui provoque des remous au niveau de la coopération entre le Gabon et la France (Lire Top Secret d’Afrique Education, numéro 557 de juin 2026 : « Gabon-Angola : Vers un conflit (artificiel) entre les deux pays attisé par Paris ? », pages 4 et 6). La volonté de transformer ces minerais au Gabon ne fait pas l’affaire de la France et les deux présidents Macron et Oligui, qui en ont déjà parlé, en parleront, encore, lors de la prochaine visite officielle de ce dernier en France le 20 juillet 2026.
L’évaluation des réserves de Moanda et Tambao a été faite par les français avec l’appui d’une entreprise américaine en 1952. Il est important de mentionner que lors des évaluations faites par les français, ils avaient sous-estimé la teneur, la superficie couverte et la quantité du manganèse de Tambao. Là où les français parlaient de 44 millions de tonnes de manganèse disponibles, la multinationale, PAM, commise par le gouvernement Compaoré a fait une estimation de plus de 100 millions de tonnes de manganèse, avec l’une des meilleures teneurs au monde.
Alors, si vous vous demandez pourquoi les attaques terroristes et la guerre par procuration entre la France et le Burkina Faso actuellement, sachez que c’est principalement pour l’accès, le contrôle et l’exploitation du manganèse de Tambao. Les terroristes sont positionnés dans la région des trois frontières pour empêcher l’accès au site de Tambao. Il y a une guerre engagée depuis 2016 pour empêcher les gouvernements successifs de mettre en valeur et exploiter la mine de manganèse de Tambao.
Pendant ce temps, le gouvernement français mobilise les médias internationaux et les pays de l’Union européenne pour mener une campagne continue de dénigrement des autorités au pouvoir. Les Américains font, exactement, le même travail si on se rappelle la sortie de Langley d’Africom. Etant donné que le président, Ibrahim Traoré, est nationaliste et adopte la même position que Thomas Sankara concernant la propriété des ressources minières, une campagne médiatique internationale est lancée pour le discréditer par tous les moyens.
Depuis dix ans, le peuple burkinabè est embarqué dans une spirale de violence politique au nom de la démocratie. Mais, en réalité, il y a la mise en scène d’une opération de manipulation ethnique, religieuse et communautariste qui ne vise qu’à divertir et diviser les Burkinabè pour les empêcher de défendre les intérêts du pays. La France a réussi à créer les divisions politiques grâce à l’insurrection qu’elle a cautionnée et accompagnée. Après cette crise sociopolitique, les différents leaders et clans ne se rendent pas compte qu’ils ont été utilisés pour protéger les intérêts de la France : Le manganèse de Tambao.
Le général, Christophe Gomart, était le commandant des opérations spéciales de l’armée française du 1er août 2011 au 20 juin 2013, puis, directeur du renseignement militaire du 21 juin 2013 au 6 juillet 2017. C’est lui qui se fait élire député européen pour critiquer la gouvernance au Burkina Faso. En tant que responsable du renseignement de 2013-2017, Gomart sait pourquoi et comment le président, Blaise Compaoré a été renversé. Il sait, aussi, qui sont ceux qui ont enlevé le responsable de la sécurité à Tambao.

Que le président vienne contrecarrer leurs plans d’exploitation peut paraitre comme une humiliation personnelle pour ce général Gomart félon. C’est pourquoi, il se jette dans la bataille politicienne et la communication de guerre pour tenter de récupérer ce que la France a perdu sur le plan diplomatique. Et quand les morts des attaques terroristes ne suffiront pas, les armes vont parler en vain pendant l’hiver noir, car Tambao est loin de Paris. Et ce n’est pas en tuant le président que le manganèse du Burkina Faso sera exploité par la France. Aussi, il parait évident que les violences et les attaques terroristes se poursuivront maintenant que tous les pays européens se coalisent contre le Burkina Faso.
Et les divisions politiciennes, ethniques et religieuses seront créées, maintenues et entretenues artificiellement tant que les Burkinabè ne prendront pas conscience des enjeux réels de la guerre en cours. La France cherche par tous les moyens à installer au Burkina Faso, les hommes politiques qui seront favorables à ses intérêts, notamment, l’exploitation du manganèse de Tambao. Cette guerre de la convoitise française pour le manganèse de Tambao déstabilise et détruit le Burkina Faso. Il faut que les Burkinabè s’unissent pour sortir de ce piège meurtrier. Dans l’intérêt commun de tous les fils et filles du pays.
C’est notre responsabilité d’assainir la gouvernance de notre pays sans que la France et les Occidentaux ne viennent se mêler pour nous diviser et nous détruire pour leurs propres intérêts. Pensons à l’Irak, à la Libye, à la Syrie, au Soudan. Les dictateurs ont été tués, ont chassés, mais, les sauveurs ont spolié les nations. Ils utilisent, toujours, les bonnes intentions pour amadouer les peuples. Ils les détruisent, ensuite, pour leurs propres intérêts en commettant des génocides sans remords. Entre plusieurs maux, nous saurons quoi choisir.
Nestorine Sangaré-Compaoré
Ancienne ministre
PhD, experte en sociologie du développement.





