COTE D’IVOIRE : Sortir du culte du minimalisme

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Toute victoire est bonne à prendre. Une équipe qui gagne mérite d’être félicitée. Je ne crache donc pas sur celle remportée par les Eléphants contre l’équipe de Curaçao. Dans une compétition internationale de haut niveau, aucune victoire n’est insignifiante. Chaque succès compte, chaque qualification a son importance et chaque étape franchie doit être reconnue. Cependant, il faut savoir garder le sens des proportions. Je ne comprends pas que, pour une simple qualification pour les seizièmes de finale, certains se lancent dans une célébration démesurée allant jusqu’à porter le président de la Fédération ivoirienne de football en triomphe. Ce genre de scène interroge sur notre rapport à la réussite et sur nos ambitions collectives.

Les grandes nations du football ne fonctionnent pas ainsi. Les Espagnols, les Français, les Brésiliens, les Allemands, ou encore, les Argentins ne transformeraient pas une qualification au premier tour en événement historique. Non pas parce qu’ils méprisent leurs victoires, mais, parce qu’ils ont une culture de l’exigence. Leur objectif est plus élevé : Gagner la compétition. Ils savent que le moment de célébrer viendra plus tard, lorsque le travail sera terminé.

A ce stade d’un tournoi, la priorité n’est pas l’autosatisfaction. Elle est plutôt l’analyse, la concentration et l’amélioration. Il faut revoir les erreurs commises lors des trois premiers matchs, corriger les insuffisances, renforcer les points faibles et préparer les prochaines rencontres avec davantage de détermination.

Emerse Faé, le très (très) dynamique sélectionneur des Eléphants qui méritent leur appellation (tellement ils sont gros) félicite son double buteur du match Nicolas Pépé.

Les célébrations avant l’heure peuvent envoyer un mauvais message. Elles donnent, parfois, l’impression que l’essentiel a, déjà, été accompli, que dépasser le premier tour constitue, déjà, un exploit exceptionnel. Or, une grande équipe ne doit pas se contenter de franchir une étape. Elle doit viser, toujours, plus haut.

Le problème n’est pas de savourer une victoire. Le problème est de considérer une petite réussite comme une destination finale. Une nation qui veut progresser doit refuser le minimalisme, cette tendance à se satisfaire du peu alors qu’elle possède les moyens d’obtenir beaucoup plus.

Notre symbole national est l’éléphant. Or l’éléphant n’est pas un petit animal dans la forêt. Il représente la force, la puissance, la mémoire et la grandeur. Il serait, donc, contradictoire que les Eléphants se contentent d’objectifs modestes alors qu’ils ont les capacités d’aller loin.

Notre devise devrait être celle d’une ambition permanente : « Semper altiora speramus » — nous aspirons toujours à plus élevé. Cette philosophie ne concerne pas, seulement, le football. Elle devrait guider toute notre société. Un peuple qui vise grand ne célèbre pas, uniquement, les petites victoires. Il travaille pour atteindre les sommets.

C’est justement parce que nous devons refuser le culte du minimalisme que certaines occasions manquées doivent nous servir de leçon. Nous avons vu, par exemple, que les Eléphants pouvaient rivaliser avec de grandes équipes mais qu’ils ont parfois manqué d’audace ou de confiance. Face à la Mannschaft, il y avait une possibilité réelle de l’emporter. Mais, une mentalité trop prudente ou trop satisfaite peut empêcher une équipe de saisir les grandes opportunités.

Le football récompense les équipes qui croient en leur potentiel. L’histoire du sport africain montre d’ailleurs que rien n’est impossible. Les Lions indomptables du Cameroun ont atteint les quarts de finale de la Coupe du monde en 1990 en Italie. Les Lions de la Teranga du Sénégal ont réalisé le même exploit en 2002 en Corée du Sud. Ces performances n’étaient pas dues au hasard. Elles étaient le résultat d’une ambition, d’une confiance et d’une volonté de dépasser les limites que beaucoup imposaient aux équipes africaines.

Pourquoi les Eléphants n’iraient-ils pas plus loin ? Pourquoi devraient-ils considérer qu’un passage en seizièmes ou en huitièmes est, déjà, une réussite exceptionnelle ? La Côte d’Ivoire possède des talents, une expérience, un public passionné et une histoire footballistique riche. Elle a les moyens de viser davantage.

La joie des supporteurs ivoiriens largement partagée partout en Afrique.

La véritable victoire ne sera pas seulement de gagner un match. La véritable victoire sera de changer notre manière de penser la réussite. Il faut passer d’une mentalité de survie à une mentalité de conquête. Il faut arrêter de célébrer trop tôt et commencer à croire davantage en nos capacités.

Les Eléphants doivent avancer avec l’idée qu’ils ne sont pas là, uniquement, pour participer, mais, pour marquer l’histoire.

Une grande équipe ne demande pas seulement : « Jusqu’où pouvons-nous aller ? » Elle affirme plutôt : « Pourquoi ne pourrions-nous pas atteindre le sommet ? »

C’est cet état d’esprit que la Côte d’Ivoire doit cultiver. Rêver grand n’est pas de l’arrogance. C’est une condition nécessaire pour accomplir de grandes choses.

Jean-Claude Djéréké

est professeur de littérature à l’Université de Temple (Etats-Unis).

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