Petit à petit, l’oiseau fait son nid. Progressivement, lentement mais sûrement, patiemment, intelligemment, Alassane Ouattara tisse sa toile, en façonnant la Côte d’Ivoire, à son image. Le président avance masqué, en empruntant tout au discours de Félix Houphouët-Boigny (l’homme de paix) alors qu’en réalité, il en est très loin. Sa pratique politique est à l’antipode de celle de celui qu’il considère comme son mentor. Totalement contraire à la pratique politique du vieux sage de Yamoussoukro, qui le fit venir en Côte d’Ivoire dans les années 90, à la demande des Français, pour, dit-on, rétablir l’équilibre des comptes publics malmenés par la baisse drastique des cours du cacao et du café sur le marché mondial. Dépêché en Abidjan pour remplir cette mission, il a réussi, avec grande intelligence, à s’incruster dans les rouages du système politique national alors qu’il avait pour consigne de ne pas faire de politique en Côte d’Ivoire. Seulement l’économie. Mais, en réalité, il a été aidé par la mollesse, la faiblesse, l’inconscience, l’irresponsabilité des Ivoiriens, pour réussir. Des Ivoiriens qui passent leur temps à manger le foutou et à gueuler alors que l’essentiel est ailleurs. Maintenant, Alassane dit à qui veut l’entendre : « J’y suis j’y reste ».
Pourtant, tout s’est passé au grand jour, devant tout le monde. Il avait, d’abord, commencé par faire oublier sa propre nationalité, la nationalité burkinabé, celle qu’il avait quand il fut nommé super ministre chargé de redresser l’économie ivoirienne avec les prérogatives de premier ministre. Un poste qui, constitutionnellement, n’existait pas. Il avait profité du décès de son maître politique, en 1993. On voyait d’ailleurs venir la mort du vieux qui passait plus de temps à se faire soigner à Genève qu’à gérer la Côte d’Ivoire. Avec l’aide des personnalités influentes de la communauté musulmane comme Diabaté, Kobina et autres, il arriva à provoquer la scission au sein du PDCI (Parti démocratique de Côte d’Ivoire), le parti de son mentor, Houphouët, qui n’était plus en vie pour s’y opposer, en faisant transborder une grande masse de personnalités musulmanes du PDCI vers le RDR (Rassemblement des républicains), le parti né de cette scission, avec à sa tête, un ancien dignitaire du PDCI appelé, Djeny Kobina. Celui-ci devint rapidement le mentor de Ouattara. Pour la cause ! (sur notre photo, le fameux Front républicain qui n’avait de républicain que le nom).
Les musulmans du RDR ayant la force du nombre mais mal organisés pour accéder démocratiquement au pouvoir, Alassane Ouattara opta pour le raccourci des armes. C’est ainsi que la révolte « des jeunes gens » aboutit à l’éviction, en décembre 1999, du successeur constitutionnel de Félix Houphouët-Boigny, à savoir, Henri Konan Bédié. Dans un premier temps, il se réfugia au Togo pensant revenir, rapidement, en Abidjan, récupérer son trône, avant de regagner la France pour une retraite forcée. Pour ne pas montrer son implication dans ce coup de force qui a chassé Bédié du pouvoir, Ouattara choisit, dans un premier temps, de placer le général, Robert Gueï (qui ne s’entendait pas avec Bédié) à sa place, pensant qu’il s’effacerait dès qu’il le lui demanderait. Erreur ! Cela n’arriva pas, le général ayant fait sienne la même maxime, à savoir, « J’y suis j’y reste ». Le plan de Ouattara n’a pas marché exactement comme il le souhaitait.

Car Robert Gueï a, entretemps, décidé de se présenter à l’élection présidentielle de 2000 pensant que Laurent Gbagbo allait, comme il le laissait entendre, le soutenir. Sauf que quelques jours avant le scrutin, Gbagbo qui avait refusé de retirer sa candidature, commença à faire des meetings pour sa propre élection. Certains de ses meetings étaient, d’ailleurs, soutenus par le RDR dont le candidat naturel, Alassane Ouattara, ne put présenter sa candidature pour « nationalité douteuse ».
Contre toute attente, Laurent Gbagbo, que personne n’attendait, s’installa dans le fauteuil de Robert Gueï, pensant mettre en place les idées qui façonnèrent sa jeunesse politique depuis de longues années. Mais, c’était peine perdue parce que Ouattara se mit à lui faire une guerre multiforme en créant, par exemple, une rébellion armée dont les camps d’entraînement étaient sous le contrôle de Blaise Compaoré au Burkina Faso et François Bozizé en Centrafrique. Afrique Education qui avait mis cette information sur la place publique, fut saisi pour un droit de réponse d’Alassane Ouattara qui, à l’époque, était, momentanément, installé en France. C’est Ally Coulibaly qui se chargea de prendre contact avec la rédaction. Il fut copieusement engueulé par le patron de cette revue internationale. Mais son droit de réponse fut publié suite à l’intervention d’un grand chef d’Etat d’Afrique centrale dont on taira le nom.

Après avoir passé 10 ans au pouvoir dont 5 à mener une guerre contre les rebelles des Forces nouvelles d’Alassane Ouattara qui réussirent à couper la Côte d’Ivoire en deux, rendant la gestion du pays calamiteuse, Laurent Gbagbo fut purement et simplement déposé par la France de Nicolas Sarkozy, qui envoya les militaires français l’extirper ainsi que son épouse, Simone, des sous-sols de la présidence de la République où ils avaient élu domicile. C’en était fini de l’expérience démocratique réelle que venait de vivre la Côte d’Ivoire sous Gbagbo. Dorénavant, la Côte d’Ivoire allait s’engager dans un système qui affiche les atours d’une démocratie alors qu’elle est, en réalité, une dictature classique.
Pour avancer et aller de l’avant, Ouattara a toujours menti. Ceux qui le surnomment « Le menteur d’Abidjan » savent de quoi il est capable. Sans rire et très sérieusement, il avait, pour gagner l’élection présidentielle, de 2010, signé un pacte avec son grand-frère Henri Konan Bédié. Ce dernier devait le soutenir au deuxième tour de cette élection présidentielle contre Laurent Gbagbo et une fois élu, Ouattara ferait un seul mandat et laisserait, par la suite, le fauteuil à Henri Konan Bédié. Sauf qu’à mi-mandat, il créa (comme d’habitude un mensonge). C’est ainsi que « Le menteur d’Abidjan » demanda, très officiellement, à son cher aîné à qui il venait de faire baptiser le 4e pont d’Abidjan à son nom, d’accepter qu’il finisse ses chantiers pour ne se présenter qu’au terme de son deuxième mandat, ce que Bédié accepta. A la demande de Ouattara, il autorisa même que la candidature du président Ouattara se fasse sous son parrainage officiel. Mais, cela ne changea rien aux mauvaises intentions de Ouattara qui, voyant que la fin du deuxième mandat allait survenir, engagea le chantier de changement de la constitution, qui l’autorisait à se présenter à un troisième mandat, selon la lecture qu’il en faisait. S’estimant trahi par « Le menteur d’Abidjan », Bédié rejoignit l’opposition. Mais, c’était trop tard, les dix ans passés au pouvoir ayant aidé Ouattara à consolider son pouvoir et celui des gens du Nord au nom de ce qu’il appelait « Le rattrapage ethnique ».

Le divorce fut consommé avec Henri Konan Bédié, qui encaissa la double peine : Ouattara le chassa du pouvoir en 1999. Malgré cela, il lui demanda de le soutenir au deuxième tour de la présidentielle de 2010 contre Gbagbo, ce qu’il accepta. Au moment où il escomptait bénéficier, aussi, du soutien de Ouattara pour accéder, à son tour, au pouvoir, il se rendit compte que Ouattara avait, plutôt, opté pour la modification de la constitution afin d’obtenir un 3e mandat, puis, un quatrième, voire, un cinquième, jusqu’à ce que Dieu l’appelle à ses côtés le moment venu.

Revenons à aujourd’hui. Il est en train de tout bétonner quelle que soit l’issue politique à venir de la Côte d’Ivoire. Comme si la Côte d’Ivoire était devenue un pays majoritairement musulman, il a organisé la marginalisation progressive des autres composantes du pays au profit des seuls musulmans. C’est ainsi qu’on peut constater que les postes stratégiques suivants sont tous occupés par les musulmans :
Au niveau de la présidence, tous les postes stratégiques sont blindés, occupés par les musulmans comme si les chrétiens et les animistes n’existaient même pas !
- Président de la République : Alassane Ouattara (musulman)
- Vice-président de la République : Tiémoko Meyliet Koné (musulman)
- Secrétaire Général de la présidence de la République : Masséré Touré (musulmane et nièce directe du chef de l’Etat)
Au niveau du parlement :
- Kandia Kamissoko Camara : Présidente du Sénat (musulmane)
Le sénat compte six vice-présidents dont 4 musulmans. Les 1er (Sarra Fadika Sako) et 2e (Touré Souleymane) sont également musulmans.
Si le président n’était plus en mesure de diriger le pays pour une raison ou pour une autre, le vice-président (musulman) lui succéderait. Et si ce n’était pas possible, la présidente du Sénat, une autre musulmane, s’installerait, au moins, provisoirement, à la tête de l’Etat. C’est ce qu’on appelle, « blinder » le pouvoir au profit de la cause musulmane.

Au niveau du gouvernement
Le vice-premier ministre est le propre petit-frère du président de la République, musulman bon teint comme lui-même. Il s’appelle Tené Birahima Ouattara et occupe entre autres fonctions, le stratégique poste de ministre de la Défense.
Autres musulmans qui occupent des postes stratégiques : Le général Vagondo Diomandé, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Adama Coulibaly, ministre de l’Economie, des Finances et du Budget, et Mamadou Sangafowa Coulibaly, ministre des Mines, du Pétrole et de l’Energie, sont des postes où Ouattara ne place que les siens (musulmans).
Il en est de même des postes clés de l’Etat : Le chef d’état-major des armées, le général, Lassina Doumbia, est aussi musulman tout comme le patron du parti politique dont Ouattara est le chef, le RHDP (Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix).
Bref, petit à petit, l’oiseau fait son nid, au vu et au su de tous les Ivoiriens affairés à manger l’attiéké alors que leur président ne fait que verrouiller le pays au profit de ses « parents » du Nord.
Aristide Koné et Moussa Konaté.
NB : Cet article est disponible dans le numéro 558-559 de juillet-août 2026 d’Afrique Education, actuellement, en vente chez vos marchands de journaux, y compris ceux de Côte d’Ivoire. Il peut aussi être acheté directement sur la boutique de la revue. Bien vouloir composer (www.afriqueeducation.com) et suivre les indications jusqu’à l’obtention du pdf.
Bonne lecture et à bientôt.





