ENSEIGNEMENT SUPERIEUR AFRICAIN : La grande faillite des doctorats

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Quand la Chine transforme ses thèses de doctorat en innovation, l’Afrique continue de produire des archives utiles pour les seuls bibliothèques et centres de documentation.

Pendant des décennies, le doctorat a représenté le sommet de la réussite universitaire. Le rituel est demeuré presque immuable : Quatre à six années de recherche, une volumineuse thèse, une soutenance devant un jury, puis, l’obtention du prestigieux titre de docteur.

Mais, une question dérangeante s’impose aujourd’hui : Que produit réellement ce doctorat pour nos économies ?

Des universités de Dakar à Yaoundé, de Kinshasa à Abidjan, de Libreville à Lomé, les bibliothèques regorgent de milliers de thèses, soigneusement, reliées. Beaucoup constituent des contributions scientifiques respectables. Pourtant, très peu débouchent sur des brevets, des procédés industriels, des entreprises innovantes ou des solutions concrètes aux défis auxquels sont confrontées les populations africaines (sur notre photo, un jeune thésard qui vient d’être consacré par un jury de l’Université de Dschang à l’Ouest-Cameroun).

Le problème n’est pas l’existence de la recherche fondamentale. Toute grande puissance scientifique en a besoin. Le problème est le déséquilibre. Dans des économies confrontées à l’insuffisance énergétique, à la faible industrialisation, aux difficultés agricoles ou à la dépendance technologique, la recherche appliquée demeure largement sous-développée.

Pendant ce temps, plusieurs pays asiatiques, au premier rang desquels la Chine, ont, profondément, rapproché leurs universités de leur appareil productif. Les doctorants y travaillent, de plus en plus, avec les entreprises, les laboratoires industriels et les centres d’innovation. Les résultats attendus ne se limitent plus à la publication d’articles scientifiques ; ils prennent, aussi, la forme de brevets, de prototypes, de logiciels, de nouveaux matériaux, de procédés industriels ou de start-up technologiques.

Cette évolution ne signifie pas que toutes les thèses chinoises produisent une usine ou un brevet. En revanche, elle traduit une orientation stratégique claire : Faire de la recherche un levier direct de compétitivité nationale.

En Afrique, trois faiblesses continuent de freiner cette transformation.

La première est un système d’évaluation qui récompense, davantage, le volume des publications et leur reconnaissance académique que leur impact économique ou social. Trop souvent, le chercheur écrit, avant tout, pour satisfaire les critères des revues internationales plutôt que pour résoudre les problèmes concrets de son environnement.

La deuxième réside dans la faible connexion entre les universités et le tissu économique. Trop de laboratoires travaillent sans véritables partenariats avec les entreprises, les collectivités territoriales ou les industries locales. Les sujets de recherche répondent rarement aux besoins immédiats du développement national.

La troisième tient à la valorisation, essentiellement, statutaire du doctorat. Dans de nombreux pays, le titre ouvre, davantage, les portes de l’administration que celles de l’innovation ou de l’entrepreneuriat technologique. Une fois recrutés dans la fonction publique, beaucoup de chercheurs disposent de peu de moyens ou d’incitations pour poursuivre leurs travaux.

Il est temps de changer de paradigme.

Les Etats africains devraient consacrer une part beaucoup plus importante de leurs financements aux doctorats orientés vers la résolution de problèmes stratégiques : Transformation agroalimentaire, énergie, intelligence artificielle, santé, matériaux, numérique, robotique, eau, environnement et industrialisation.

Les écoles doctorales devraient encourager les projets réalisés en partenariat avec les entreprises, les collectivités publiques et les industries nationales. Une thèse devrait pouvoir être évaluée, non seulement, par sa qualité scientifique, mais aussi, par son potentiel d’innovation, de transfert technologique ou d’impact économique.

Banque mondiale : Les candidatures au programme de bourses pour jeunes doctorants africains.

Les entreprises, de leur côté, devraient être, davantage, associées au financement de la recherche, afin que les doctorants travaillent sur des problématiques réelles et que les résultats puissent être, rapidement, transférés vers la production.

L’Afrique ne gagnera pas la bataille de la souveraineté économique en opposant les sciences humaines aux sciences de l’ingénieur. Elle la gagnera en réconciliant le savoir avec la production, la recherche avec l’industrie, l’université avec l’entreprise.

Le XXIᵉ siècle ne récompense plus seulement les nations qui accumulent des diplômes. Il récompense celles qui transforment leurs connaissances en technologies, leurs laboratoires en usines, leurs chercheurs en innovateurs et leurs idées en richesse collective.

C’est, sans doute, là que se jouera l’avenir du doctorat africain.

Correspondance particulière

L’impacteur

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