ADHESION DU TCHAD A L’AES : Le Mali retarde-t-il les choses ?

Date

Annoncé courant 2024 comme le premier pays à probablement adhérer dans l’Alliance des Etats du Sahel (AES), le Tchad n’a, à ce jour, toujours pas été invité à intégrer le bloc sous-régional. Pour beaucoup, cette situation s’explique par la volonté des trois membres fondateurs (Mali, Niger et Burkina Faso) de ne pas se précipiter sans raisons. Mais pour d’autres, ce surplace traduit plutôt une certaine méfiance envers le maréchal-président, Mahamat Idriss Deby Itno (MIDI), considéré, il y a encore peu de temps comme l’homme de la France même s’il s’est beaucoup rapproché de la Russie allant même jusqu’à renvoyer l’armée française qui stationnait dans quatre bases dans le pays.

Fin décembre 2025, le second sommet de la confédération des Etats du Sahel s’est tenu à Bamako, l’occasion pour Assimi Goita, alors cumulativement président du Mali et de l’AES, de transférer la présidence tournante de celle-ci à son frère du Burkina Faso, Ibrahim Traoré (sur notre photo, Ibrahim Traoré accueille MIDI en février 2025 à Ouagadougou). En dehors des sujets classiques de l’ordre du jour, aucune allusion n’a été faite sur l’adhésion tchadienne, suscitant des vagues d’interrogations, compte tenu de l’intérêt poussé du Tchad à adhérer.

Depuis les premiers rapprochements de ce dernier vers le trio sahélien, rares sont les contacts directs entre les équipes de MIDI et celles de Goita. En effet, l’un des seuls à noter est un entretien de courtoisie, courant 2025, entre le chef de la diplomatie tchadienne et l’ambassadeur malien au Tchad. Hormis cet épisode, les officiels tchadiens n’ont souvent été avec leurs collègues maliens que lors de rencontres sous l’égide de l’AES, parfois, en présence des Togolais. 

Ainsi, il est difficile de dissocier le rôle de la qualité actuelle, voire, l’absence, des relations bilatérales entre le Tchad et le Mali dans la lenteur du traitement du dossier d’adhésion du Tchad à l’AES. D’autant plus que les deux pays ont longtemps travaillé ensemble sur le plan sécuritaire, lorsque le Tchad déployait ses troupes pour soutenir les soldats français sur le sol malien dès 2013. Cette époque, remontant à l’ère de feu Idriss Deby, semble si lointaine.

En août 2025, le général Abdourahamane Tiani accueillait MIDI à Niamey. Mais le Mali d’Assimi Goïta ne l’a pas encore reçu. Pourquoi ?

Toutefois, elle n’a pas été oubliée par les Maliens, qui, visiblement, ont gardé rancune non pas qu’aux Français, mais également à tous les autres participants aux opérations de maintien de la paix au sein de leurs frontières, dont l’échec a complètement fait basculer les relations entre Bamako et Paris sur le plan diplomatique. N’Djamena paye aujourd’hui le prix de cette coopération militaire, qui n’a fait qu’appauvrir le peuple malien sans jamais rien résoudre.

A la décharge de MIDI, c’est son feu père, Idriss Deby, qui était aux commandes et à qui des comptes auraient été demandés s’il vivait encore. Mais, au regard du principe de continuité de l’Etat, il est normal que le régime malien cherche à bien sonder l’intérêt du Tchad pour intégrer l’AES. Ce que peut faire MIDI pour accélérer les choses, c’est de fournir suffisamment de garanties de manière à lever tout soupçon sur son éventuelle duplicité à venir envers le bloc.

Paul-Patrick Tédga

MSc in Finance (Johns Hopkins University – Washington DC)

Envie d’accéder aux contenus réservés aux abonnés ?

More
articles

Laisser un commentaire

×
×

Panier